H HISTOIRE DE LA LANGUE FRATIÇAISE
pFTOtestante de Saumnr, fondée -en mars 1593 par Duplessis Mornay. Sur les i 4 8 signatures inserites à V Album amiconim que les étudiants avaient offert à l«ur maître de danse, les Allemands étaient en grande majorité, et la plupart d'entre evm appartenaient à la noblesse *. A Saumur, dit un Manuel de voyage, « le charme du Keu et le bon marché de la vie », les écoles pour toutes sortes d'exercices, a^t tirent aussi beaucoup d'Allemands en même temps que des Belges et des Anglais.
Angers. PomERS. — D'autres itinéraires complètent celui-ci. A Angers, dit « le Yoyage de France », dont les étrangers visitent rUniversité, il y a une des promenades qui s'appelle le « Pré des Allemands », parce qu^il a été « donné à la ville par un de la Nation, lequel y estudioit *. »
A Poitiers, suivant le même, ils se réunissent en nombre considérable, si considérable que les plus consciencieux des jeunes gens, pour éviter de rencontrer sans cesse des compatriotes et pour Taire de véritables progrès, sont obligés de se retirer à Saint-Jean d'*Angély ».
Autres Universités. — Dans un faubourg de Bourges se trouvaient, au dire de Sincerus, deux auberges tenues par des veuves. L'une d'elles était si fréquentée par les jeunes gens d'outre-Rhin <jue Thôtesse était sarnommée « la mère des Allemands ^. »
De Paris — la chose paraîtra étrange, — nous savons peu, car les registres de l'Université sont perdus, mais il nous reste quelques témoignages. Ainsi, parmi les Allemands qui ont séjourné en France en qualité d'étudiants, se trouvait un nommé Os waldSchm end,
1. Voir A. Joubcrt, Les étudianls allemands de V Académie protestante de SaumuT ci lear maître de dttnse (1625-1^43). An^eis, 1H69, S*, p. 3-5. Tirage à part delà Bevae de V Anjou.
2. L'Université d'Angers est renommée... La Philosophie, les Boursiers Normands, qu'on y appelle, duBueil, et l'Humanité, qu'on nomme delà Fourmagiere, y ont leurs Godleg<e8. A cause de cela... la Tille est fréquentée des Estrangers. Le IVé qu'on nomme des Allemands,... a esté donné à la ville par vn de la Nation, lequel y estudioit » (De Varennes, Voy. de Fr., 67-68, 2* pagination).
3. ( Vof/A^é de France y 96). De Varennes leur recommande le séjour de Thouars ou «de Loudun.
4. 0. c, 112. A Bourges «« on parle bien, dit aussi le Voyage de FroJioe (34, 2* pagination), et approchant du langage d'Orléans. » Lorsqu'un étranger ne connaît pas encore sufûsanuneDt le français, en quittant Bourges, il devra aller ailleurs, « où il continuera d'apprendre, et se confirmera en ce qu'il y sçait desia : cest en ^Tie ville qui n'est pas tant cogneiie el estimée des Eairangers, sçauoir Moulins en BourbonnoiflM IJh.. i0<41, 2* pagination).
qui fut précepteur dans la famille Le Coq, et qui nous a laissé un album de pensées que ses amis lui avaient dédiées. Uy en a en latin, en ^rec, en allemand, mais aussi en français, et cet Album Amicorum fourmille de renseignements précieux *, en particulier on y trouve celui-ci, qu'en 1607, Schmend a rencontré à Paris une foule de ses compatriotes ^ .
D'autres pays, limitrophes de France : Sedan, Genève, avaient aussi leurs écoles, très fréquentées ^.
Dans uûs villes dépourvues d'Universités. — C'est un fait très digne de remarque que des villes, où aucune possibilité de continuer leurs études ne leur était offerte, aient attiré une foule d'étudiants allemands. Il nous montre en effet ce que, peu à peu, les étudiants s'étaient habitués à venir chercher en France. Jadis, c'était exclusivement une culture latine. Désormais, ils ont appris à vouloir autre chose encore. Sans doute, le droit romain, dont l'enseignement est parfois proscrit chez eux, les attire, mais aussi la langue française. Pour être sûr de la bien apprendre, ils se rendent dans des villes du centre où le français passe pour très pur ^.
