‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 60 sur 189 · LA DIFFUSION DE L ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

LA DIFFUSION DE L ORTHOGRAPHE

Seulement c'est là ce que nous appellerions un Cours supérieur, et il est seul de son espèce. En général, les manuels étaient loin d'avoir cette valeur. C'étaient de petits livrets, fort secs, où se trouvaient réunis méthode de lecture, d'écriture, éléments de grammaire, d'arithmétique, prières et instruction chrétienne ^ A partir de 16S0, ils se multiplient. La part qui y est faite à l'orthographe grandit et devient assez importante. Il n'est pas rare que l'exposé des règles essentielles soit suivi d'un petit recueil d'homonymes, qui souvent même étouffe le reste, pour lequel on s'en fie à la pratique '^.

Un des manuels en usage chez les maîtres écrivains a eu de nombreuses éditions, c'est celui qu'a donné de Blégny. Reçu maître en if)67, il paie sa dette par un traité d'orthographe-^ : « Si le caractère est le corps de l'écriture, l'orthografe en est l'âme », dit-il (Au Lecteur), et il embrasse toute la matière, orthographe de règles comprise. Mais il a donné plus tard un livre d'ensemble : Les Elcmens ou premières instructions de la Jeunesse. Paris, 1691.

On peut lire dans l'épître des mots qui étonnent et indiquent une méthode toute particulière, bien éloignée de celle qu'on suivait alors : « Vous avez ordonné que les Maîtres de vôtre Ecole suivroient vôtre Méthode, qui est raisonnée et sensible tout ensemble. Et parce que vous voulez que la mémoire soit réglée par le jugement, et soutenue par l'imagination, vous donnez des Maîtres, qui en suivant la méthode de Socrate, sçavent adroitement les interroger, pour en tirer des réponses conformes aux demandes qu'on leur fait ».

1. L'école d'Irson avait les siens, quiavaientétécomposés par le fondateur: Le Grand Alphabet François non encore veu ... pour apprendre à bien lire, prononcer, écrire et Orthographer. Paris, 1637, chez M. Santeul, rue Bourg-l'Abbé, à l'Ecole de Charité de S' Leu, S' Gilles; Le Grand Alphabet ov la Grande Croix de Par-Diev. A Paris, chez M. Santevl..., où le livre se distribue, Aux Pauvres pour rien ; Aux Riches à prix honneste et raisonnable (S" Genev., liés . , X, 35 i). Cf. Seconde partie de V alphabet roial Où et traité de Vortografe, de la prononciation, des letres superflues, et suprimées, pour bien parler Françès ; Dont se seruent aujour-dui les meilleurs Auteurs. Paris, J.dela Caille, 1657 (S'^° Genev., X, 353, in-S"). Voici ce qu'en dit Irson:« Le Livre que vous avez fait de l'Orthographe a esté tellement estimé, qu'il a esté receu avec applaudissement jusques dans les Villes étrangères. Cet Ouvrage ne pourra paroître petit qu'à ceux qui n'en sçavent pas l'importance... Pour sçavoir comme vous avez rendu intelligibles les Principes de la Lecture, de l'Orthographe, de l'Ecriture, et enfin de toutes les Beautez de nôtre Langue, il ne faut qu'entrer dans l'Ecole que vôtre Charité a fondée tres-avantageusement pour les Pauvres, où vn grand nombre d'Enfans, qui y viennent pour estre enseignez gratuitement, nen sortent (pour ainsi dire) que Philosophes. Vous avez fait voir par expérience, qu'il y avoit vne Philosophie propre aux Enfans ;. . . vous faites de ces Enfans des Personnes vtiles au Public dans toute sorte d'emplois et de conditions de la vie civile » (Epistre a iij).

2. A S*^' Geneviève (Ités.X, 355), on a conservé un Alphabet contenant les mots qvi ontenvne même prononciation diverse signification. Paris, Jean Promé, 1661. C'est un vi-ai petit dictionnaire d'homonynes.

3. L'ortographe françoise ou l'unique metode contenant les Règles qu'il est nécessaire de sauoir pour écrire correctement. Paris, Gilles André, 1667, in-12» (B. N., X, 1302). L'ouvrage est adressé au syndic, doyen et maîtres experts et jurés écrivains. — La préface leur demande d'en conseiller la lecture à la jeunesse. Il y a des éditions pendant cinquante ans.

L'orthographe y figure à sa place, immédiatement derrière le traité d'écriture ^.

