‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 91 sur 189 · E EN SYLLABE ATONE · texte numérisé non relu

E EN SYLLABE ATONE

Dans cette position, Ve a sans doute été toujours différent d'e tonique. Les voyelles atones ont un timbre moins nettement caractérisé que les toniques.

Hindret, qui était un observateur très attentif, reconnaissait non seulement un e moyen distinct de è comme de e, mais il y notait des nuances, il entendait un e d'un timbre un peu ouvert, et un autre d'un timbre « tant soit peu ouvert ». Et en effet e moyen atone passe par diverses gradations de e à è, si bien qu'on peut parler d'un e moyen ouvert et d'un e moyen fermé. Au xvi'' siècle, il semble que e ait été plus proche de Vé fermé devant voyelle [agréable) et dans les préfixe se (ébahi), dé (défendre), mé (^méfait), ré (répondre), tré (^trépas). Les grammairiens de l'époque ont discuté à ce sujet, les uns prétendant écrire è pour marquer que le s'éloignait d'e fermé, les autres voulant e pour marquer au contraire que le même e ne se confondait pas avec è (Th., I, 89, et 91-100).

Au reste l'analogie des mots voisins, quand il y en avait, où e tonique était ouvert, influençait le atone; bêche tendait à changer bêcher en bêcher (cf. prêt et prêter). Malgré cela le moyen fermé l'emporta ; on prononça, on écrivit même : arrêter, mêler, prêter, bétail. (Th., l, 101-2).

Au contraire, ce fut e moyen ouvert qui triompha, quand la voyelle était .suivie de r -|- consonne : vertu, ou de consonnes doubles: serrer, cesser, mettons (Th., I, lOo et suiv.).

Dans les autres cas, la prononciation est mal déterminée. A la vérité, comme M. Rosset le remarque fort justement (12S-6), on entend distinctement trois e moyens différents dans perdre, pester,

pédant. Mais ces nuances, si elles existaient, ont échappé aux observateurs du xvii® siècle.

Conclusion. — On peut d'après cette courte étude, apprécier le caractère des chang-ements qui se produisent désormais dans les voA'^elles françaises. Il semble que les modifications de la langue, surveillées par les techniciens, enchaînées à une orthographe, ne puissent plus aller jusqu'à substituer une voyelle à une autre. A ne devient plus e ni o. Mais à l'intérieur de la série des a se distinguent des nuances vocaliques, un a ouvert qui est proche de e, un a fermé qui est proche de o. Et les mêmes différenciations atteignant les autres voyelles w, o, e, op, i, «, la gamme s'accroît de demi-tons et la richesse vocalique du français se multiplie, sous l'apparente uniformité d'une écriture grossièrement inexacte et qui semble ignorer la plupart de ces accroissements.

ANCIENNE ET NOUVELLE PRONONCIATION. — Quelques noms de nombre, comme sept, neuf, nous donnent une image exacte de l'ancienne prononciation des finales. Devant consonne, elles étaient muettes : hui [t) maisons. Devant voyelle ou à la pause, elles sonnaient : huit œufs, fen vois huit ^ L's devant voyelle passait à la sonore correspondante z : siz hommes, en tou7. états. A la pause, s sonnait : je les vois tous. Les mots dont la finale se prononce ainsi sont aujourd'hui rares et exceptionnels. Jusqu'au xvi^ siècle, c'était la règle générale.

Le français moderne a rompu à cet égard avec la tradition. Aujourd'hui, si une consonne se fait entendre, elle se fait entendre aussi devant consonne: un bec pointu comme un bec acéré. Si elle est muette, elle reste muette à la pause : je prendrai du sirop. Elle ne reparaît qu'en liaison, dans certains cas dont nous aurons à parler. Ce changement, qui est essentiel, qui a eu toutes sortes de conséquences pour la morphologie et la syntaxe françaises, et mérite d'être étudié en détail, a eu lieu au xvii'' siècle.

LES CONSO^^NES P, T, S.

P. — Les derniers mots qui faisaient encore entendre p le laissèrent tomber : carnï», champ, louv. Il ne resta plus désormais que coup, drap, sirop, galop et trop, qui fussent terminés parun /> final. Encore tout le monde ne s'y accordait point, et les prononciations cou, dra, siro, (jalo avaient leurs défenseurs (Th., II, 123-4).

