‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 90 sur 189 · E EN SYLLABE TONIQUE · texte numérisé non relu

E EN SYLLABE TONIQUE

E SUIVI DE CONSONNE SONORE. — Dès le xvi'' siècle, les grammairiens donnent le timbre è aux désinences écrites : elle [belle), eme, [sème). Ailleurs, dans les désinences écrites : ene [forsene), ère [père), ede [remède), egue [collègue), eve [achevé), ege [abrège), le e n'a été couramment écrit è qu'après le xvii^ siècle. On peut donc le considérer comme moyen à cette époque.

E SUIVI D'AUTRES CONSONNES. — Sont moyens : 1« Les e toniques suivis de deux consonnes différentes prononcées : peste, terrestre. 2"* Les e suivis d'une consonne sourde seule ou bien qui précède soit l soit r : chef, lèpre. 3° Les e suivis de la semi-consonne y.

On peut, d'après le témoignage des grammiairiens, préciser à peu près l'époque de ces transformations.

1" Les e suivis de r -|- consonne sont considérés comme ouverts dès le XVI® siècle. Au contraire, les mot terminés en elque sont notés élque par tous les grammairiens du xvi® siècle, sauf Baïf (Th., I,7S) ; les grammairiens n'en disent rien après le xvi*' siècle. Les motsenec^e ont encore e au xvi'' siècle ; Péletier les écrit encore avec e, [afécte) (Th., I, 80). Les mots en este [modeste) sont écrits, au xvi" siècle, tantôt é, tantôt è ; au xvii° siècle les grammairiens n'en parlent pas ; on les écrit sans accent ; il est probable que c'est un indice que le timbre est moyen. Les mots en estre [terrestre) ont pris l'e moven à peu près vers la même époque ; Péletier, le seul qui en parlât au XVI* siècle, leur reconnaissait encore le timbre é. Les mots en épie ont évolué au cours du xvii" siècle ; Palliot, en 1608, écrit précepte. Th. Corneille supprime l'accent aigu dans les mots en eptre [sceptre). Enfin les mots en exe ont fixé leur timbre à la fin du xvii* siècle ; Hindret est le premier qui les note avec è [sexe) .

2'* E suivi d'une consonne sourde prononcée ou seule, ou suivie de Z, r. — Pour les mots en op [cep), on n'a pas de témoignage (Th., 1,54) i.

Dès le XVI® siècle, quelques mots en ef étaient moyens, mais le timbre moyen ne fut général qu'après Oudin ; avant lui, Lanoue notait chef avec e et nef avec è. Greffe a è ouvert, suivant Duval (Th., I, 69). Les mots savants comme synalephe étaient écrits e au XVI® siècle (Id., 83). Oudin donne à tous l'accent grave: donc le timbre n'est plus fermé ; il est moyen dès cette époque et l'est resté jusqu'à nos jours (Id., 54) '.

Les mots terminés en ete^ ette et en être sont encore écrits au xvii" siècle, tantôt e, tantôt è ; en 1762, l'Académie conserve athlète ; mais, dès la fin du xvii® siècle, le e était moyen (Hindret). Les hésitations des lexicographes n'intéressaient plus que l'orthographe (Th., I, 82) 3.

Les mots vulgaires écrits ece (^dépèce) ont pris l'accent grave avec Hindret (Th., I, 67), ceux qui étaient écrits esse [tresse) avaient hésité durant le xvi® siècle [Ib.) ; mais déjà Lanoue leur donnait l'è ouvert. Les mots savants en ece ont pris définitivement è grave avec Hindret : espèce (Id., I, 80).

Sec et les mots où è provient d'un e latin sont écrits è; on ne peut donc connaître leur timbre ; échec où e provient de a était écrit e jusqu'à Lanoue [eschéc) ; c'est au xvii^ que e disparaît (Th., I, 49). Dès le xvi® siècle, avèque avait è ouvert. (( On l'escrit ordinairement avec un c , dit Lanoue car ce c ne sert que pour luy bailler la pronontiation qu'il a » (Id., I, 66). Les mots savants, comme bibliothèque, hésitent pendant tout le xvi** siècle; la graphie è s'impose à l'époque d'Hindret (Id., I, 80).

Les mots terminés en eche ont été indécis jusqu'à la fin du xvii® siècle ; les grammairiens Andry et Saint-Réal discutaient âprement à leur sujet; De la Touche était sans doute plus prudent en déclarant que i//>èc/ie n'était ni ouvert ni fermé, mais mitoyen. Ces mots ont pris l'accent grave à la fin du xvii" siècle. Dès le xvi= siècle, Lanoue avait noté que dans certains mots [pêche] l'e était ouvert. Ici l'è s'était vraisemblablement ouvert sous l'influence de lamûissement de s. Ceux qui avaient le timbre moyen étaient écrits plutôt ei : seiche, ineiche, creiche (Th., I, 65, 67).

1. Les mots en epre nont eu e moyen qu'après le xvi° siècle; si Saint-l^iens écrit lèpre, Lanoue est pour lèpre (Th., I, 78).

2. Les mots savants pris au latin étaient en général écrits et prononcés é. Quand ils prennent c, c'est qu'ils ont depuis quelque temps changé de timbre.

3. Naturellement les féminins comme secrète étaient ouverts, par analogie avec le masculin secret.

On voit d'après ce qui précède combien de séries de mots ont pris au XVII*' siècle e moyen en syllabe tonique. Ce changement résulte indirectement de l'amiiisseraent de Ve féminin final. Par suite de cet amûissement, la consonne qui précédait cet e féminin s'articula avec Ve tonique et lit syllabe avec lui. Et c'est là la cause qui ag-it sur le timbre de cet e.

Les mots français qui avaient été longtemps terminés par une consonne prononcée, avaient pour la plupart laissé disparaître cette consonne finale au xvi" siècle. Pour qu'il reparût dans la langue des mots à finale consonantique, il fallait la chute d'e féminin. Quand elle se produisit, pé-re devint pér, puis par contrecoup l'e s'ouvrit et pér passa à pèr.

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