Il existe beaucoup d'autres manuels, mais ils m'ont paru moins importants, et ils ont dû être moins répandus. J'aurais voulu pouvoir suivre, dans des éditions successives du célèbre Traité de V Ecole paroissiale^ le développement des instructions relatives à l'enseignement orthographique. Malheureusement je n'ai pu retrouver un seul exemplaire de l'édition originale de ce livre, que tout le monde cite et que personne n'a vue.

Ce qui est sûr, c'est qu'en 1687, le livre contenait des Instructions familières qui ont dû être d'un usage général*. L'auteur rend hommage aux deux manuels d'Irsonet de de Blégny, qu' « il essaie seulement d adapterunpeu mieux aux besoins denfants sans latin ». Les principes exposés dans l'Avant-propos se résument ainsi : Enseigner surtout par des exemples. — Accoutumer les enfants à observer l'orthographe de leurs livres ; on les interroge ensuite et on les fait disputer sur leurs observations. — Donner à copier ou dicter. Le maître corrige, ou les enfants se corrigent l'un l'autre.

L'exposé des règles qui suit commence par un petit résumé des faits essentiels de grammaire: les articles, noms, verbes..., où on ne touche même pas aux distinctions de personnes dans les verbes (259-262). On explique les treize distinctions (prononciation et accents (262-266). A partir du chapitre III, commencent les règles des mots classés d'après leur terminaison : 1° ceux en a, e, i ou ie, {avocat^ parti, surpris, écrit), u, eu, uc, eux (eur), 2° ceux en h, c (où on donne quelques explications sur les difficultés d'écrire ce son), 3" ceux en (j (avec explication des difficultés qui regardent le

1. Ce Livre a huit Parties. « La première contient la Métode de bien écrire. La seconde des Exemplaires de toutes les sortes d'Ecritures d'usage. La troisième les Règles de l'Ortografe. La quatrième un Traité d'Aritmétique... Les cinq et sixième renferment de petites Instructions concernans les bonnes mœurs. La septième contient un Essai de Lettres convenables à de jeunes gens. Et la huitième un Formulaire de Billets, et autres sortes de petits Actes qui se font ordinairement sous signatures privées.

« Les quatre premières de ces huit Parties étant composées de choses qui regardent la Profession que j'exerce, ont fait le dessein de ce Livre, ne m'étant proposé les quatre autres, qu'afm que copiant leurs discours, vous puissiez mettre en pratique les Régies de l'Ortografe que vous aurez aprises ».

2. Inslruclions familières comprises en IV. traitez, pour enseigner aux Enfans : 1. L'Orthographe Françoise, sans la connoissance de la Langue Latine. 2. Les principales Règles de l'Arithmétique. 3. Les Maximes et les Pratiques fondamentales de la Religion chrétienne.... 4. Les Pratiques plus faciles de la Civilité. Extraites de la IV. partie du Livre de l'Ecole Paroissiale, pour l'usage des petites Ecoles. Paris, Simon Langronne, 1687. L'approbation est de 1669. Ce précieux livret se trouve au Musée pédagogique, n» 35579, derrière le volume intitulé: Instruction méthodique pour i Ecole paroissiale. . . par M. L. D. B. Prestre, éd. de 1685.

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g), 4° ceux en /, II, n (avec explication des adjectifs et participes en ent, ant. en, des noms en an, ain, un, on), 5" ceux en p, r, t, X. Suit la règle du pluriel touchant l'emploi de s, z, x. (278-280). Le chapitre IV traite de la conjugaison des verbes en er, ir, or [clorre], oir. On insiste surtout sur les passés. Les auxiliaires sont donnés tout au long, puis quelques observations sur les particularités des verbes réguliers, ou plutôt de leurs désinences. Viennent ensuite les principaux verbes irréguliers. C'est seulement à la fin de cet exposé tout empirique qu'on fournit quelques renseignements sur les personnes pour les enfants « qui sont assez avancez » (298). Le tout forme quarante pages. L'auteur s'en est tenu là, parce qu'il a fallu « s'étudier à la breveté », et que « les Enfans, et les autres personnes qui n'ont pas étudié la Langue Latine, ne sont pas capables » d'instructions plus étendues, enfin parce qu'on a toujours remarqué que les enfants s'avançaient plus quand on les attachait « à remarquer l'Orthographe de leur Leçon » (299). A partir de ce moment, l'orthographe est devenue une chose importante à l'école '. Des livres qui ne renferment aucune indication sur aucune partie des études, comme celui de Joly : Avis chrétiens et moraux pour V institution des enfans (Paris, Savreux, 1675) contiennent un traité rudimentaire d'orthographe, et cela est significatif.