T. — Les Parisiens le laissaient tomber et disaient un granpo, aisse tou ? [un grand pot, est-ce tout ?). Toutefois, à la fin du siècle, les théoriciens étaient en majorité favorables à une restitution du t. Le Journal de l'abbé Choisi/ (291-2) montre nettement que le désir de la majorité de l'Académie était qu'on dît : dans un endroii, avec

1. Les noms de nombre i/re, deux, trois, vingt faisaient encore sonner leur finale autour de 1688, tout comme cinq, six, sept, huit, neuf et dix. De là peut-être l'usage populaire: une, deusse, troisse, encore conservé. Quant à vingt, il est aussi fréquemment prononcé vër que vë.

éclar. (Cf. Regn. Desm., 58). Mais nous savons que, dès 1711, cette mode était passée. La rè^le de Régnier fut déclarée un songe (Th., II, 94 et suiv.) '.

S. — Elle était devenue muette, et j ai déjà dit les conséquences que sa chute avait entraînées La formation du pluriel en avait été bouleversée, sinon en apparence, du moins en fait ; la conjugaison du verbe était également troublée -.

LLS CONSONNES C ET F

C. — Comme toutes les occlusives sourdes finales, c [k) devait semble-t-il, devenir muet partout. En effet, dès le xvi*^ siècle, on ne l'entend plus après les voyelles nasales : banc, Jonc.

Mais ailleurs, il n'a jamais entièrement disparu. Seuls, entre 4630 et 1685, estomac, cric, accroc, broc, croc, floc, clerc, marc. ont fini par laisser tomber le c. Les autres mots hésitaient, et finalement ils ont gardé la consonne '^. C'était de beaucoup la majorité. Si on les examine, on voit que la plupart étaient pris à des vocabulaires techniques (alchimie, médecine) : alambic, ombilic, etc. ; ou bien ce sont des mots étrangers, italiens ou allemands : buse, loustic, des emprunts latins : aqueduc, grec, ou bien ce sont des substantifs verbaux : choc, truc ; ou bien des adverbes à forme écrite c ou que : donc, donque, ou enfin des mots d'origine inconnue : mie mac, (écrit aussi mique maque), et des onomatopées tic-tac. Tous avaient ainsi de bonnes raisons pour rester en dehors du mouvement général d'amûissement de la consonne finale.

M. Rosset dit à ce propos (p. 239-240) : « Cette masse de mots savants ou exotiques, ou nouveau venus, où c final était prononcé, comparée au petit nombre des mots populaires où c tendait à devenir muet, a dû faire illusion aux grammairiens ; ils ont cru que cette disparition de c était un vice de prononciation et ils s'y sont oppo-

1. Par là s'explique l'indécision dans l'orthoj^raphe de certains mots: escurhol ou escurbo, crapaii et crapaud, eiicant et encan, etc.

2. Dans les mots terminés par p, t, s, on en trouve où la consonne se fait entendre. C'est un phénomène qui s'explique assez facilement. D'abord quelques-uns de ces mois sont savants ou étrangers. Peu à peu d'autres, qui étaient anciens, tels que cap, cep, préciput, jadis, hélas ont suivi leur analogie, fort lentement du reste.

D'autres fois le radical verbal, où la consonne survivait, agissaitsurle substantif verbal qui en avait été tiré. L'analogie deiuferinfluait sur /)(/<, cellede /leurier suv heiirl.

Enfin récriture, le souci de distinguer des « homonymes »a eu son influence. Mœurs, sens avec une s ne risquaient plus de se confondre avec meurs elsang.

