‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 61 sur 189 · ova grammalica gallica. Paris, Th. Joly · texte numérisé non relu

ova grammalica gallica. Paris, Th. Joly

i. >• Puisqu'il y a un « i et un u voyèles et deux autres lettres de même nom, qui sont de véritables consones, lesquelles se distinguent par ces figures différentes j et v, il est juste de faire place à ces deux dernières dans l'ordre de l'Alphabeth. Et pour la même raison je marque six voyèles, comptant y pour la sixième dans les mots où elle ne tient point la place de l't double » (préf., aiij).

5. « A l'égard de la lettre a;, j'ai trop de respect pour les personnes que j'ai veu la bannir de la fin des mots, et mettre une .s en sa place, pour blâmer cette manière, quoique je ne la suive pas ; le motif que j'en ai est que cette lettre sert a ôter l'équivoque de quelques mots, comme entr'autres, de/)0((i.s,/)ot.s cl poix, pondus, pisa et pix» (Préf. , è, ij).

6. Mauconduit le retranche A la fin des noms et des participes terminés au singulier par un é ferme, il écrit majestés, bontés, jugés, etc. {Ib., v°).

sa foi étymologique, malgré son respect pour la tradition ',il s'est convaincu de l'utilité des accents 2.

11 ne veut point en abuser. Au commencement des mots [édit], devant une autre voyelle, le, toujours masculin, pourrait se passer d'accent ; mais ailleurs les accents sont un excellent moyen de distinguer les quatre e '^\ précieuses pour tout enseignement, ces notations le sont particulièrement pour l'enseignement des étrangers. Ainsi, sur un point particulier, fort important, Mauconduit, qui repousse l'idée de la réforme, en accepte cependant le principe, à savoir qu'une lettre étymologique inutile gagne à être remplacée par une notation qui est un témoin plus clair et plus fidèle de la prononciation.

Le Traité extrait de V Ecole, paroissiale est de tendance tout à fait réformiste. On y eût volontiers admis, cela se lit entre les lignes, une orthographe simplifiée. L'on a cru, est-il dit p. 2o7, « qu'il étoit plus avantageux aux enfans de suivre l'ortographe la

1. « Je viens à Vf-, dont quelques uns se servent au lieu de ph, pour écrire les mots qui sont Grecs dans leur origine. Je demeure d'accord que lya la même prononciation que le ph, mais ce qui me porte à me servir plutôt de celui-ci que de l'autre, c'est que les Romains avoient ime /"aussi bien que nous, et qu'ils n'écrivoient point ces mots autrement que par le ph, ce qui marque la vénération qu'ils avoient pour la Langue Grecque.

Je « dis la même chose du th, dont on veut retrancher l'/i pour la raison de son inutilité » {Préf., 6 v).

2. « Je ne parlerai qu'en passant de Vs qui a été retranchée des lieux où elle ne se prononce point, parce que c'est une chose assez établie ; Et en effet y avoit-il rien de plus incommode à ceux qui vouloient apprendre nôtre Langue, que de trouver dans les Grammairiens douze ou quinze cens mots, dans lesquels une s étant écrite, ne se prononçoit point: et ce qui étoit encore plus embarrassant, c'étoit de trouver un mot simple où l's se prononçoit, ou quelquefois se supprimoit, et que tout le contraire se pratiquoit dans son composé » (//)., 6 V, ê ij).

Il est incontestablement mieux d'écrire blâme, blême, pâle, Jérôme, etc., que blasme, blesme, pasle, Jérosme (Ib., 14" page).

.3. « Etant constant que nous avons quatre sortes d'e dans nôtre Langue, qu'y a-t-il de plus juste que d'en marquer la différence? La maniéi'e en est facile de la façon qu'on la propose, puisque nous avons trois accens sur des e, l'aigu, le grave, et le circonflexe, et un autre e qui est sans accent.

« Cet e simple et sans accent a toujours été l'e féminin : l'e masculin se divise en trois, le fermé, l'ouvert, et le plus ouvert, à chacun desquels on donne un accent ; à l'e fermé, l'accent aigu ; à l'e plus ouvert, l'accent circonflexe ; cela n'est pas nouveau ; au contraire il se pratique dans toutes les Imprimeries; il ne restoit donc plus qu'à donner à l'e ouvert l'accent grave, pour en même temps marquer exactement les quatre dilïérens sons de cette voyèle, afin de lever toute ambiguïté ; et en eflct, comment reconnoître autrement le féminin d'avec l'e ouvert, s'ils demeurent tous deux sans accent? » [Ib., a i i i j, et v°).

