CHAPITRE I ARTICLE
Disparition de ES. — La forme contracte es est condamnée par tout le monde. Malherbe la relève dans Desportes (IV, 462, cf. Doctr., 480) 2. Dès 1621, GoefTeteau, vraisemblablement pour se conformer
1. BIBLIOGRAPHIE. — Dans le développement moderne du français les faits morphologiques s'isolent moins facilement qu'au moyen âge de l'évolution phonétique, syntaxique et lexicologique, aussi les études préparatoires spécialement consacrées à la morphologie sont-elles beaucoup plus rares; nous manquons en particulier de travaux limités à la première moitié du xvn9 siècle. Mais on trouvera des indications utiles, malgré leur dispersion, dans :
1° Gh. Thurot, De la Prononciation française, d'après le témoignage des grammairiens, Paris, 1883, 2 vol. 8°, avec index alphabétique ; on peut y joindre W. Benary Zur Geschichte des konsonantischen Auslauts der Nomina im Alt-und Neufranzôsischen (Diss. Heidelberg), 1902.
2° Les lexiques spéciaux indiqués plus haut (p. 271) pour Chapelain, Corneille, Malherbe, Racan, etc., ainsi que les monographies que nous y avons jointes (Hardy, Coëfleteau, etc.). Cf. aussi E. Samfiresco, Essai sur V. Conrart grammairien (Mélanges Brunot, p. 302 etsuiv.), et les introductions grammaticales aux Lexiques de Corneille et Malherbe dans la Collection des Grands écrivains de la France.
3° Les études plus particulièrement consacrées aux habitudes syntaxiques des auteurs de la première moitié du xvne siècle, et dont on trouvera l'indication dans la Bibliographie de la syntaxe du français (1840-1905) de P. Horluc et G. Marinet, Lyon-Paris, 1908, n09 489 à 545.
4° Enfin un petit nombre d'études spéciales dont les limites chronologiques dépassent la période dons nous nous occupons ici : F. Meinecke, Der sogenannte Teilungsartikel im Franzôsischen (Diss. Kiel), 1900; — K. Lahmeyer, Das Pronomen in der franzôsischen Sprache des 16. und 17 . Jahrhunderts (Diss. Gôttingen), 1886; — A. Risop, Studien zur Geschichte der franzôsischen Konjugation auf-ir, Halle, 1891; — Ph. Kraft, Konjugationswechsel im Neufranzôsischen von 1500-1800 nach Zeugnissen von Grammatiken (Diss. Marbourg), 1892 ; — Id., Vokalangleichung im franzôsischen Verhalstamm in der Zeit von 1500-1800... Hambourg (Progr.), 1897 ; — R. Ekblom, Étude sur Vextinction des verbes au prétérit en -si et en -ui en français-, Upsal, 1908.
Nous rappelons encore les deux volumes de G. Kôrting, Formenlehre der franzôsischen Sprache (/, Verbum; II, Nomen), Paderborn, 1893-98, où les indications chronologiques sont malheureusement trop rares.
2. Du Val dit qu'elle marque lieu de demeurance, retraitte, pais, ou quand nous usons de similitude : Je suis seul es mains de mon père (284).
Histoire de la Langue française. III. 18
au goût public, la corrige (Urbain, Coeff., 307 n. 1) ; Oudin déclare que les bons auteurs et les modernes la bannissent entièrement, tant en parlant qu'en Tescriture (Gr., 1632, 44), et Vaugelas confirme1. Autour de 1600, cette contraction était encore vraiment fréquente dans les textes. L'expression tomber es mains, que Vaugelas r prouve, est dans Malherbe (II, 11), qui la rétablit même ailleurs IV. lo:2, n. 3). François de Sales en fait usage à chaque instant VI, p. 7. p. 12, p. 17, etc.), Montchrestien la reçoit dans ses vers Aman. a. I, se. 1), Gantez la présente souvent (Entr. des Music. \). S.'} et ailleurs). Elle est dans les romans, ainsi Mêlante, 1. II, I >7. dans les contes (Car/, de V Accouchée, 39), dans les livres de polémique de Garasse (Doctr. cur., 166 et souv.). Sa présence tardive dans des écrits tels que le Jardinier françois (p. 118) ou les l)i:lircs de la campagne (52)2 prouve qu'elle resta longtemps populaire. Bossuet l'emploie dans ses premiers sermons : es siècles des siècles (Bonté et ricj., de Dieu, 1652, Leb., I, 159) ; livré par son père es mains de ses ennemis (Deux ail., 1653, ih., I, 287) 3. Je c ois. en somme, que l'influence des théoriciens a beaucoup précipité la décadence de la forme es.
La liste des grammaires du temps est dans Stengel, Chronol. Verzeichniss fr. Gr&mmatiken, ouvrage déjà cité au tome II, p. 124. Il convient d'y ajouter, pour la période qui nous occupe, quelques indications que voici :
La Grammaire françôise de 1603, que Brunet indique, et que Stengel n'a pu trouver, est à la Bibl. de la Sorbonne. Malgré un titre pompeux, elle est sans valeur aucune, n'étant qu'une copie de la Gr. de Rob. Est., éd. de 1569.
Ajouter :
John Sanfohd. Le guichet françois, sive janicula et brevis introductio ad linguam gallicam, Oxonii, 1 60 i , 4°.
A briefe extract of the former grammar,done into English, Oxford, 1605, i' Bodl., i. 1). 48 Th.).
Mavpas. Il existe une édition de 1618, qui se trouve à la Bib. universitaire de Lyon, et un.- de 1625, Paris. Bacot [Sainte-Genev., liés. X. S32, in 12°),
Maupas fils a encore donné une édition après l'apparition des travaux d'Anthoine Oudin, en 1638 Bib. Ma/ai-.. '.4986).
1620. J. Godard, ta langue frnnçoiee, Paris, 8u (Ma/.., 202 ia .
i. « Avant (pie la particule es pour nu.r. l'usi bannie du beau Langage, ondisoil : l >raber e.s mains; depuis on a dit : tomber aux mains: mais ny L'un ny L'autre ne rien, et il faut tousjoun dire : tomber enlre le* mains de quelqu'un. I ne Le veut ainsi. Tomber e.s mains esl particulièrement de Normandie » ^
. Dana lea Merveille» de Nature^ es se rencontre jusqu'à dix fois par pi
L'abbé J.-A. Quillacq, La langue et la tynt.de Bossuet . i'.»»»:*, p. 78 Richelet, et idémie, confirmeront à leur tour, que « La particule es pour aux esl du vieux ■ qu elle ne s'emploie que dans cette façon de parler : maître m aria dire, ajoute l'Académie, tomber entre les mains de quelqu'un, et non pas tom m. uns de quelqu'un.