.3. Les graphies témoignent de ces hésitations : lue et luth, paletoc et paletot, iirsenac el arsenal, cotignac et cotignat, lllac et lilas. Dans Maynard (1646, p. 292) .ir.senacs rïn\c a\ec almanachs ; de même cotignac : esloniac (Loret, 20 janv. 1664, v. 43 ; Martin, Ec. de Sal. en vers huri., 21 et 38).

ses le plus possible. Pour faire triompher leur prononciation, ils ont très habilement su l'insinuer dans l'usage littéraire, puis dans l'usage des gens distingués. On prononce un coq ou un co^ selon Hindret;

mais au sens figuré on dit toujours coq Avec était prononcé par

beaucoup de gens aye devant une consonne : ave moi ; c'est une faute, affirme Vaugelas ; Chapelain et Patru déclarent que cette faute était dans l'habitude populaire ». De fait elle resta fréquente, même dans laFrance du Nord, jusqu'au milieu du xvin" siècle, et on peut affirmer qu'au xvii'', il n'y avait que les plus instruits qui fissent entendre c ; c'était peut-être l'antique forme avecque ou avecques rejetée de l'écriture qui persistait dans avec (Voir t. III, 348) ; en tous cas avec triompha dans le discours soutenu (Th., II, 127).

F. — Les mots terminés en /", furent, comme les précédents, contrariés dans leur évolution. Dès le xv!** siècle, le f tendait à s'amûir, et H. Estienne notait cette modification, dont l'usage se généralisait. Au commencement du xv!!*^", dans la prononciation vulgaire, elle est faite : /'est muet. Mais une réaction se produisit. A la Cour, on estima que c'était là une chose qu il fallait laisser au «■ peuple grossier » . Et cette opinion finit par triompher des tendances phonétiques naturelles, mais fort lentement.

Devant consonne, on disait au xvii® siècle, sans /", comme de nos jours : che{f)-d' œuvre, cer{f) volant, ner[f) de bœu[f), le bœu[f) gras. On disait aussi du hœu[f) salé, un œu[f) de pigeon, un habit neu[f) mais laid. Et jusqu'au xviii", rien ne fut changé à cet usage. C'est dans les mots Juif, suif, ordinairement prononcés jui, sui, même devant voyelle, que f commença à reparaître à la lecture (Th., II, I37î ', Les mots savants en if étaient en efl'et fort nombreux, il est probable qu'ils agissaient ici directement sur les mots populaires. Toutefois, même au temps de Raillet (1664), le mot chétif n'avait pas encore subi cette analogie, on disait, comme aujourd'hui en Bourgogne : un chti garçon (Th., II, 172) ~.

LES CONSONNES L ET /î

L. — Ici la question devient plus obscure et plus complexe, et il importe d examiner en détail les divers cas.

I. Après ou. — L était muette dès le xvi* siècle, même dans saoul.

1. On voit Juif rimer avec ri/" dans Elomire hypocondre, 1670, act. 1 ; Div. com., se. 2.

2. Certaines rimes montrent la restitution de f. Ainsi c/ie^i/'s, alentif's, dans Loret, 20 déc. 1664, v. 2il. Apprenti, bailli n'ayant pas conservé /"dans l'écriture, restèrent tels quels.

II. Après o. — Il semble qu'aujourd'hui encore les mots en ol aient gardé une prononciation très ancienne : un fol amour, un amour fou. En réalité ils l'ont reprise. Au xvi'' siècle, on disait : cou, licou, fou, etc. (Th., II, 186). Si on écrivait col, c'était par superstition étymologique, et à cause des féminins en oie.

Toutefois les grammairiens du commencement du xvii" siècle trouvèrent cet usage digne du grossier populaire, — c'est le mot de Maupas — et préférèrent col. Cette délicatesse ne prévalut pas, et dès le temps de Ménage, ou était admis. Col était conservé seulement dans les expressions d'anatomie [haussecol passait avec lui). Fol, commode aux poètes, fut déclaré meilleur devant un substantif que ce mot qualifiait [fol amour à côté de fou à lier), mol parut plus poétique que mou, même devant consonne. En fait, l'influence des féminins a dû contribuer à troubler les tendances phonétiques 1 (Th., II, 186-9).

III. Après u, deux classes de mots étaient admises depuis le XVI® siècle. Dans l'une [cul), l était muette ; dans l'autre, sous l'influence des mots savants et des radicaux des verbes, / se prononçait : calcul, cumul, nul, recul, consul. Le xvu" siècle ne changea rien à cette répartition.