« La distinction de cette voyèle en quatre prononciations a été reconnue pardes personnes tres-habiles. Le P. Chiffletne parle que de trois, mais il divise la troisième en deux. M. de Lesclache les a marquées toutes quatre.. . . Le sieur Irson les a bien mar quées avec leur diflerence, sans néanmoins s'être servi de celle qui a un accent grave. Et M. Corneille est le premier que je sçach'^, qui l'ait mise en usage ; et je me persuade que sa seule authorité suffit pour me tirer d'affaire sur ce point •> {Ih.,& iij v").

plus commune, que d'en choisir une qui ne fut pas approuvée par l'usage ordinaire ; à cause du danger qu'il y auroit de jetter quelque confusion dans leur esprit, si on leur enseignoit dans la pratique une Ortog-raphe différente de celle qu'ils rertiarquent dans les livres François les plus corrects, qu'ils ont continuellement entre les mains. L'on fera voir néanmoins en quoi consiste toute la nouvelle Ortographe, quand on parlera des accens ».

La question vient à la page 265. On y enseigne de retrancher « le plus qu'on peut les lettres qu'on ne prononce point, particulièrement les s », et de les remplacer par un accent aigu sur les voyelles brèves [étendre, aporter), par un circonflexe sur les longues [nous parlâmes^ être). Et l'auteur va plus loin, il ajoute : « 11 est constant qu'il seroit fort commode de retrancher ainsi toutes les lettres inutiles, que l'on ne prononce pas dans les mots ; ou même aussi d'écrire comme l'on parle, et assurément l'Orthographe Françoise en deviendroit beaucoup plus facile, si elle étoit conforme à la parole ». Si on n'enseigne pas à des enfans ces nouveautés, c'est qu'on attend que u les Maîtres de nôtre Langue aient mis en lumière un nouveau Dictionnaire, qui soit universellement suivi, et approuvé par l'autorité publique ». (cf. p. 300).

Demia, lui aussi, le grand réformateur des écoles lyonnaises, prescrivait au maître de garder « un milieu entre l'ancienne Ortographe, et celle de quelques Modernes, qui défigurent la Langue ». Il n'était pas du tout d'avis qu'on conservât pieusement les vieux usages. L'on ôtera, dit-il, « les lettres qui ne se prononcent jDoint, et qui ne rendent pas les mots méconnoissables, comme le p dans Baptême et Ptisane, Vs qui se trouve après un e clair, au lieu de laquelle on met un accent au dessus de l'e, comme dédain ». Il remplace aussi Ys par un circonflexe, dans apôtre, jeûne, supprime les lettres doubles et inutiles comme Vf d'affaire, change y en / simple, etc. [Réqlemens pour les écoles... de Lyon, André Olyer, p. 24).

Les MAITRES ÉCRIVAINS. — • J'avais cru longtemps, sur la foi de leurs adversaires , trouver chez les maîtres écrivains une opposition obstinée. Il est vraisemblable en effet qu'ils étaient attachés à ce qui dans l'écriture faisait queue et paraphe, les y, les z. L'Esclache fait encore allusion à cette passion (p. 14), Rodilard aussi ^ Mais n'y

1. « Ceus qui écrivent metent toutes ces sortes de mots avec un z {bontez). parce qu'ils font l'e et le z tout d'une tire, au lieu que s'ils metoient un e et une s ensuite, il faudroit mètre un accent sur Te, et cela leur fairoit perdre du tcms, ce qui l'ait qu'ils font l'é et le z tout ensemble » (p. 29; cf. 49-50). De nos jours, le docteur Javal Lévy, si passionnément épris de la réforme de l'orthographe, était pour la même raison hostile à la substitution dcèle à elle.

l'i^O HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

a-t-il pas là quelque dépit ? Assurément des gens du métier avaient pu être opposés à des écritures qui dérang-eaient la main, obligeaient à mettre sur Vi un point, sur l'e un accent, au lieu « d'écrire tout d'une tire ». D'autre part, écrivains publics, appelés à coucher suile papier des pièces destinées aux tribunaux, il était tout naturel qu'ils se laissassent influencer par les habitudes de la chancellerie et du greffe, et par l'orthographe très archaïque en usage dans les. milieux judiciaires.

