MOTS QUI PERDENT IN 01 PLUSIEURS SENS ANCIENS
A. Le sens ancien est proscrit par un théoricien '.
Bénéfice (= bienfait) — (Malh., IV, 267, et Doctr., 326). Cf. beneficence.
Chef('= tète — condamné à cause du chef Saint-Jean (Gourn., Adv., 637). L'A. n'accorde pasqu'il soit vieilli (Corn., XII, 486) ;*Nie, Cotgr., Mon., Oud., Rech., etC. A.Oud. — Il estdansRacan,II, 292, mais devient bas et burlesque (Scan-., ÛBu»., 1, 294 ; Loret, 21 fév. 1654, 37, 5 déc. 1654,19, etc.).
Cohorte — proscrit (Gourn., O., 958, Adv., 637); *Nic, Cotgr., Mon., Oud., Rech. et C. A. Oud. — C'est sans doute le sens imagé qui déplaisait, et non le mot. Rich. dit : Ce mot pris burlesquement veut dire une troupe de monde.
Contourner (les yeux) — mauvais mot (Malh., IV, 404) ; *Nic, Cotgr., Mon. Oud., Rech. etC. A. Oud. donnent le mot, mais sans indiquer expressément ce sens.
Convertir (= changer; — suivant MIle de Gournay, quelques-uns de la nouvelle École se consultaient si on pouvait dire « convertir la tristesse en joie >>, alléguant que cette diction convertir est affectée à l'amendement d'une vie.
— *Nie, Cotgr., Mon., Oud., Rech. et C. A.Oud. — Il resta classique. Voir L. et H. D. T. ; Il veut que sa houlette, en sceptre convertie, Rende des factieux la discorde amortie (Racan, II, 212) ; Il sut, ainsi que vous, convertir en fumée L'orgueil des ennemis, et rabattre leurs coups (Corn., X, 32 .
Courroucé — vieux au propre, fort bon au figuré (Vaug., II, 78). *Nie, Cotgr., Mon. ; — Oud., Rech. etC. A. Oud. donnent l'infinitif.
Courtisane (adj. = delà Cour) — * Nie, Cotgr., Mon., Oud. ,Rech. et C. A. Oud. ;
— GlI. D. T., Hug. ; — voir L. — Balzac plaisante le Père *** qui emploie courtisane dans le sens de femme de la Cour, et applique ce mot à Livie (Socr. chr.. II, 261). On en trouve encore des exemples : (La vertu...) se masque et devient courtisane (Régn., Sat., V); ame double et profane, Et, pour tout exprimer en un mot, courtisane (Mairet, Sylvie, éd. Marsan, v. 1049). Mais v'est le sens moderne qui prévaut : Les Courtisanes qu'on appelle en Italie de ce nom, exercent leur mestier comme feroit une couturière le sien (d'Ouv. Contes, I. 272 .
Dépendre (= dépenser; — blâmé par Malh., IV, 290; cf. à la Morphologie. * Nie, Cotgr., Mon., Oud., Rech. et C. A. Oud. — Commun dans l\4s£rée, 1,271 a, 261b. Cf. Gar., Doctr. cur., 902, 995; Racan, I, 16 et Malherbe lui-même, 11,331, 439, etc.. Se retrouve chez les burlesques (Chapel., Guzm.d'Alf., III,
Dévot (— vénérable; — corrigé par Du Perron, dans l'oraison funèbre de Ronsard, éd. 1611, p. 14. — G Nie, Cotgr., Mon., Oud., Rech. ; C. A.Oud. ;
— © H. D. T., Hug.; — L. cite Montaigne.
Doléance (= douleur) — corrigé par Malherbe, IV, 264. — G Nie, Cotgr., Mon., Oud . , Rech.; — -J-C. A. Oud. — Car il mourut cinq jours après, Comblant de pleurs et de regrets, De tristesse et de doléance, Tout Paris, la Cour et la France
1 . Les signes G et * indiquent ici que ce sens est ou n'est pas donné par un lexique. Histoire de la Langue française. III. 10
Rien n'est plus aisé que d'allonger cette liste. D'abord on trouvera dans certains travaux modernes, par exemple dans la Thèse de M. Rigal sur Hardy, une liste d'archaïsmes relevés chez Fauteur.
Des ouvrages anciens permettent aussi d'apercevoir pour ainsi dire du premier coup d'œil toute une série de mots disparus. Oudin, dans la partie française des Recherches, marque dune étoile ce qui est antique et hors d'usage ' : Aorner, abrier, accolerette, s'accoter, accresté, accul, acerbité. acoursier, addouber, adestrer. s'ad/ourner. affoler, affrontai lies, affrontement, affubler, aggreger, s'agroupei\ aux aguets, d'aguet, ahan, saheurter, ajoliver. aire, aisements, aissils, aluté, amatir, amignarder, s'ammignonner, amplier. amusoire, anate, ancelle, angourie (= melon d'eau), annombrer. s'annonchalir, antiphonnier. aousteron, apenser, apercher, s'aplomber, s'apoltronnir, appalir. sapparesser, appariation, apparoissance, appertise, applausement , arbuster, argenteux, argolet. armaire. aronde, s'arroller, arroy, asservagir, ast, attenurir, attremper. avant-cour, aubain, aubour, aumosner. averlan. avertin, s aviandcr . avictuailler , avier. avigourir.
Et le travail, facile à faire, qui consisterait à relever ces indications, ne serait pas vain, car on est surpris de trouver marqués de l'étoile : acariâtre, accélérer, accroissance, acuité, adaptation. alourdir, alpestre, altercation, alterner, alvéole, ambulatoire, aménité, amputation, amputer, anguleux, annichiler. s'arroger, arroser, assermcnter, assertion, assimiler, assimilation.
Tout cela parmi les mots commençant par A !
Une étude comparative faite sur des dictionnaires différents et surtout sur des textes de même nature, mais de plusieurs époques successives, serait plus significative encore.
C'est seulement quand on aura systématiquement mené cette étude jusqu'au bout qu'on pourra mesurer les pertes subies alors par le lexique français. Mais dès maintenant on peut dire que si un assez grand nombre de mots devaient mourir à cette époque, puisque c'est là un fait normal de la vie des langues, même abandonnées a elles-mêmes, la proportion ordinaire du déchet a été' beaucoup dépassée. La faute en est à ceux qui avaient créé cet état d'esprit qui faisait considérer un mot un peu vieilli comme capable de nuire a l'écrivain qui oserait s'en servir et tenterait de le sauver.
I. Il est utile d'ajouter que l'étoile Signale aussi des mots qui soûl nou\ eau v . ou trop latins, ou vulgaires : affiffuets. affres (vulg. . adjuration. aral)lc la t. . apparut, atterrassemenl (nouv. . Il faut <l<mc manier l'instrument avec certaines précautions.