Il sera intéressant de recueillir les documents qui nous feront voir le prix qu'on attachait à une orthographe correcte chez les secrétaires. On en rencontre un de-ci de-là. Ainsi M'"® de Sévigné écrit à M™® de Grignan pour lui recommander Pauline, « qui a une main toute rompue et une orthographe correcte » {Let., IX, 48, 11 mai 1689). Celle-là n'était point une mercenaire. Mais ailleurs Bouhours présente à M"'*' de Sablé un maître écrivain. 11 ne dit rien de ses capacités ; toutefois comment eût-on chargé Bouhours de fouiller le quartier latin, s'il ne s'était agi de trouver un homme qui sût orthographier congrûment ~.

Il se peut que les maîtres aient porté de ce côté les goûts des

1. VoirJ.-B. 3 oh&vA, Exercices de V esprit pour apprendre V art. de bien parler et de bien écrire. Paris, 1675. (B.,N., X. 1325) ; J. Mercier, /eu ou méthode curieuse pour apprendre Vorthographe en jouant avec un Dé ou un Tôton, très utile pour les jeunes demoiselles. . . — Lyon, Ant. BaujoUin et Et. Baritel, 1685, 12". (Bibl. Brunot); du Soûle, Traité de Vorthographe françoise. Paris, Michallet, 1697 (S" Gen., X, 365).

Il n'entre pas dans mon dessein d'étudier où ceux-là ont pu apprendre l'orthographe, qui ont étudié dans les Universités, ou bien ont reçu des éducations particulières. Il est bien certain cependant qu'une étude complète de la question devrait comprendre les gens de qualité comme les autres.

2. Let. autogr. inédite. Coll. V. Cousin. Je la publie plus loin, à l'appendice de ce livre.

enfants et des familles ; les maîtres écrivains en particulier grossissaient ainsi leur importance et leur situation. Mais l'inverse me paraît au moins aussi probable. Savoir écrire était un signe concret d'éducation; c'étaitaussi un moyen de faire et d'assurer sa vie. Une bonne orthographe était le complément d'une belle écriture. En possédant l'une et l'autre, on était certain de trouver un emploi dans le commerce, certaines familles l'avaient compris. Dès 1609, Le Gaygnard parle de pères et de mères qui n'ayant pas « de moyens d'entretenir leurs enfants aux estudes des artz et sciences libérales, veulent au moins qu'ils scachent l'orthographe » [Aprenmolire, 165). Et d'autres textes font allusion à des enfants qui ne peuvent passer par les études latines avant d'être mis aux métiers, et cherchent une instruction pratique [Traitté hist. des Ecoles, 322)» Les former à ces connaissances réelles et rétribuées était un moyen d'assurer le succès d'une école. De là l'âpreté avec laquelle on s'en dispute le droit. De là aussi le succès de concours tels que celui dont on a vu le programme . C'est en bas, dans les classes pauvres, chez les commis de boutique qu'on a commencé à s'attacher à l'orthographe, pour le profit qu'elle assurait. On eût d'ailleurs bien voulu qu'elle fût plus simple.

En France. — Il serait faux d'affirmer que les maîtres avaient un programme de réforme. Praticiens, ils devaient se conformer à la pratique, et enseigner l'orthographe usuelle. Mais presque tous nous ont marqué qu'ils n'en étaient pas satisfaits.

Quelques-uns, comme Le Loyeur, auraient volontiers demandé qu'on acceptât plusieurs façons d'écrire ^ . J'en dirai autant de d'Argent, qui, sans sourciller, pose en principe qu'il y a deux orthographes, l'une ordinaire, qui compose un mot de toutes les lettres qu'on prononce, l'autre « extraordinaire » qui c écrit beaucoup plus de lettres qu'on n'en prononce » ~. Mais, en général, on comprend qu'il est d'intérêt public d'avoir une orthographe unique et commune, et on la souhaiterait plus facile, c'est à dire plus proche de la prononciation.