IV. Après œ, l était en général muette, même là où on l'écrivait : espagneul, filleul, tilleul. La restauration est du xvi*^ siècle dans linceul, elle est postérieure dans les autres ; Loret écrivait encore des tilleux (15 novembre 1653, v. 159). Moyeu, cnmayeu n'ont jamais été refaits.

V. Après i. — Le mot le plus intéressant est il. L y était muette au commencement du xvi" siècle. Mais certains grammairiens, comme Saint- Liens et H. Estienne approuvaient qu'on l'y prononçât. Au xvii^, on admit i devant consonne, et dans la forme interrogative dit-il. Milleran considère encore il comme pédant et peu courtisan. Mais Ghifflet demande il partout ailleurs, et tous les grammairiens, à la suite d'Hindret, jugent il plus élégant. Il était aussi plus commode pour leurs distinctions syntaxiques (Voir sur qui et quil au t. III, p. 293).

D'autres raisons amenèrent la restitution de /, dans d'autres mots, ainsi l'analogie de m,ille dans mil. Les mots savants exil, subtil, volatil faisaient analogie, et fî[l), où auparavant l'on n'enten-

1. Les poètes burlesques ont rimé ces mots aux mots en ol : De ce qu'ils ont été si fols D'avoir croyance aux Espagnols (Loret, 27 fév. 1655, v. 113) ; Il était sans fraude et sans dol II n'éloil ni lâche ni mol (Id., 11 fév. 1652, v. 27); Ils ont vu que les Espagnols Etaient trop tardifs ou trop mois (Id., 9 août 1653, v. 79). Le fait ne prouve pas grand 'chose.

dait / que dans les expressions de fil en aiguille et donner du fil à retordre, devint fil. Dans vil, les adjectifs savants et l'influence du féminin ramenèrent /.

VI. Après e. — Ici les contradictions étaient nombreuses. M. Rosset dit à ce sujet (p. 255) : « A l'intérieur d'un mot phonétique, bel, par exemple, avait la forme beau devant une consonne, bel devant une voyelle ; à la fin d'un mot phonétique, devant une pause, le mot bel pouvait hésiter entre beau et bel... et peut-être aussi prendre la forme be, phonétiquement produite par la chute rég-ulière de / final » comme dans que [quel], Noé {Noël), Miche (Michel).

Cet amiiissement de / ne pouvait pas se généraliser dans la langue correcte des savants et grammairiens. Depuis le x*' siècle, en effet, entraient sans désemparer dans la langue française, des mots empruntés d'abord au latin, puis, au xvi'' siècle, à l'italien et au provençal, qui étaient terminés par / ; leur origine savante et le souci étymologique leur conservait ce / final.

Ces mots qui, au xii" et xiii" siècle, ont résisté à la vocalisation de /, ont résisté de même au xviii'' siècle à la tendance à l'amûissement de /. Leur nombre a permis à des mots comme appel et dégel, qui étaient des substantifs verbaux et comme tels conservaient volontiers le radical des verbes , de ne pas suivre la tendance générale à rendre / muet ; ils ont retenu en outre des substantifs comme fiel, ciel, miel, qui auraient dû perdre /, et où Chifïlet assure qu'on le prononce (Th., 11, 179). Autel, hôtel, mortel, sel, tel ont, eux aussi, subi Tinfluence savante. Mais la conservation de / y est due en outre à une influence analogique que l'on va apercevoir plus nettement dans les mots terminés en al.

VII. Après a. — Ici, dit M. Rosset(p. 257), « la prononciation est encore plus compliquée . La tendance à l'amûissement de / est attestée par un certain nombre de mots où la graphie hésite entre diverses consonnes finales », ainsi pour arsena/. Suivant Vaugelas, arsenal est le plus usité; mais, en parlant, on prononce plutôt arsenac, au contraire on écrit plus volontiers arsenal (Th., II, 181). Ménage est pour arsenac. La discussion dura longtemps. Au temps de Féraud on entendait encore arsena. Pour estomac, Bérain note qull faut écrire estomac et non estomal; c'est qu'on prononçait estoma (Id., 127 et 181). De même les doubles graphies bocal ou bocar, brancal ou brancar, brassai ou brassard (Id., II, 178) laissent supposer que l et r étaient également muets.

