ALPHABET
F" oy elles.
a e c i e o eu ou u.
uifpiration h. iî.
Confortantes.
gc, I f, 11 jn i},r r, z s,
j çh 5 d t V f b p m.
RiCHELET. — En 1680, Richelet publie son Dictionnaire. J'en ai montré ailleurs l'importance. Ce n'était pas l'œuvre d'un homme, inais d'un groupe où entraient Patru, Rapin, Bouhours, \\ est fort possible que ni l'un ni l'autre n'ait été consulté sur la question d'orthographe, et que Richelet, laissé à sa propre initiative, se soit surtout abandonné à l'influence toute puissante sur lui, semble-t-il, de feu Perrot d'Ablancourt. En tout cas, l'orthographe de ce recueil si important est singulièrement rajeunie. Elle n'innove rien, elle ost au courant: « Touchant l'Orthographe, dit l'Avertissement, on a gardé un milieu entre l'ancienne, et celle qui est tout à fait
1. On le voit au contraire répudier le procédé déjà vulgarisé de raccentuation. Dans un chapitre sur la prosodie, d'AUais, en parlant des diflerents accents pour distinguer les e muet, masculin et ouvert, dit : « On ne laisse pas de commettre toutes ces erreurs grossières, et même on voit des Ecrivains et prétendus Reformateurs de rOrthographe Françoise, qui ont crû avoir trouvé un rare secret pour marquer la différence de l'e masculin, du féminin, et de l'ouvert, en les distinguant par des accens. Ils en chargent si grossièrement les lignes, qu'ils les rendent désagréables à la vue et renversent par-là, sans y prendre garde, les maximes les plus sacrées de la Prosodie » (50).
moderne, et qui défigure la Langue. On a seulement retranché deplusieurs mots les lettres qui ne rendent pas les mots méconnoissables quand elles en sont otées, et qui, ne se prononçant points embarassent les Etrangers et la plu-part des Provinciaux. On a écrit avocat, batistere, batême, colère, mélancolie, plu, reçu, revul'\ tisanne, trésor, et non pas advocat, baptistère, baptême, cholere^ melancholie, pleu,receu, reveue, ptisane, thresor. Dans la même vue on retranche Vs qui se trouve après un c clair et qui ne se prononcepoint, et on met un accent aigu sur le clair qui accompagnoit cette s : si bien que présentement on écrit dédain, détruire, répondre, et non pas desdain, destruire, respondre. On retranche aussi Vs quii fait la silabe longue, et qui ne se prononce point, soit que cette s se rencontre avec un e ouvert, ou avec quelque autre lettre, et on marque cet e ou cette autre lettre d'un circonflexe qui montre que la silabe est longue. On écrit Apôtre, Jeûne, tempête, et non pas Apostre, Jeusne, tempeste. Cette dernière façon d'ortographier est contestée^. Néanmoins... j'ai trouvé à propos de la suivre, si ce n est à l'égard de certains mots qui sont si nuds lorsqu'on en a oté quelque lettre qu'on ne les reconnoit pas. A l'imitation de l'illustre M. d'Ablancourt, Préface de Tucidide, Apophtegmes des Anciens^ Marmol, etc. et de quelques Auteurs célèbres, on change presque toujours Vy grec en i simple. On retranche la plu-part des lettres doubles et inutiles qui ne défigurent pas les mots lorsqu'elles eni sont retranchées. On écrit, afaire, ataquer, ateindre, dificulté, et,, non pas affaire, attaquer, difficulté ~. » De même acord, acoufumance, acourir. Les doubles consonnes ne doivent être conservées: que là où elles se prononcent : innombrable, immense, illégitime. Au reste Richelet ne prétend convertir âme qui vive. « Chacun se conduira là dessus comme il le trouvera à propos, dit l'Avertissement. Je ne prétens prescrire de loix à personne. Je raporteseulement ce que j'ai vu pratiquer par d'habiles gens, et ce que j'ai appris de feu Monsieur d'Ablancourt, l'un des plus excellens Esprits, et des meilleurs Ecrivains de son siècle ».
