‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 4)Chapitre 97 sur 189 · Crotatoire (de Callières, Mots à Ui mode · texte numérisé non relu

Crotatoire (de Callières, Mots à Ui mode

II. « Malheur pour lors à qui est exposé à l'entret ien d'un tel personnage ! combien de jolies phrases lui faudra-t-il essuyer I combien de ces mots aventuriers qui paroissent subitement, durent un temps, et que bientôt on ne revoit plus » (La Bruy., Caract. I, 219,).

12. Que vous importe que Faustine afi'ecte im jargon ))our se distinguer, et qu'elle répète vingt fois dans un quai-t-d'heure, un mot qui ne fait que de naitre ; les Favoris de cette espèce ne tirent pas à conséquence (Belleg., /?e/ï. sur le rid., 192-3). Cf. Il y a peu de personnes qui n'a'ient leur mot fiivori, qu'ils répètent sans cesse, à qui ils ont donné leur cœur et leur tendresse (//j., 280-1); C'est un vice,... de faire parade

passe-partout, dignes remplaçants du car enfin de la génération précédente, dont l'usage se survivait '. Les exclamations et les formules superlatives, jouaient le premier rôle dans ces « mots de poche », les unes modestes, comme assez-, les autres excessives et enthousiastes : par merveille j, en perfection '^; il n est pas permis d'avoir tant d'esprit •"*, on n'y peut tenir '% cela est violent ^, voilà

trop souvent de certains mots qu'on appelle favoris, ou mots de poche, parce qu'on s'en sert atout propos (Leven de Templ., Entr. ù Madonle, 410).

1. Car enfin est si^malé par de Callières [Mois à la mode, 10). La faveur de l'expression datait de loin : Car enfin n'attends pas de mon affection Un lâche repentir d'une bonne action (Corn., III, 154, Cid,\. 871). Marty-Laveaux signale dans son Lex. de Corn. (Corn., XI, 152), un passage du Parnasse réformé de Guéret faisant allusion à cette vog'ue de car enfin. — * A., A-. — Car enfin, ma princesse il faut nous séparer (IJacine, II, 422, Bér., v. 1061); Car enfin je me sens un étrange dépit (Mol., IX, 133, F. sav., V. 851 ; VIII, 570, Escarb., se. 2).

2. Assez, à en croire Bouhours, aurait été à la mode. Il cite des expressions comme : cela est assez de mon goût, jentre assez dans ce sentiment. Il en est de même de trop [Entr., 92). Selon Sorel, assez serait d'un emploi plus régulier que trop [Conn. des b. Uv., 1672, 422, 452). L. de Templ. {Le Génie et la Politesse de la Lang. fr., 17) constate que le mot ne s'employait d'abord qu'en bonne part, mais qu'il s'emploie aussi en mauvaise {assez méchant), et enfin absolument (je comprends assez). — Vous avez lœil fripon, la mine un peu coquette... Le teint asses uni, le poil assez blondin, Les pieds fort bien tournés, le geste asses badin. L'air fort escarbillard, et les mains assez blanches (Monlfl., Ec. des jal., a. II, se. 6).

3. Merveille (par — ). •< Les jeunes gens... placent cette façon déparier dans toutes leurs conversations; les Dames ne manquent de les imiter en cela, et j'entendis dire l'autre jour à une jeune Dame de qualité qui venoit de chez un^e nos Ministres, dont elle avoit été bien reçeuë. Monsieur... m'a fait par merveillei. Je suis résolu de m'en tenir à l'ancienne manière qui est de dire, Monsieur un tel dance ou chante à merveille, et je ne conseillerai jamais... à une jolie femme de dire que quelqu'un luy a ffdf par merveille, pour dire qu'il l'a bien reçeuë » (de Callières, Mots à la mode, 112-3). -#- 0 tous les lexiques.

4. Perfection. De Callières ne voit pas de raison pour dire Madame la Princesse de Conty est belle à la perfection, puisque l'usage universellement reconnu est de dire qu'elle esl parfaitement belle ou heWe ewperfection {Mots à la Mode, 114). — Fur. et A. donnent en perfection ; A^ cite de plus à la perfection, mais comme étant du style familier. — J'ai eu une grande conversation avec M. le Camus... il est instruit à la perfection (Sév., II, 499-500).

