‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 116 sur 385 · CHAPITRE III LA RÉTaLUnON DE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LA RÉTaLUnON DE

La Révolution ne fut nullement fatale au français. Elle n'interrompit même pas les relations politiques entre la France et T Angleterre. On sait comment Cromwell s'entendit secrètement avec la Cour de France. Les événements servirent même, à certains égards, Ja cause du français. En chassant en France la famille régnante, ils contribuèrent à la franciser. D'ailleurs, en attendant son retour, le reste de T Angleterre n'abandonna pas, une fois les violences passées, des goûts enracinés.

Les jeunes gens de bonne famille continuaient, comme par le passé, à voyager sur le continente Cromwell ignorait le français, mais il ne voulut pas que son fils l'ignorât, et il l'envoya pour raison de santé en Languedoc. Le jeune homme fit aussi séjour à Pézenas. Les bords de la Loire étaient toujours le rendez-vous des étudiants d'Outre-Manche 2. Cependant le renom de la société parisienne commençait à les séduire. C'est ainsi, par exemple, que Wycherley (né vers 4640) était envoyé en France, dans le gouvernement du duc de Montausier, pour parfaire son éducation. Tout naturellement il visita les Rambouillet et Julie d'Angennes. Le rayonnement des salons et de la culture raffinée dont ils avaient donné -le modèle tournait visiblement les têtes aristocratiques anglaises. On s attachait aux romans qui olTraient Timage vivante de ce monde. Le traducteur de la Cléopâtre raconte que les Anglais le suppliaient de n'omettre dans sa traduction « ni une épingle, ni une frisette,... de la leur donner tout entière et a-la-mode ^. » Or il est évident que le moyen le meilleur, pour goûter sûrement la saveur du texte, était de le lire dans la langue originale. Du reste, au dire de Dorothy Osborne, les traductions n'étaient guère accessibles à ceux qui n'avaient pas fait cet effort *. On s'y mit de plus en plus.

1. Howell leur conseil laii d'y alUp dès I«ur jeune âge pour prendre la prononcia- Uoa, doni on vient difUcilemenl à bout, quand on a passé la minorité [Inslr.^ 36).

1 Id., ib., 32.

3. 1655, ^ part., entête, cité p. Charl., Th. et crit., 164. On tronveradans Upham, (0. c, Appendice A) une liste très complète des traductions d'œuvres françaises de 1556 à 1659.

*. Upham., o. c, 392.

De 1653 à 1658 paraissent de nouveau quelques ouvrages de pédagogie grammaticale*, dont un est très important, celui deMauger '.

Mesures contre le français. — Le « français de la loi ». — Il est vrai. qu'une mesure législative ota au français ce qui lui restait de certains privilèges d'autrefois. Mais depuis longtemps ces privilèges étaient sans valeur. D'abord, en 1362, l'anglais avait été établi en qualité de langue officielle, parlée dans les cours de justice. Ainsi que je Tai déjà dit -^ le français s'était seulement survécu ^. Quand le 25 octobre 1650, le Parlement résolut que toutes les procédures devraient dorénavant être conduites en langue anglaise, ce ne fut donc pas, à proprement parler, une dépossessi »n'\ Il faut du reste descendre jusqu'à 1731, pour trouver un acte qui abolisse définitivement le français ^\

J'ajouterai qu'à y regarder de près, ce « français delà loi » n'avait à peu près rien de commun avec celui qui se parlait au Louvre. Un bel esprit de France n'y eût pas compris goutte, et inversement un bachelier es lois anglais eut paru dans un salon de Paris plus ridicule encore que les barbons du Palais français, dont on s'était tant moqué. Les Anglais eux-mêmes faisaient des gorges chaudes de ce <( jargon enflé auquel aucune portion de l'humanité ne peut accéder que les hommes de loi ; tandis qu'en revanche les plus bouchés d'entre eux peuvent s'y former sans maître; galimatias sans parties du discours, du même acabit que le moresque espagnol ' ».

Des traces des anciens usages se maintinrent longtemps fort

1. 1653. Maugcr, Claude, The true advancemenl of Ihe Fr. tong.^ Lond. — 1658. Mauger, Freac^ Gram., revue et augni., Lond. — Cf. 1655. Laine, P., A compendions introd. to Ihe fr. long, and orth., many necessary words never hefore printed, Lond. — 1656. Gram. angL et fr. pour appr. facilement la lang. angl.^ Dieppe, 8°.

2 Mauger ctail Français de naissance, mais possédait bien l'anglais . Il enseigna et en Angleterre et en France, où il s'était attache une clientèle anglaise. Il semble avoir débuté à Blois, où il resta sept ans. Il a écrit aussi des Lettres Françaises et Anglaises (1676), et un Livre d'Histoires curieuses du Temps.

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