‹ Histoire de la langue française des origines à 1900 (volume 5)Chapitre 52 sur 134 · C. Revendre (d'où fripier), C. Oudin : regastear · texte numérisé non relu

C. Revendre (d'où fripier), C. Oudin : regastear

II" A. Manger, dévorer très usuel chez Les burlesques : Le Temps qui frippe tout, ce gourmand immortel St. -Am.. I. :2(M> : cf. II. ilu est dans Cotgr., A. Oudin, 1642, d'Arsy. 11 manque à tous les aul r<

B. En particulier: décorer son bien. Il est dans Thesaur. nor.. hue/. 1660, oublié dans Les autres .

III" Dérober, friponner Littré donne des ex. de Sorel, Franc. . Il est dans < îotgrai e : to rob.

IV0 En particulier : dérober le temps dû à qq.c. : friper sa leçon. Il est dans A. Oudin [Reeh.), Duez, 1660-1671 .

Il faut ainsi réunir les renseignements de tous les lexiques pour avoir une idée à peu près exacte de l'emploi de ce mot, vraiment très répandu. Sans César Oudin on ignorerait que friper veut dire revendre, sans Cotgrave on ignorerait qu'il veut dire dérober.

Les mots techiques sont aussi fort souvent omis. Entre tous, les plus usuels étaient peut-être ceux du blason ; ce n'est pas qu'ils fussent très employés, mais ils étaient de ceux qu'un homme bien né ne rougissait pas de connaître ; c'étaient mots de nobles, et on s'attendrait à les voir enregistrer par un dictionnaire, précisément parce qu'ils sont un peu rares d'usage, tout en étant vivants, et qu'ils intéressent une société aristocratique où l'on parle armoiries. Prenons le mot hadelaire, haudelaire, bazelaire, qui signifie une épée courte, large, recourbée comme un cimeterre, un des meubles du blason ; Nicot en 1606 (seulement), Cotgrave. Monet, Van den Ende en 1669, Duez en 1663 le donnent ; tous les autres l'ont ignoré.

Les lexiques sont incomplets aussi par trop de concision dans les articles : un adjectif devient substantif ; ils le donnent comme adjectif, et ne le donnent pas comme substantif. Est-ce oubli, est-ce confiance au savoir de leurs lecteurs ? Voilà le mot politique qui est partout comme substantif de personne : un politique, les politiques. Seuls Monet (Abr., Inv., Par.), A. Oudin dans ses Recherches et dans les rééditions de C. Oudin, Duez et Van den Ende (1654) le donnent comme substantif. Tous les autres l'ont omis. Et certes, c'est bien un mot courant, puisque c'est le nom d'un parti, du parti qui a triomphé dans des circonstances célèbres.

Quelle attitude prennent enfin les recueils en face du néologisme ? Considérons le mot exact, qui est dans Du Bellay (Def. p. 121, éd. Person), dont Vaugelas a fixé l'orthographe (I, 377) et qu'il a employé il, 220). C'est un mot qui. malgré ses origines savantes, est alors usité et accepté.

Il est dans la série espagnole : Pallet, César Oudin ; la série italienne ne le donne pas avant Antoine Oudin ; mais celui-ci l'emprunte à son père et le met en 1642 ; d'autres ailleurs l'avaient donné déjà : Monet (1620, 1636), le Dictionnaire des Rimes de Lanoue et de Fremont d'Ablancourt ; c'est peut-être dans l'un de ses prédécesseurs que Van den Ende l'a trouvé ; il l'a ajouté en 1654 et 1669 aux Mellema qui ne l'avaient pas, non plus que Nicot et Cotgrave.

Complimenter est un dérivé français de compliment, mot

«»f HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

emprunté comme le précédent à l'Italie. Au XVIe siècle on le rencontre avec le sens de : accomplissement d'une formule de politesse. Au XVIIe, la famille est en plein succès.

Monel est le premier qui le donne 1636); puis Oudin (1642 dans ses Rech. et dans le Die t. esp. 1645), puis N. Fr. d'Ablancourt en 1648, puis Van tien Ende en 1654, puis Duezen 1660. Tous les autres Tout oublié: ce n'est qu'après 1660 qu'il est partout. Il semble bien que pour ce mot le même fait se soit produit que pour d'autres, incendie par exemple : à la suite de Monet et de Oudin. les lexicographes en ont grossi leurs livres ; seulement ici ils sont d'accord avec l'usage, parce que, grâce aux circonstances, ce mot est entré dans le vocabulaire quotidien aussi rapidement que dans les lexiques.

D'autres fois, certains d'entre les lexicographes au moins sont en avance, ils s'empressent d'accueillir un mot qui apparaît. C'est la course au nombre. Cortège est un mot presque introuvable avant 4660. A. Oudin l'accueille, en ajoutant dans la partie française : mot italien. (Cf. leDict. espagn.). En 1660, il entre chez Due/, avec la même réserve, en 1669, chez Van den Ende.

Encore le lecteur est-il ici averti, et cela n'arrive pas toujours ; on se demande alors qui croire. Les lexicologues ont-ils raison contre nous ? Ce serait parfois mon sentiment. Je ne donnerai qu'un exemple. c'esl celui du mot carton. Littré ne Fa pas trouvé avant Bossuet. Le Dictionnaire général cite Gotgrave. En réalité le mot est en 1596, dans Lnnoue, qui le rapporte comme italien. Il est dans tous les Monet. dans Ant. Oudin, 1642, dans la réédition de C. Oudin. 1645, dans Duez. etc. Y a-t-il lieu de supposer que tout ce monde se copie? Cela est de toute invraisemblance. Le mot devait être usuel, ce sont nos dépouillements qui sont insuffisants. Ici, je ferais confiance entière à nos recueils.

On devine mes conclusions. De même qu'on ne peut point toujours les croire, même quand ils sont à peu près unanimes, on ne peut pas non plus systématiquement récuser les témoignages de tous ces Lexiques. Trouvera-t-on une règle de critique? Je le souhaite. sans en être fort sûr. En tous cas il esl certain que ce tt'esl point là qu'il faut allerchercher les témoignages sur le travail d'épuration

ou d'riiricliisscment que l'époque luit subir ;iu lexique fiançais.

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