Jean Macé, en religion, P. Léon de Saint- Jean •^, proteste fort

1. Alphabet contenant les mots qui ont en une mesme prononciation diverse signification. Paris, Jean Promé, 1661, p. 133. Il accepte cognoistre, congnoistre et connoistre, hesoigne et besogne, ceulx, ceux, ceus, benoît, benoict, benoist, et « un million d'autres, qui se peuvent orthographier en deux ou trois façons, toutes bonnes et fondées sur quelque raison. Les repreneurs se trompent, s'ils « estiment qu'il n'y ait qu'une orthographe pour chaque diction, comme s'il n'y avoit qu'un seul chemin pour aller en un seul lieu, comme si l'on ne pouvait cuisiner des œufs que d'une manière.. ., les autheurs approuvez n'orthographient pas tous l'un comme l'autre ».

2. Voir d'Argent, Traité de VOrtografe françoise dans sa perfection, dédié à M. Colbert fils, Sgr. de Seignelay. Paris, Florentin Lambert, 1666, in-12» (13. N.,X, 127 i). — L'auteur fait allusion à une Grammaire françoise, écrite par lui en 1642, qui serait tombée dans le commun, et il signe : Dargent, grammairien. Je n'ai trouvé aucune trace de ses ouvrages.

3. Il publia d'abord sous le nom de Du Tertre, une Méthode universelle pour apprandre facilemant les Langues, Paris, 1650 (lîibl. de l'Univ., L. P. f. 23;. Je cite une édition de 1632, c'est la troisième. Puis, sous le nom de Noël François, il fit paroître La politesse de la langue françoise pour parler puremant et écrire nettemant, 1656, in-12. L'ouvrage a été souvent réimprimé par la suite (Cf. Thurot, Pron. fr., I, LIX). J'ignore pourquoi Didot a déclaré la Méthode dépourvue de tout intérêt. Il a dû faire confusion.

vivement contre le désordre orthographique * . Il sait quels ont été les obstacles où ont choppé les réformistes ; il persiste cependant : '< Les difficultez qu'il y a d'escrire tout ainsi que l'on prononce n'empêchent pas qu'il ne faille tâcher d'en venir là. Mais peut-estre doucemant, et petit à petit : comme on fait lorsqu'on veut monter la corde d'un lut, ou le ressort d'vne monstre (77)^». Au reste la plupart des écrivains contemporains donnent l'exemple. « A ces grans Hommes deuroient se joindre, dit du Tertre, tous ces principaus Maistres de la Librairie... et ceux mesmes qui ont charge du Public. S'il y auoit de véritables Mecenas des Lettres, ils affectionneroient sans doute ce dessein : et donneroient à quelqu'un de sçauant, zélé et exact, l'Intandance de cete correction » (79-80) ^ a 11 n'y a, dit à son tour Irson, p. 118, que les gens du Palais qui s'intéressent plus opiniâtrement à retenir les lettres superflues pour faire leurs expéditions plus longues de quelques lignes ^. Mais ils ont beau s'opposer à ce retranchement : l'on se plaît aujourd'huy à écrire les mots de la même façon qu'on les prononcé '' ».

On retrouve à peu près les mêmes idées jusque dans le livre plus

1. « Nous renuoyer precizémcnt à l'vzage et à la coutume, c'est après tout nous donner vne refile de Plomb; qui se plie selon la fantaizie, je ne dis pas du Vulgaire, mais des plus habiles, et des plus polis Auteurs. Non seulemant il n'y en a pas deux dans cet illustre nombre, qui suiuent vne mesme fasson d'écrire: mais encore il ne s'en treuue pas vn seul, qui s'accorde auec soj'-mesmc. Cepandant ce seroit vn notable profit tant à la France, qu'aux Nations Etrangères, que quelqu'vn nous dressast vne règle, en laquelle on peust conuenir.

« Manquer en cela, est en vérité l'vne des plus fâcheuses difficultez que sentent les Enfans qui commancent à lire : et l'un des plus grans empéchemâs, qu'ayent les Etrangers à apprandre nostre Langue. le sçay que les derniers ont remercié quelques Auteurs, qui ont tâché de randre la manière décrire conforme à celle de prononcer. » (60-61) « Car pour moy je 'ne puis m'accorder auec ceux qui soutiennent qu'on peut indifferammant orthographier tous les mots en deux, ou trois façons. Au moins si cela se peut auec raison, il ne se doit pas pour la perfection de nostre Langue, ny pour l'vtilité publique » (86).

