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LE FRANÇAIS DANS LA RÉGION DU RHIN 2B

preuve *. Quand notre compatriote arriva de Brème en 1650, on lui fit un accueil très chaleureux^ et il écrivait à un ami : « J'ay de la peine a m'imaginer que je suis en Allemagne, quand je n'entens parler icy que françois 2. » On lui avait promis une chaire à TUniversité de Marbourg, nouvellement restituée à la branche de Hesse- Cassel. Mais la landgravine mourut Fannée suivante (16St).

La Hesse-Darmstadt, quoique du parti impérial, n'était pas non plus fermée à la culture française, loin de là. L*Université luthérienne de Giessen fut fondée par Louis V en 1607. Une chaire de français y fut tout de suite occupée par Philippe Garnier, d'Orléans 3. En 1611, le i^ septembre, une thèse dedoctoraty fut même soutenue en français. C'était là un événement extraordinaire et contraire à toutes les traditions ^. L'étudiant, nommé Auchter, originaire de Pforzheim, sur les conseils de son maître, Ph. Gamier, avait rédigé une « Harangue Françoise de la louange, fondation et situation de la très célèbre Académie de Giesse et des Professeurs et exercices divers qui sont en icelle ». Le doyen, Conrad Bachmann, lança des invitations. Il n'en faudrait pas conclure du reste qu'il y eût un public prêt à écouter la harangue. Beaucoup de braves gens étaient comme les parents d'Auchter : ils voulaient que leur fils sût le français, ils ne le savaient pas eux-mêmes. Le doyen, en les engageant avenir, confessait sa propre ignorance : « nequeîpse intelligo. » On croyait cependant devoir assister à la cérémonie. La langue française n'était-elle pas, comme le disait la dédicace à des princes badois, celle qui était « le plus en usage dans la cour des Princes et Seigneurs, et de la quelle on se sert coustumierement en toutes conversations et devis familiers ^ » ? N'est-ce pas là une preuve du prestige qu'exerçait dès lors notre langue ? On lui faisait le même honneur qu^à la latine. Sans l'entendre, on l'écoutait avec déférence.

En 1614, Marcel Oliva succéda à Garnier, parti pour Leipzig. On

1. Chappiizeaa, L'Allemagne, ou relation nouvelle de tonies les Cours de l'Empire. Paris, 1673, 4«.

2. Chappuzeau dcrint secrétaire de la land^avine, et môme de Guillaume VI, son fils. La princesse avait chargé ce Français de 2d ans d'écrire Thisloire de son rè^e. Elle lui en fournit même les matériaux : « Elle daigna, dit Chappuzeau, plusieurs fois m*appeler dans son cabinet pour me donner de sa propre bouche des mcrnoires de son Règne. . . Mais sa mort prévint le dessein qu'elle avoit de m'instruire d'avantage, et ces mémoires sont demeurez imparfaits. « {Europe vivante, I» 334.) Cf. Meinel, o. c, 7, n. 2.

3. Behrens, art. cit., 172 et n. 12. Dorfeld (o. c, note 7) avait affirmé qu'il n'en était rien.

4. Id. th., 165-166 etn. 3 ; cf. J/. L. F., II, p. 37 et n. 2.

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