1. A lie, il renvoie à isle^ tout en conseillant de prononcer ile.
2. Il y a plus. Dans les remarques sur la lettre o, dès la première édition, au mot ortographe, on trouve la note suivante : « J'etois autrefois pour la nouvelle ortographc et je suis présentement pour celle qui n'est ni vieille, ni tout à fait moderne, parce que c'est la plus i-aisonnable et la plus-suivie. .T'écrirois donc abbé, abhaïe, ahbaisser. En vérité, l'esprit de l'homme est bien changeant. Mais ce défaut est encore plus-suportable qu'une sote opiniâtreté ! »
Ce demi-repentir servit aux contrefacteurs pour justifier des changements dans, l'orthographe du Dictionnaire. Mais dans les éditions reconnues (ainsi dans celle de- .1. J. Dentand, Genève, 1694) l'orthographe de l'original resta intacte.
l'orthographe nouvelle gagne du terrain H7
Indifférence des grammairiens de cette époque. — Ni Marguerite BufPet, ni Alemand, ni Alcide de S'-Maurice ne discutent la question de l'orthographe. Ils paraissent avoir été conservateurs, mais sans scrupule exagéré d'étymologie. L'Auteur des « Véritables principes » est également fidèle à la tradition, comme la plupart des grammairiens. Toutefois lui aussi semble manquer de doctrine K La période est une période de calme, je dirais presque de résignation. Ceux qui débattent encore sont des comparses ~ ; et il n'y a rien d'essentiel à tirer de leurs livres. (Il faudrait cepen- •dant mettre à part Milleran, de Saumur. Mais c'est un professeur pour étrangers ^). On attendait peut-être l'apparition du Dictionnaire tant souhaité ^. Peut-être aussi était-on las. Chacun avait son siège fait.
1. Il accepte i et j, u el v. Il met au pluriel vous êtes aimés et vous aimez. Il aiicntionne même l'opinion de personnes judicieuses qui mettent s en place de x, ■et déclare qu'il ne s'y opposerait pas sans le danger de confondre poix et pois.
Il fait des accents un emploi tout à fait moderne. C'est non seulement l'e qui porte im signe, mais l'è : procès (28). Et après avoir réfléchi au système qui consisterait à ■économiser les accents, il maintient longuement la nécessité pour plus de clarté et ■d'exactitude d'en faire un emploi régulier : mené., je mène, je mènerai {Obs. siir la <jr. de Chifflet, 214).
2. Ainsi du Soûle. Je n'ai vu que la seconde édition de son Traité de l'orthographe, Paris, Et. Micliallet, 1698 (S'^° Genev., X, 365). Il tient pour la tradition. Mais les raisons qu'il en donne sont toutes connues : Sans l'autorité orthographique autant de iangues que de villages. Des dissemblances monstrueuses dans les produits d'une même racine : /"ricin ïcrail frianise. exen';> exenion. Les Anglais, les Elamands, les Allemands prononcent difl'éremment le latin, ils ne l'écrivent pas moins d'une seule •manière. Si les Dames se plaignent de la difficulté, elles n'ont qu'à faire comme les hommes et à mettre en pratique les règles des Sciences dont elles prétendent se •servir.
Pour donner un échantillon de ce que deviendrait la langue, si on se conformait à (la prononciation, du Soûle imagine la transcription suivante : Moussieu,
Gm'etés ci fort plonjé dans un sentiman quontrere o votre touchan l'Ortograf qe rgu toute les pciae du mond a m'an détaché : vo rezon neanmoin m'on paru ci just e ci 'conveinquante, q'elle mon forsé à lez aprouvé. g ne vcu don pluz écrire qe celon vo Uegle : qar on ce gette pluto dan la qonfuzion, qon ne ce retire d lepesceur des ténèbre qe g qroiés évité fabricant un Ortograf à ma fantezie... (p. 20).