2. « De vray, tous les Polis qui sont en si grand nombre... se retirent generalemant, qui plus, qui moins, de l'ancienne fasson d'escrire la Langue Françoise. Plusieurs d'entr'eux escriventcefe ville, non plus cesle ville : connoitre, non plus cognoislre, besoin, non plus besoinçf. effets, non plus effects, etc., etc.

« En particuler l'vn de nos Ecriuains modernes, qui se montre plus curieus en cela, comme il est très-exact en tout le reste : est le judicieus Auteur, de l'Instruction Dauphine. Car il escrit. . . Dauphin, non pas Dnulphin : caractère, non pas charactere : eus, cens, cieus ; coniwiteus,amhitieus; non pas eux, ceux, etc. .., écoulé eiélevé, non pas escoulé, eslevé; néanmoins, non pas neanlmoins, lui, non pas luy . . . Rois et l'emploi, non pas les Roi/sel iemploy: les frnicts parfaits, non pas frnicts parfaiets, et mille samblables diuersitez » (77-78).

3. Il est à noter que du Tertre tient pour les distinctions graphiques : il dit, il disl (93), pris, prix (9 5).

-i. Nouvelle méthode pour apprendre facilement les principes et la pureté de la langue française. .. Paris, chez l'auteur et chez Gaspar Meluras. 1656, 8».

b. Il donne comme exemple « d'Ablancourt, Balzac, Vaugelas, du Rier, Pelisson, Chapelain, de Scuderv, Priezac, Calprenelle, Gomberville, Arnaud-dAndilly, le P. Léon, le P. Lemoine, qui rclranchenl grand nombre de consones inutiles » (119).

humble de Santeul i. Jobard est partagé. Il sait bien qu'il n'y a plus que quelques praticiens, qui « écrivent de même qu'on faisoit il y a cent ans » {Préf., G). Mais les témérités des phonéticiens l'ont elFrayé, et il préférerait .so^Môrne ou coffnoissance, à l'étrange nouveauté que M. de L'Esclache et quelques autres encore ont voulu introduire {ïb., 6-7). C'est, dit-il naïvement, « une matière dificile à traiter à cause des diferens sentimens sur ce sujet. Les uns retranchent toutes les Lettres superflues ; les autres ne les retranchent qu'en partie ; et d'autres ne veulent aucun retranchement de lettres ; Ceux qui retranchent les lettres superflues sont en assez grand nombre, et sont pour la pluspart des personnes sçavantes et polies, et qui ont beaucoup d'autorité parmy les gens de Lettres ; ils apellent leur manière d'observer l'Ortografe, le bel vsage d'écrire (Ib., 4-o) ». Sa pratique à lui ne nous intéresse pas, elle oscille entre des retranchements « qui lui paraissent beaux » et des timidités conservatrices. Mais même un esprit débile comme celui-lk accepte certains progrès. Il se résout à supprimer les s de mesme ou d'estourdi, à mettre un circonflexe sur vous portâtes ou vous receûtes, sur prêtre et sur j'ay pu (160-161). C'est « le bel usage » ".

Mauconduit avait trop violemment attaqué L'Esclache pour se convertir. Toutefois, s'il ne veut pas réformer l'orthographe, il entend du moins la perfectionner ^. Il considère comme acquise la distinction de Vi et duj, de Vu et du v ''. Il ne peut pas consentir au sacrifice de Vx pour s', mais abandonne le z**. C'est que, malgré

1. " Avant toutes choses, je pose pour nécessaire (/u'i7 faut écrire comme nous prononçons et quil faut prononcer comme nous écrivons : Réservé quelques voielles qui s'écrivent et ne se prononcent point dans les Diftongues impropres ; Quelque changement du cdur, en ç mol. Quelque E que l'on entremet après vn G qui précède ci, o, u, pour adoucir sa prononciation: et n qui s'écrit et ne se prononce point aus troisièmes persones du plurier des Verbes » {Alphah., p. 7-8).

2. En 1672, paraît de Dumas : Remarques sur la belle orthographe française a la mode. Bordeaux, J. Séjourné, 1672, in-12" (13. N., X, 1.3026). Le livre est insignifiant. C'est un exposé très élémentaire, dont l'auteur n'a aucune doctrine arrêtée. Il accepte connoistre, connaistre et cOneslre, repousse filosofie, ne sait s'il doit conseiller je li/ ou je lis, tient pour le z derrière e fermé, pour s derrière e ouvert: prés (sic). Il est opposé à ant dans les adverbes. En somme aucune doctrine propre.

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