5. Permis (il n'est pas — ). De Caillières (Afo<s à la .Mode, 114-116) signale que les jeunes gens, pour louer quelqu'un qui excelle en quelque chose disent : il n'est pas permis d'avoir l'esprit aussi vif et aussi éclairé,. . . que Mademoiselle,. . . il n'est pas permis d'avoir autant d'esprit et de valeur que Monsieur le Duc du Maine. 11 blâme cette expression ; il est non seulement très permis, mais encore très nécessaire d'imiter les belles qualitez des autres. Cette manière de parler ne peut s'employer avec justesse que dans un sens opposé, comme quand on dit qu'il n'est pas permis d'être vicieux ou impie.

6. Tenir. On se rappelle le mot de Philaminte : Ah ! peut-on y tenir? (Mol., IX, 97, F. sav.,v. 487). C'était une expression à la mode (de Callières, Mots à la Mode, 7), conforme d'ailleurs à un sens courant du mot, et qui est dans tous les lexiques.

7. Violent. Le mot était à la mode dans une expression comme : cela est violent (de Callières, 3/o<s à la Mode, 54). Cela est /'or< était une expression plus nouvelle encore (Id., Ib., 5i-5), — * A., A^. — En vérité, voilà qui est violent, de ne pouvoir pas avoir un laquais pour donner des sièges (Mol., VIII. 364, Escarb., se. 2) ; La question est un peu violente {Id., VM, 443, Am. magn., a. 111. se. 1); II se dispose à vous envoyer saisir par tout où vous serez. — Cela est violent (Du Verdier, le Flatteur, a. V, se. 2).

ce qui s'appelle régalant '. Ces « phrases » eussent-elles été très répandues, qu'elles ne pouvaient rien changer à l'histoire de la langue. Elles ont fait la fortune provisoire de quelques adjectifs, ^'oZi 2 d'abord, gros surtout •^. Mais l'homme de Cour véritable,

1. Appeler. Selon de Gallières (Mo/s à i<i Mode, 7, 12), c'aurait été une mode d'user de la locution : ce qui s appelle. On ne trouve rien à ce sujet dans les lexiques. — J'ai vu l'Inconnu, moi. le vrai, ce qui s appelle L'Inconnu régalant ; le vôtre, bafratelle. (Th. Corn., Y Inconnu, a. IV, se. 5] ; Voilà ce qui s'appelle un garçon fait au tour (Regnard, le Bal, se. 9) ; Dés le premier jour que je vous vis, vous fûtes ce qui s'appelle absolument souveraine de mes volonté/. (Du Verdier, le Flatteur, a. IV, se. 2).

2. Bouhours constate qu'il est fort employé par les femmes (/îem., 151). En particulier, il était employé comme substantif, ce que Bellegarde [Eleg., 296) désapprouve fort. MaissurtoutdeCallières ctBoursault se sont élevéscontre l'emploi du mot dans des expressions comme jioii officier, joh" général Madame Josse, qui parle même de stratégie, prétend que « Feu Monsieur de Turenne, et feu Monsieur le Prince, L'un pour temporiser et lasser l'Allemand; L'autre pour foudroyer Espagnol et Flamand; Ont été... les deux plus jolis Hommes Que la France ait produit dans le siècle où nous sommes » (Boursault, Mots à la mode, se. 11). Il n'y a pour s'opposer à son avis que M. Brice, mais il est vrai que « Les mots les p\us jolis scmt par lui censurez » (Id., ib., se 8). — * Duil. donne : il m'a fait un joli trait; Rich. : cela passe le joli; Fur., id., et il s'est tait joli garçon; A. et A 2 donnent : il a fait de jolies actions à la guerre. — Et, plus — que tous monsieur Jbly (Qui passe vi-aymcnt le j'o/y) Faizoit des sermons admirables (Loret, 4 janv. 1653, v. 120) ; A mon gré. le Corneille est joZt quelquefois Despréaux, Sat. III, v. 183) ; J'en sçaisun... Qu'on ne feroit pas mieux quand on le feroit peindre : Fier sans être orgueilleux; doux, sans être soumis; Estimé des soldats et craint des ennemis; Enfin ce qu'on appelle un des plus joZ/s hommes, Qu'on ait vu de long-tems à la Cour où nous sommes (Boursault, Esope à la Cour, a. IV, se. 3); Les François sont j'oits assurément : il faut que tout leur cède pour les actions d'éclat et de témérité (Sévigné, III, 137); le marquis est arrivé depuis deux jours, très joli; mais la fièvre lui reprit hier (Ead., Antogr., \, 19 ; On dis >\l de quelqu'un qu'il était j'oit à manger (Boursault. Mots à la mode, se. 4; cf. de Callières, Mots à la mo4e, 101). — Voir le Lex. de Mol. par Livet.