3. La Nouvelle Gramaire françoise. Marseille, 1' éd., Henri Brebion, 1692. « Les femmes, dit l'auteur... prononcent le plûsouvent toutes les letres qui se mangent et •c'est pour celaqu'ellesn'entendentpasce quelles lisent » (Préface).
Milleran est tout à fait un révolutionnaire. Il n'a pas trop osé pour cette fois toucher •aux voyelles superflues, mais il retranche les consonnes et les remplace par des •Ticcents.
Il écrit : savans, être, aliré, inover, exenples, même, afecté, pu, raport, corect; Tiujete, conii. acompli, apris, conprendre, sintaxe, senble, apostroj'e, frase, aquises, coc, tens.
Son livre forme un Manuel de prononciation tout à fait intéressant, où les lettres nnuettcs sont imprimées en italique dans les mots en romaines, en romaines dans les mots en italiques. Cf. du même, un Recueil de Letres choizies. Rome, 1706, avec un Avis sur ht vraye prononciation selon la plus nouvelle orlografe de l'auteur. C'est nnc 16° édition.
i. En 1693, un Bisontin, .\ugustin Nicolas, (jui n'est guère connu cpie par un ouvage contre la torture, adresse à M. l'Abbé de la Chambre, secrétaire de l'Académie, un
Dans cette indifférence, il semble qu'on laissât l'usage s'établir, un usag-e plein de concessions réciproques, et où se marquaient peu h peu de réels progrès. En tout cas, c'est un fait fort digne de remarque que cette trêve des théoriciens. A un moment décisif, alors que notre langue classique se fixe, comme je vais le montrer, au prix d'un labeur acharné, au milieu de controverses, auxquelles tout le monde prend part, ni un grammairien ni un écrivain de quelque valeur n'est tenté de partir en guerre pour ou contre la réforme de cette orthographe à laquelle, au xix" siècle, on a donné tant d'importance. Le problème n'existe pas plus pour Bouhours qu'il n'avait existé pour Malherbe ou pour Vaugelas. Racine ou Boileau ne paraissent pas en avoir été préoccupés davantage. « Les Auteurs, dit un contemporain, traittent l'Orthographe de bagatelle, estimant cela beaucoup au-dessous deux » (V. Du Soûle, Traité de Vortographe^ 1698, 23). Les gens de lettres ne revendiquent en effet aucun droit. Jusqu'aux journalistes qui ne s'arrêtent pas à l'orthographe, « laissant cet employ aux Maîtres Ecrivains » [Mercure réprouvé, 23). Ceux-ci, en revanche, se jettent sur la proie qu'on leur abandonne. L'exemple des Orateurs, proclame un maître écrivain juré, « n'est pas une loy pour les Maîtres Ecrivains, et leur autorité ne s'étend point sur l'Ortografe » (De Bleigny, Or/., Au Lecteur) . C'est une affaire entre praticiens : maîtres d'écriture et imprimeurs. L'orthographe classique est vraiment née de traditions d'atelier.
Discours sur V orthographe. Il se trouve imprimé à la suite d'une Disserlalion sur le génie poétique {liaançon, Benoît, 1693, 8°, p. 71). Nicolas est très hardi. Il attaque les lettres superflues, les pluriels en x, en pour an, voudrait conformer à la prononciation pays, temps, souvent, répond à l'argumentation de ceux qui veulent conserver aux mots leur aspect, et aux auteurs anciens la possibilité d'être lus. C'est un court, mais substantiel plaidoyer, qui montre que la question n'avait pas cessé d'intéresser les esprits un peu modernes. Nicolas savait l'italien, l'espagnol, l'allemand. Je dois le plaisir d'avoir fait connaissance de son livre à l'obligeance de M. Georges Gazicr, bibliothécaire delà Ville à Besançon (Voir dans le Bulletin de l'Ac. des Se. B. L. et A, de Besançon, 1911, 2° trim., p. 188-199, la notice qui est consacrée à Nicolas par M. G. Gazier).