‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 98 sur 189 · CHAPITRE II LES MOTS VIEUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LES MOTS VIEUX

[^La lutte contre le vieux langage, si vigoureusement commencée dans la première moitié du siècle, se poursuit avec acharnement. Jamais génération n'eut si peur de ressembler à d'autres et même à la précédente. Etrange état d'esprit dans une société où la noblesse héréditaire joue un rôle prépondérant. Il faut avoir des aïeux, mais ne point leur ressemble^.

Tout ce qui remonte au delà d'Henri IV est du « vieux gaulois », Le Roi se récrie, lorsque Racine, son lecteur, lui propose d'entendre un extrait du Plutarque d'Amyot. Et le poète doit changer au fur et à mesure mots et tours pour faire supporter « ce gaulois » ' . ^n considère le français du xvi" siècle comme une langue particulière, qui demande une traduction. Il convient à peine pour assaisonner certaines compositions, comme celles de La Fontaine -1 Encore cette exception n'était-elle pas du goût de tous, et le « stile de Marot » eut quelque peine à se conserver, même dans le genre maro tique 'K

tSans doute quelques élégances de la génération antérieure con-

1. Mon père proposa une des Fies de Plutarque. «C'est du gaulois », répondit le Roi. Mon père répliqua qu'il tâcheroit, en lisant, de changer les tours de phrase trop anciens, et de substituer les mots en usage aux mots vieillis depuis Amiot. Le Roi consentit à cette lecture ; et celui qui eut l'honneur de la faire devant lui sut si bien changer, en lisant, tout ce qui pouvoit, à cause du vieux langage, choquer l'oreille de son auditeur, que le Roi écouta avec plaisir (L. Racine, Mém.s.J. /?ac., éd. des G"*' Ecriv., I, 291); il (le vieux français) commence à former une langue particulière qu'on nomme vieux Gaulois {Apol. de La Bruyère, 209) ; du François ancien mis en nouveau langage est une vraye traduction (/d., ib.).

2. Cf. son Avertissement de 1665. R a cru que... cette manière (le vers libre) pourroit sembler la plus naturelle, et par conséquent la meilleure. D'autre part aussi le vieux langage, pour les choses de cette nature, a des grâces que celui de notre siècle n'a pas (IV, 4). Chapelain lui écrit à ce sujet : « Je n'ay trouvé en aucim escrivain. . . tant de jugement à ménager les expressions ou antiques ou populaires qui sont les seules couleurs vives et naturelles de cette sorte de composition » (Lelt., II, 439).

3. Racine avait refait la fable du Bûcheron, parce qu'il désapprouvait ceux qui employaient le style de Marot : Pourquoi, disoit-il, emprunter une autre langue que celle de son siècle? (L. Racine, Afe'm., 124).

tinuent à être des élégances-1 La vogue d'un furieusement ne passe pas tout d'un coup ^l Beaucoup de gens ont encore « du tendre » pour les adjectifs substantivés : le pur, le poli '-j Mais quelques exceptions ne font que confirmer la règle. Avant tout il ne faut pas paraître du temps des « collets montés » 3.

[^alherbe, Vaugelas même ne peuvent être suivis qu'avec précaution : « la plus part de leurs termes ont vieilli, et on n'ose plus se fier à leurs modelles et à leurs remarquesjj (Fur., Fact., II, 84). Les fidèles du roman sentimental se réjouissent de voir paraître V Astrée a en bon françois » ^.

Jlï n y a guère que Ménage, qui, parmi les grammairiens, eut un certain respect pour les vieux mot^, encore le devine-t-on plutôt qu'il ne le montre. Néanmoins ses contemporains l'ont fortement tancé à ce sujet. Alemand lui fait son procès à propos du genre du mot âge •^. Il s'est laissé si fort préoccuper, dit la Manière déparier^ en faveur de certains mots qui ne paraissent que comme des monstres et des avortons de notre langue, que, quoiqu'ils aient vieilli ou même qu'ils soient morts, il prétend les renouveler ou les ressusciter, et l'autorité de Nicot ou de J. du Bellay l'emporte dans son esprit sur celle de Vaugelas ou même de l'Académie (511)6. En réalité. Ménage n'était pas très affecté de tous ces retran-

1. Voir Dancourt, t. III, p. 9, 27,64, 71, 75, 81,87. On le trouve jusque dans Petit, Dial.sat. et mor., 74.

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