SL-jGros. La vogue de ce mot a été extraordinaire. Bouhours dit : « on l'emploie au sens de gra^d : une grosse fortune, une grosse passion; il a été très usité et l'est encore : gi-os lot, gros mariage, gros jeu, grosse pension, grosse armée, grosse faute, grosse querelle, 3r0s.se faim, (/ros temps, ^zos vent » {Suile.221 al suiv.). Certains de ces emplois ont subsisté, mais d'autres n'ont eu qu'un temjjsj Nous ne dirions pas que la cour a de gros charmes, mais qu'il faut être femme d'un gros Seigneur... et y ftùre grosse figure pour en goûter tous les plaisirs (de Callières, Mots à la mode, 6), ni que les femmes d'une grosse qualité, d'une grosse considération, d'une grosse distinction soient plus polies, et parlent mieux que les femmes ordinaires (Id., Ib., 11).

Si Madame Josse trouvait que rien n'est mieux dit que grosses vertus, il y avait toutefois des gens pour jeter contre le mot de gros, feu-v-et flammes, au risque d'être lapidés par les Dames (Boursault, Mots à la mode, se. 8)[ De Callières avait fait protester son commandeur contre ceux qui disent un gros seigneur : Faut-il, pour parler à la mode, que nous disions le gros Turc, le ,7ros Visir... le gros Chambellan? Alexandre le Grand deviendra-t-il le gros Alexandre?, Et pourquoi ne pas dire une épais-<e qualité, une épaisse distinction (Mois à la molle, 21 et suiv.). Voici une chanson satirique contre le mot en vogue :

Une grosse beauté dérange la cervelle,

Et fait pousser de gros soupirs,

La grosse qualité peut flatter nos désirs,

On se donne des airs et l'on s'entête d'elle,

Mais avec un gros bien on a ce qui s'appelle.

Un gros bonheur, de gros plaisirs.

(Id., /fo.,236.)

Saint-Héal, reprochant à Andry d'avoir approuvé cet emploi du mot dans des

n'usait point de ces aftectations pour montrer qu'il était d'un « ffros relief » *. Si sa conversation s'émaillait naturellement de

expressions comme gros seigneur (A. de B., /?e/I., 246) essaye de régler l'emploi du mot : d'après lui, on ne doit l'appliquer qu'à des choses qu'on peut concevoir sous quelque image matérielle, susceptible de grosseur ou de petitesse, mais non pas aux passions de lame ou aux sentiments de l'esprit {Critique, 108-114).

Ces critiques eurent quelque elFet ; il y eut moins de gens à placer sans raison le mot de gros partout (Ilauteroche. Bourg, de quai., I, 5); ce fut être retardataire que l'employer dans un certain nombre de cas, comme on peut en juger par ce passage de Boursault :

Je vous veux un gros mal d'une si grosse absence.

Depuis quinze gros jours ne m'avoir point écrit!

'V^ous qui passez par tout pour un si gros esprit.

A peine un gros Soigneui', que le rang autorise,

Se seroit-il permis cette grosse sotise.

— Quoi ! ma sœur, votre erreur dure jusqu'à présent !

Laissez mourir en paix un mot agonisant.

Hors chez quelques Laquais qu'il est en étalage

En aucun lieu du monde il n'est plus en usage.

