‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 48 sur 189 · LA RÈFORMR DANS LES SALONS KT LES CERCLES · texte numérisé non relu

LA RÈFORMR DANS LES SALONS KT LES CERCLES

avec les moieufi de conserver sa Santé . . . Paris, Fr. Glouzier et Pierre Aubouvn, 1669, in-12'> (Bib. Ec. Pharm., 25084) K L'auteur fait une réforme aussi, mais à sa manière.

Lartigaut — Quoi qu'il en soit, L'Esclache fut bientôt suivi par un homme qui crut le dépasser. Dès 1669, Lartigaut publiait un petit livret anonyme, intitulé Les progrés de la véritable ortografc (Paris, Laurant Ravenau, in-12") -.

L'auteur tient qu'une orthographe commune est nécessaire [Av. import., X-XI), mais qu'on doit apporter à celle que l'on emploie de profondes modifications. « Je ne doute paz, dit-il dans l'Avis important, que si l'on pouvêt treuver le moyen de randre l'écriture conforme à la parole avec une tèle modèracion qu'on put suivre des principes asurés et des règles constantes, sanz tonber danz aucune absurdité, et sanz rien changer inutilement; il faudrêt sanz doute le prandre pour pluzieurs rêzons : 1° afin de savoir l'Ortografe avec pluz de facilité, et avec pluz de certitude. 2" afin de ne paz être obligé d'aprandre le Grec et le Latin, pour seulemant ortografier ; 3° parce que c'et une choze indubitable que tout le monde an lira mieuz, et que l'on ne poura prononcer mal ; 4° Pour randre la Langue Francêse pluz universèle par la facilité que tous les étrangers treuveront danz la lecture de nos Livres. » 11 n'a pas peur des nouveautés. Peut-être faudra-t-il une nouvelle impression de toutes les Bibliothèques. Mais cette perspective n'effraie pas notre novateur. Toutefois ses hardiesses théoriques se tempèrent dans la pratique. Il ne propose qu'un signedestiné à marquerr(( axantmèdiocre » : écrit (7). 11 n'aime pas les accents, qui sont difficiles à mettre. C'est dans

ture exacte que i'ai faite de céte Requête, i'ay trouvé qu'ils ne répondoient à rien moins qu'a celé de l'Archevêque qui les avoit si clairemant convaincus, et si justemant condamnés. I'ay vu qu'ils tâchoient seulemant adonner le change, par l'examen de la question, s'ils sont hérétiques sur le fait de lansenius ; et anfin i'ai conû qu'ils se contredizoient eus mêmes dans céte pièce, an voulant faire juger une segonde fois leur cauze devant le Roy, qui avoit déjà autorizé contre eus le jugemant de l'Eglize, et lui reprochant néanmoins an même tams, qu'il pouvoit être surpris, et que sa Maiesté s'estoit trompée an éfet dans les Ares qu'éle avoit randus contre leur dézobeïsance au S. Siège » (5-6).

L'Esclache appliqua ses principes dans VAbrejé des fondemans de la relijion créliéne Ou les ordres de Dieu, qui font reluire sa sajèse è sa bonté. A Lion, Daniel Gayet. Se vant chès Gabriel Richart, 1670, 12°, avec Priviléje è Approbasion. B. N., Inv. D. 41521.

1 . Les principales réformes sont la suppression des lettres doubles : apèleni, home, excélent, hone, ocasion, etc. ; la suppression deVx au pluriel : aus, nouveaus, chevaus, et au singulier : chois ; la suppression de fausses diphtongues : ensegnent ; la suppression de lettres superflues : et, être, cors ; la notation de i {l mouillée) par Ih : vielhards, melheure.

2. B. N., X, 1278. Maz., 43993. Ce livre a été réédité l'année suivante, sans aucun changement, sous le titre de : Principes infallibles et les règles asvrées de la jvsle prononciacion de nôtre Langue {P&ris,J. d'Houry, 1670).

l'e sourd final surtout qu'il s'écarte de la tradition. Il le retranche à la fin des noms : ffeni, até^ à la fin des adjectifs : inpi, fidél, util, quand ils sont au masculin (168-9). Il écrit Corneil (178). Même liberté avec les consonnes, dans les mots qui ne font qu'un : avan-propos, toutefoiz, gran-chambre (197).

Ailleurs il montre bien de la timidité. 11 garde qii devant e, i (p. 23, 140, 144), écrit vous tuez, vous louez, à côté de bontés, prospérités (p. 162). Outre ces contradictions, il fait toutes sortes de concessions sur la doctrine. S'il n'a pas la superstition de l'étymologie ', il se résigne à divers moyens termes, dont quelques-uns n'étaient pas nécessaires. 11 commet de singulières inconséquences, écrit poura, coriger, mais garde guerre, terre (184).

Pourtant, ce qui caractérise son œuvre, ce n'est pas cette faiblesse logique, c'est le sentiment qu'il a, et qui est très intéressant à trouver, qu'il existe un phonétisme tempéré qui peut s'accommoder de lettres inutiles conservées pour l'expression des rapports grammaticaux : il accorde qu'on garde tout ce qui sert aux flexions, par exemple n des troisièmes personnes du pluriel. « Si c'est un mal, il est sanz remède ; car celui que l'on y pourêt aporter, serêt toujour pir que le mal même » (200).

Un autre principe, et qui porte bien la marque de l'époque, c'est que la prononciation qu'il s'agit de reproduire n'est pas la prononciation populaire. Loquendum ut multi, scribendum ut pauci, dit une devise insérée dans son livre. Quand on dit qu'il faut écrire comme l'on parle, cela se doit « antandre come l'on parle parmi les savans ; non paz, comme on parle danz les haies ou danz la place Maubert... il s'ansuivrêt que, . . il faudrêt dire : Je fré sla devant vous. Un ome docte peut-il s'imaginer des absurdités si grosières? » [Au lecteur Dezintérêsé, xiu-xiv).

Alors, dira-t-on, les gens du peuple ne profiteront pas de la réforme. Quelle nécessité y a-t-il, répondent les réformateurs, qu^un Artisan en sache autant qu'un Académicien ? L'orthographe est fort nécessaire à l'un, et assez inutile à l'autre. Peut-être croyait-on répondre ainsi à l'argument toujours ressassé qu'une orthographe fondée sur la prononciation changerait de province àprovince etd'homme à homme. Il est plus probable que d'instinct on modifiait les principes traditionnels pour les accommoder aux idées générales que le

1. "Je ne hê paz la Langue Latine, mes j'cnie la Langue Francéze, cant il elqueslion

d'écrire du Francês je défandrês la Langue Latine, si on la vouièt écrire an Fran-

cés ; par la même rézon je me treuve obligé de défandrc la Langue Francéze, lorsqu'on la veut écrire an Latin contre sa prononciacion naturélc... je ne change point notre Langue..., je tache de l'afermir par la conformité de l'écriture avec la parole » (225).

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