‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 102 sur 385 · I^ép. des Let., août 1684, Bayle, CEuv., I · texte numérisé non relu

I^ép. des Let., août 1684, Bayle, CEuv., I

traduction immédiate en français des livres qui doivent être lus par toute l'Europe ^

Il y a là, dans Tordre intellectuel, une série de véritables petits, événements, dont certains ont une valeur toute particulière. La signifîcation et la portée n'en peut être contestée. Quand un libraire risque ses fonds pour la publication d'un livre ou d'un journal en français, il est impossible d'admettre qu'il s'est déterminé par le désir d exalter la langue française, dont il n'avait cure; il ne la sert pas, il se sert d'elle pour gagner de Targent; s'il la choisit, c'est à bon escient et après supputation, parce qu'elle lui offre un maximum de garanties ou au moins de chances. Dans une lettre de Graevius à Daniel Elzevier, en 1679, les raisons qui doivent déterminer l'éditeur à accepter la publication qu'on lui propose sont données toutes crues. Les lettres qui lui sont soumises sont de Morin, d'Aléandre, de Pierre de la Valle, de Peiresc, de Chapelain : « un grand nombre sont en français ; elles n'en trouveront que plus d'acheteurs, car combien y a-t-il de gens qui ne préfèrent maintenant les choses françaises aux latines?^ »

D'autre part, la politique, qui cherche à agir sur l'opinion, aussi loin et aussi généralement qu'elle le peut, n'a point non plus de complaisance pour tel ou tel idiome. Elle prend celui de tous qui porte le mieux. Or en pleine révolution anglaise, le 26 février 16S0, ordre était donné aux fonctionnaires de douanes anglaises de laisser passer (( Monsieur Rosin transportant l'impression d'un livre en françois concernant la procédure du Parlement contre le feu roi, et destiné à être répandu dans les pays étrangers -^ » De même en 1680 on décidait que le procès de Strafford serait immédiatement traduit dans une langue « un peu plus universelle que l'Angloise^. » C'est qu'il était nécessaire de mettre les pièces de ces grands débats sous les yeux du monde entier, et que le français seul y pouvait servir. La création d'une presse internationale en français s'explique par des raisons de même ordre. Enfin l'adoption du français dans les relations diplomatiques acheva de le consacrer. J'essaierai de dater et d'expliquer ces faits d'importnnce capitale. Je voudrais, dans les pages qui suivent, raconter les événements qui ont marqué dans

1. « Je ne l'ay pas sitost veu en Anglois(lc livre de Chamberlayne), que j'ay jupe, qu'il nieriloit de paroistrc dans la langue Françoise, comme estant plus universelle dans la Chrcstienté qu'aucune autre... afin de donner une parfaite connoissance du Royaume d'Angleterre à tout le reste de TEurope » {LEstat prés.^ 1669, I, Epistre du traducteur) .

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