Laissez, encore un coup, mourir ce mot en paix.

Me trouver l'esprit gr''OS, c'est le trouver épais.

A moins qu'un gros Seigneur n'ait la taille fort grosse

Est-il expression plus bizarre et plus fausse ?

Qui, Diable, a jamais dit depuis quinze gros jours ?

Ceux qui risquent ces mots pour leur faire avoir cours

Devroient être punis presque de même voye

Que ceux qui font passer de la fausse monnoye.

Gros est un mot proscrit, ma sœur.

(Mots à la mode, se. 6.)

Pom. ne donne que jouer gros jeu, Duil. un des gros de la ville. Fur. indique que le mot est queh^uefois augmentatif : gros pendard, A. et A 2 notent que gros se dit de certaines choses pour maïquer qu'elles sont considéiables — Et la plus-part des Citadins, autant les Gros, que les Gredins (Loret, 8 juin 1658, v. 83-84); Il fut, des plus Gros de la Ville, De beaux prézens gratifié (Id., 5 juil. 1659, v. 134-135); une bonnegrros.se demi heure (Mol., VH, 242, Puurc, I, 2) ; Il faut que ce soit queuque grros, gros Monsieur (Id., V, 106. D. J., II, 1) : le Comte a-t-il du bien, Qui d'un gros équipage assure l'entretien (Hauteroche. Bourg, de quai., III. 2) ; c'étoit un des gros Seigneurs de la Cour qui le disoit (Baron, Rendez-vous, Prol., 10); une fille. Pour enrichir un frère, en faire un gros seigneur. Doit renoncer au monde (Begnard, Distrait. IV, 2) ; j'aime assez ces gros airs-là (Lesage, Turcaret, V, 8) ; Quand on est, Monsieur, dans une aussi grosse considération... — Eh oiji. oiJi, Madame. Grosse considération, voila qui est bien, r^rosse considération ; mais parbleu cela est accablant (Palaprat, Important, 39). — JLe mot s'employait aussi au sens de nombreux : la Cour y fut extrêmement jrrosse (.VF^deScudérv, Mathilde,3^()); il y avoit beaucoup de duchesses, la cour fort grosse (Sévigné, VIII, 414J.J vous voyez qu'avec une si grosse famille on n'est pas sans embarras (Racine, VII, 272, Let.) ; Il void la Justice, en grosse compagnie (Despr., Sat. VIII, v. 295).

Le roi lui même avait remarqué la vogue du mot. Brossctte rapporte une réponse que Boileau lui fit, dans le temps qu'on employait le mot de gros au même sens que celui de grand. « Le roi, dit-on, condamnoit le mauvais usage qu'on faisoit de Gros, en le confondant ainsi avec Grand. Alors vous répondîtes que tant que la postérité sauroit les merveilles du Régne de Sa Majesté, on ne confondroit jamais Louis-le-Grared, avec Louis-le-Gros «(Lef^.de Brossette à Boileau. 25 nov. 1706). Cf./« Dans le tems que l'afTectation de substituer le mot de Gros à celui de Grand régnoit à Paris comme en quelques Provinces où l'on dit un gros chagrin, pour un grand chagrin, le Roi lui demanda (à Bt)il.) ce qu'il pensoit de cet usage : Je le condamne, répondit-il, /jar ce qu'il u a bien de la différence entre Louis le Gros et Louis le Grand » (L. Rac, Mém., 1 "8-9)7

\ [Jle lie f élaïl à la mode au sens de richesse, grandeur, importancej De Callières

quelques expressions qui rappelaient la Cour : il y a appartement ^, il y a toilette -, il fait Jour chez M'"" X 3, elles y paraissaient rarement, et ne pouvaient servir à caractériser son langage quotidien. Sans cela M. Jourdain eût vite appris à parler gentilhomme, et se serait trouvé bientôt au niveau » de la Cour, si bien qu'on n'eût pu lui Jeter sa roture au nez •'. Mais la difficulté n'était pas là. Il ne s'agissait pas d'apprendre quelques douzaines de mots à employer, mais de savoir d'instinct et sans -^ faute ceux qu'il ne fallait pas employer. Ce qui caractérisait l'homme qui avait un nom ^'>, ce qui lui donnait un langage qui allait avec les grandes manières ~, c'est le soin et Uart qu'il avait de choisir. Là se marquait la distinction véritable^ / La langue de Cour, dans la deuxième moitié du xvii" siècle, ne se confondait plus absolument avec la langue littéraire, je l'ai dit plus haut, elle l'influençait toujours néanmoins ; et la vogue dont certains