Mais on voit par le traité de de Blégny que certains maîtres écrivains, comme les autres maîtres des écoles sont, autour de 1690,. gagnés à la cause d'une simplification progressive. Son Traité d'orthographe^ dont j'ai parlé plus haut, était très résolument conservateur. « Ceux qui ont écrit estret, j'aimès, n'ont point fait de secte,, dit-il, et ont été abandonnez de toutes les personnes raisonnables ». Et c'était là une allusion très directe aux « folies » de L'Esclache. Au contraire dans ses Eléments [Règles de VOrt., 15), il signale le même changement sans aucune réprobation, il estime même que des corrections rendraient l'orthographe aisée, et qu'elles lui ôteraient cette « désagréable marque de dépendance des langues étrangères » (15-17).

Au reste, déjà dans le Traité^ il accepte j consonne, différent de i voyelle, et aussi u, au commencement des mots : voir, vrai. Il tolérerait le remplacement de y par i à la fin des mots : j^aimerai, aussi; il marque l'accent grave sur à : il ira à Paris. 11 supprime s,. dans étude. 11 simplifie des doubles voyelles ou consonnes : âge, abé.. Il préfère même filosofie à philosophie, et écrit orthografe.

Dans ses Eléments, il devient assez hardi, surtout sur le chapitre des diphtongues. Il se conforme à l'usage des « personnes connues pour bien ortografier, qui retranchent sans aucune altération ni sans causer d'équivoques les lettres des mots où elles leur paroissent superflues, et où il semble que les Anciens ne les ont emploïées que pour écrire comme ils prononçoient, ou afin de marquer une étimologie Grecque ou Latine, à laquelle peu de gens s'arrêtent à présent ». J'ai rapporté, ajoute-t-il, « en quelques endrois de ce Traité, le sentiment de quelques personnes qui voudroient qu'on se servît des Lettres suivant leurs sons naturels, qu'on rejetât les dif longues de tous les mots où une seule voïelle pouroit sulire, et qu'enfin on écrivît les sillables [sic] et les mots, ainsi qu'on les prononce, en les prononçant de la bonne manière » [Avis,]

Les MAÎTRES pour étrangers. — Les étrangers, en général, étaient tout acquis aune simplification, surtout dans les Pays-Bas, comme

je le montrerai par la suite. Il faut cependant faire des exceptions. Ainsi, en Allemagne, Duez est plus que réservé, il est franchement hostile à la réforme '. Dans la Préface du Dictionnaire françaisnlleniand de 1663, il combat trois des changements les plus généralement proposés; 1" la réduction des consonnes doubles : miene, ilisiper, excelent, car elles ont pour effet de donner une prononciation particulière à la syllabe précédente ; 2*' la suppression de s. Cela confond le masculin avec Te ouvert ; 3" le remplacement de 7/ par i. Il y a là une confusion, car y est nécessaire entre deux voyelles : ayant, et même au début des mots yvrongne. En présence des témérités de quelques-uns, il pense même qu'il ne devroit être loisible à personne de toucher à l'orthographe pas plus qu'aux monnaies, « sans la commission des princes » ; « il faudroit que certains personnages fussent commis et ordonnés pour cela, et que défense expresse fut faite à tout les autres de s'en mesler » -. L'idée de faire intervenir l'Etat dans cette affaire, où on m'a accusé d'avoir introduit le « socialisme grammatical » a, on le voit, une certaine ancienneté. Les adversaires se rencontraient à la proposer à ces socialistes qui s'appelaient Richelieu et Louis XIV.

Quelques Français établis à l'étranger sont conservateurs, eux aussi, ainsi le P. Ghifflet •'. Il ne voit pas l'intérêt qu'il y aurait à régler l'orthographe sur la prononciation ^, on créerait inutilement de ridicules équivoques (orc?, or ; os, aulx, eaux ; poids, poix, pois), et on mettrait une fâcheuse dissemblance entre des paroles qui naissent d'une même racine '. « M. de Laval, le P. Monet en son Dictionaire, et d'autres prétendus reformateurs de l'Orthographe Françoise, ont travaillé en vain, quoy que leur intention ait esté bonne. Aussi voyons-nous, que pour trois ou quatre semblables corrupteurs de nostre écriture, tout le reste des Sçavans a tenu bon, et s'est conservé dans la modération, sans se laisser emporter k ces

1. Dans \e Diclionnaire italien et françoix, imprimé chez Jean Elzevicr, Leide, 1660, Duez est moins ré trofi^rade; peut-être faut-il voir dans cette contradiction un effet de l'induence des imprimeurs. Néanmoins l'auteur déclare aussi qu'il ne veut suivre une ortiiographe « ny trop ancienne, ny trop capricieuse, comme est celle de plusieurs modernes, lesquels voulans mieux faire que les anciens, font beaucoup plus mal ».

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