Quoi qu'il en soit, la finale al s'est maintenue en français. Sans doute l'influence des mots savants terminés en al a pu être partielle-

ment cause de ce maintien. Mais il faut remarquer que ces mots savants se sont soumis à la double forme : al singulier, aux pluriel, à l'imitation des mots populaires ; et cela sans aucune nécessité phonétique, car l dental, tel qu'on le prononçait au xvi'^ siècle, était très différent de l palatal, qui s'ét;iit autrefois vocalisé en u . Cette formation archaïque du pluriel à laquelle les mots savants se sont soumis, prouve donc une action très forte des mots populaires sur les mots savants. Et par suite, il semble qu'on ne puisse pas expliquer la conservation de 17 final exclusivement par une influence savante.

U est probable qu'il faut y ajouter une raison d'analogie morphologique. Sur les 250 à 300 mots en al que possède le français moderne, il y a seulement 26 substantifs ; tous les autres sont des adjectifs Les adjectifs, grâce au féminin singulier et pluriel, conservent régulièrement la consonne l [loyale, loyales), très nettement prononcée, et à l'abri de tout amiiissement. Cette forme féminine a sauvé la consonne / du masculin; ou plutôt, des mots comme loyal ont un féminin écrit loyale, mais dans la langue parlée ce sont des adjectifs à forme commune, prononcés de même avec / final aux deux genres. Cette reformation par le féminin était du reste favorisée, il importe de l'ajouter, par ce fait que le masculin loyal était toujours resté loyal devant une voyelle suivante : loyal ami.

Les substantifs en al ne subissaient pas cette action du féminin, aussi, dans la langue populaire, on les trouve très communément au singulier avec la forme du pluriel en au : chevau, bestiau, etc. Si la langue littéraire a fini par garder les deux formes cheval et chevaux, c'est que la graphie et la tradition ont permis aux grammairiens de les imposer, en s'appuyant sur l'analogie des adjectifs correspondants où al se conservait, pour les raisons qu'on vient d'exposer. Les noms en al ont été maintenus grâce aux adjectifs,

R. — Il importe dans ce cas, où l'analogie a joué un très grand rôle, de considérer à part les diverses espèces de mots.

L Verbes. — Dans tous ceux qui n'ont pas l'infinitif en er, une tendance très nette se manifeste. L'usage populaire, au xvii"', est non seulement de prononcer r là où on écrit l'e, rendr[e), mais de le faire reparaitre dans ir. Ménage l'eût voulu sonore à la rime seulement (O., I, 253). Si les autres grammairiens recommandent de faire peu sentir r dans finir, c'est que le peuple l'allongeait finir[e) (Th., II, 162, 148). M. Rosset (p. 265) pense qu'un phénomène aussi surprenant ne peut être dû qu'à une assimilation morphologique, « La désinence re des verbes de la quatrième conjugaison a pu, dit-il, se généraliser aux verbes dont l'infinitif n'est pas en er. Mais

tandis que d'habitude une désinence en supplante une autre, ici il y aurait eu non pas substitution de désinences, mais renforcement de désinence par ag'g-lutination de la désinence re [rendre) ». En d'autres termes, / de fini{r) se serait trouvé ramené à finir[e).

Je ne pense pas que r ait jamais cessé de se faire entendre dans les infinitifs en oir. Mais, si la théorie ingénieuse de M. Rosset se trouve réduite par cette observation, elle n'est aucunement détruite. Il faut seulement ajouter que la présence d'un infinitif en oir, où r sonnait, s'est ajouté à l'influence de Vr du type rendre.

A la première conjugaison, les faits sont différents. Une foule de grammairiens, de Maupas à Régnier : Ghifïlet, Marg. Buffet, la Grammaire f/énérale, Ménage, Th. Corneille recommandaient de prononcer r, au moins dans le discours public et dans la déclamation. De là les rimes si communes, calmer^ la mer *.

Mais Vaugelas s'étonna que des gens qui parlaient bien dans la conversation ordinaire et disaient aimé, fissent, quand ils lisaient, entendre aller comme s'il y avait allair, avec un è et un r (Th., I, 58). Vaugelas voulait ici e, « qui est la vraie prononciation ».

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