met en scène un jeune comte qui parle du gros relief des maisons nobles de France {Mots à la Mode^ 144). — * A 2. — Puis-je prendre un époux à moins que de son chef, Il ne soit Noble, riche, et d un (jrns 7}eh'e/"(Boursault, Mois à la mode^ se. 4) ; tirer toute sa sainteté et tout son relief de la réputation de son directeur (La Br., II, 152).

1. Appartemenl. On dit il y a appartement pour dire qu'il y a une réception dans l'appartement du roi, On disait de même : il y a. canal (cercle) (de Gallières, Mois à la Mode, 4, 32, 34) — * Fur., A., A- ; L. cite S'-Simon.

2. Toilette. On disait : il y a eu toilette pour dire que la Cour avait vu la Reine à sa toilette (de Gallières, 428 et suiv.). 0 tous les lexiques.

3. Jour. De Gallières approuve l'expression : il n'est pas encore jour chez, le roi {Mots à la Mode, 42). — * Duil. : il n'est pas encore Jour au Louvre, façon de parler qui, de même que- les riches étoffes et les belles modes s'introduit peu à pou jusques dans les maisons des Partisans, Fur , A-. — Mais, Monsieur, pensez-vous qu'il soit jourchez Lucrèce ?(Gorn., IV, 199, Ment., v. 1089) ; Ho ! quelqu'un ! Fait-il jour chez la belle Amarante ? (Boursault, Por<r. du Peintre, se. 2).

4. Niveau. L'emploi figuré du mot est relevé par Boursault: Je voudrois bien sçavoir si Monsieur Poussineau, Peut jamais, quoi qu'il fasse, être à notre niveau (Mots à la Mode, se. 4). — 11 n'y a que dans A - que l'on trouve : il est de niveau avec les plus honnestes gens. — Quelle horrible peine à un homme qui est sans prôneurs et sans cabale... de venir au niveau d'un fat qui est en crédit (La Br., 1, 152).

5. Nez. L'expression je(er au nez, au sens de reprocher, est signalée comme étant à la mode (de Gallières, Mots à la Mode, 53). o Pom., Duil., G, Miege ; * Rich., Fur., A., A'-i. — C'est un étrange fait du soin que vous prenez A me venir toujours jeter mon ûge au nez (Mol., II, 362, Ec. des maris, v. 57-58).

6. Nom (avoir un — ). De Gallières met l'expression dans la bouche d'un néologue de la cour, pour dire être bien né {Mots à la mode, 8 . — * Rich.. A. et A '■^ donnent avoir un nom dans les lettres, et aussi l'expression voisine : s'acquérir un no/n dans la guerre. — Cf. Polyeucte a du nom et sort du sang des rois (Gorn., III, 506, Pot., v. 420).

7. Manières {petites. — ) Les femmes de la villen'ont jamais les bons airs des femmes de la Cour. .. ce sont de petites manières (de Gallières, Mots à la mode, 10). — Babet reproche à Monsieur Josse ses petites manières (Boursault, Mots à la mode, se. 4). — * Rich. — S'il n'a pas les grandes manières, il a au moins toutes les petites (La Br., I, 321). — On dit h la Cour et dans le beau monde, il a des manières agréables... il a quelque chose de rude dans sa manière, etc. (Bouh., Entr., 92 et Rosset, o. c, 204).

