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HISTOIHK DE LA LANGUE FRANÇAISE

ce jugement est juste en partie *. Mais d'où qu'elles vinssent, les médisances gardaient leur sel, et la malice française y prenait goût. Au reste, la Cour même donnait l'exemple ''^. Dès 1656, lambassadeur Boreel signalait à Jean de Witt que souvent la Gazette d Amsterdam fournissait de quoi remplir celle du Louvre'^. « Sa Majesté nous fît lire le lardon de Hollande, qui étoit excellent », rapporte Dangeau, à la date du 13 juin 1684.

Partout, jusque dans l'Orient, la circulation des gazettes était considérable. « A Constantinople, à Smyrne, au Caire, dans le Levant, dans les deux Indes, dit un contemporain, on lisait les gazettes hollandaises comme k La Haye et dans les cafés d'Amsterdam '*. » Dans l'Europe entière, la gazette était devenue, suivant le mot de Bayle, le véhicule de toutes les médisances.

Lltte du Gouvernement français contre la presse française de Hollande. — A vingt reprises, le Gouvernement français s'en plaignit, et essaya de faire réprimer la licence des écrivains. En vain Renaudot, dans un de ses premiers numéros, professait-il qu'on perd inutilement son temps « à vouloir fermer le passage aux nouvelles, vu que c'est une marchandise dont le commerce ne s'est jamais pu défendre, et qui tient de la nature des torrents, qu'il se

1. Bayle, reproduisant le passage des Diversitez que je viens de citer, l'approuve et ajoute : « Que voulez-vous que jugent nos descendans, lors qu'ils liront tant de choses qui auront couru sans l'opposition de personne ? Pourront-ils s'empôcher de croire qu'elles ctoicnt véritables ? Ne diront-ils pas que si elles ne l'avoient pas été, on les auroit réfutées pour l'honneur de ceux qu'elles flètrissoient... » {Dici.^ éd. 1734, V, 666, n.). « Pour croire raisonnablement ce que ces sortes d'Ecrivains avancent, il faudrait qu'on vit dans leui>s relations un tel et un tel amas de caractères, sans quoj Ton doit suposer que leurs contes ne sont qu'un Recueil des Entretiens des Auberpes, et des Tabagies et des Cafés. Ces lieux-là sont les étapes et les magazins des fausses nouvelles, et ne sauroient être mieux comparez qu'avec la Mythologie de Natalis Cornes •» [Jb.).

2. « L'auteur, ajoute-t-il dans le passage que nous venons de citer, n oublie une Réflexion nécessaire. Il devoit se plaindre de la France presque autant que de la Hollande ; car c'est en France principalement que se débitent les Ecrits dont il se plaint. Si les François n'en lisoient aucun, et n'en achetoient aucun, les Libraires ne les imprimeroient pas ; et ainsi l'avidité des François contribue autant que tout autre chose h la production des Libelles » (//).)•

3. Boreel, ambass. des Prov.-Unies à Paris, à J. de Witt, 14 avr. 1656 : « Une Gazette est un mauvais garand ; cependant je vous envoyé celle d'Amsterdam du 18 Mars, où je vous prie de lire l'article de la Haye du 17 Mars que j'ai souligné. La Cour fait atcntion à ces choses. Mais avant de porter un jugement téméraire sur le massacre du capitaine Ram dans le port de Flessingue, elle veut voir ce que Leurs IIH. PP. feront contre le Dunkerquois qui a commis de telles violences en Goerée, on avoit auparavant dit Flessingue. Si ralTaire de Goerée n'est pas vraye, le Gazetier devoit avoir eu la prudence de ne pas l'imprimer. Souvent la Gazette d'Amsterdam fournit de quoi remplir celle du Louvre » (Trad. de la lettre dans les Lett. et nég, de J. de Witt, 1725, 1, 452).

4. Lettre de l'abbé Bianchi au prince de Beaumont-Vintimille dans Hatin, o. c, 50.

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