mots à la mode ont joui dans les salons, les a par contre-coup introduits dans les œuvres. Les notes dont j'ai accompagné mon texte ont fait voir que la plupart de ces mots se retrouvent, même ailleurs que dans des comédies, où des intentions ironiques les appellent. Ainsi ffros abonde dans les Caractères de La Bruyère^ Mais ce sont là des accidents, presque des curiosités. Autrement importants sont les caractères négatifs.i L'homme et la femme du monde, l'homme et la femme qui écrivent, excellent surtout à éviter et à s'abstenir. Une épuration continue, systématique, du vocabulaire se poursuit d'un commun accord, les conseillers les^-, plus autorisés enseignent qu'elle ne sera jamais assez minutieuse ^.J Mademoiselle de Gournay avait, cinquante ans auparavant, comparé le repas auquel la nouvelle école conviait le monde à une belle table bien nette, où il ne serait servi que de l'eau claire. L Bouhours reprend cette métaphore ironique et en fait un aphorisme : « Le beau langage ressemble à une eau pure et nette qui n'a point de goust » [Entret., o5|^'

Il ne s'agit point d'accroître, mais seulement d'organiser les richesses du français : (( Croyez-moy, dit le porte parole de Bouhours, Eugène, la langue Françoise n'est pas si pauvre que l'on pense. Ceux qui se plaignent de sa pauvreté devroient peut-estre se plaindre de leur ignorance ou de la stérilité de leur esprit. Car enfin elle est abondante en toutes sortes de termes et de façons de parler. LEUe en a pour le discours familier et pour l'éloquence ; pour le stile médiocre et pour le stile sublime; pour le sérieux et pour le burlesque ; pour la chicane mesme, et pour les affaires. On ne demeure jamais court ; on exprime tout ce qu'on veut en nôtre langue quand on la sçait bien » (//>., 73-74). « ...A la vérité... il nous manque quelques mots propres ; mais nôtre langue ne

1 . « Gros Seigneur, c'est là un terme de nouvelle édition, que 1 usage établit chez les précieuses » (Sentim. cril. s. les Caract., 75). « Il a au doigt un gros diamant. Vous blâmez le Theophraste Moderne de se servir du mot de gros : il ne s'en sert qu'après son modèle : de telles autoritez rendent un copiste hardi » {Ib., 147) ; « Qu'il blâme, à la bonne heure, l'affectation des précieuses qui ont sans cesse dans la bouche un gros mérite, une grosse santé... cette épithete convient seulement aux objets sensibles, surtout à un diamant, dont la grosseur fait le prix » {Apol. de La Bruy., 93) ; « Gros nœud d'épaule. .. Vous avez déjà vu gros Seigneur, vous verrez grosse fortune, gros riches ; cette epitete est souvent employée dans le cours de l'ouvrage ; il y a d'autres mots à choisir, sans affecter le langage des petits maîtres, et des Précieuses » [Sentim. crit. s. les Caract., 130-1).

2. Lcmontey, si justement sévère d'ordinaire, exagère un peu, quand il dit: L'influence de la cour et de ses nouveaux hôtes parut dans cette prédilection, et quelques esprits pensèrent qu'on aurait dû peut-être associer un peu moins aux accents de Pascal, de Racine et de La Bruyère un jargon de châtelains désœuvrés (Lémontey, Mon. de Louis XIV, 367).

Histoire de la Langue française. IV. 15

mérite pas pour cela le reproche que vous luv faites... Car si vous y avez fait reflexion, l'abondance nest pas toujours la marque de la perfection des langues. Elles s'enrichissent à mesure qu'elles se corrompent, si -^ leur richesse consiste précisément dans la multitude des motsjCe qui arrive par le peu de soin qu'on apporte à choisir les termes propres, et usitez ; et par la liberté qu'on se donne, de dire tout ce qu'on veut, sans avoir égard à l'usage, ni au génie de la langue » {/b., 77-8). Et, comme un peu plus loin, l'interlocuteur se récrie : « on a retranché de nôtre langue une infinité de mots, et de phrases : et apparemment cela ne l'a pas enrichie », Eugène donne sa théorie tout entière: « Ne pensez pas vous en moquer... c'est par ce retranchement qu'on Ta perfectionnée, et qu'on en a fait une langue également noble et délicate » (//>., 80).JÉtudions donc d'abord ces « retranchements » où lépoque a mis tout son esprit d'invention.

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