Les Archives de Blois, en partie détruites, ne renferment plus, paraît-il, de documents sur le séjour des étrangers. Nous savons pourtant que ce fut toujours un de leurs rendez-vous de prédilection. « Les habitans [de Blois] sont courtois envers les Estrangers », dit Olivier de Varennes, et « la langue Françoise y est en sa pureté
1. Il est conservé en manuscrit à laBibl. de la Soc. d'Hist. du Prot. fr., sous le nom de Ans dem SUmmbach von Oswald Schmend^ der i60$-4$40 in Sedan nnd Paris leblCy zeittoeilig ah Hauslehrer in der Famille Le Coq^ nachher in Pfâlzischen Dienslen. Le conservateur, M. Wciss, a eu l*obligeance de nous le communiquer.
2. Ce sont Jean Philippe Graue, de Nassau Katzenelenbogen et ses frères, Georges et Jean Louis ; en 1608 : J. Daum de Nassau, M. J. H. Sprcnger, le « Camer Meister Sengel » de Dillenburg, Jean Philippe Schilt, Gaspard Geysius, les frères Bartholoméeet Paul KhevenhQller d*Aichelberg, barons de Landscroa et Werembcrg ; Frédéric Sladtmann, Hermann Weiss, Philippe Abbas, Joan de Haesfelt, Berent de Ileiden, Nicolas Rûcker de Francfort^ Cari Paull, Louis Frédéric Ôch Bozbcrg, Palatin. En 1609 : Christophe, Burgrave et baron de Dhona,*et Elias Reutter.
A Orléans, les frères Neidhard Adam et Wolfgang Balthasar de Chreilsheim.
3. A Sedan, Oswald Schmend rencontre Philip Cluverius Varcaeus, Theodorus Schalichius, d'Emmerich, Jeremias Barth, de Silésie, Adam Wilhelm HUtwohl de Kreuznachsur la Nahe et Ernest Klenck.
Sur Genève, voir Bernard Bouvier, Fac. des Lett. de Genève, Genève, 1896, p. 33.
4. Cf.Davity, Desc. gén, de V Europe, 1€60, 11, 27 : « Il y a certaines villes en France, dont les habitans ont la réputation de mieux parler ; sçavoir Tours, Blois, Paris, et Orléans; la commune opinion donne le laurier à Orléans et à Blois, les estrangers, qu'on y void séjourner exprés pour y apprendre la langue, en peuvent cstre un témoignage. Comme dans les villes ce sont les personnes mieux eslevées, et de meilleure condition qui parlent le mieux, ceux aussi qui hantent la Cour emportent le prix sur ceux qui en sont éloignez. »
et délicatesse en la ville et aux champs. Elle y est mesmes enseignée aux Estrangers, qui y profitent doublement et par la pratique, et par les préceptes contenus en certains livres faits sur les lieux ^ . »
11 n'y a aucun doute en ce qui concerne ces « certains livres faits sur les lieux », il s'agit là de la Grammaire de Ch. Maupas. Voici maintenant plus de trente ans que j'ai, pour la première fois^ montré toute l'importance de ce manuel^. Depuis lors-loccasion s'est présentée de le citer dans cette histoire en cent endroits^ 11 importe ici de rappeler de quelle autorité ce maître, si injustement oublié, ce simple chirurgien, improvisé professeur, a joui dans toute l'Europe ^, Tous les auteurs d'Itinéraires envoient les. jeunes gens vers lui : « Âd linguœ cognitionem faciliorem et accuratiorem omnino legenda est Grammatica Gallica Caroli Maupasii Blesensis^ quœ nuperrime in Latinumest translata *. » Jodocus Sincerus n'est pas moins élogieux. Il signale à Blois la présence de « Maubas », à «qui tout le monde accorde la palme de sa profession ». Il existe, dit-il, de lui des préceptes et des observations. . . utiles,, moins aux commençants qu'à ceux qui parlent déjà un peu ^. Quand Martin et Spalt eurent leur querelle, le premier en appela, nous l'avons vu, à l'autorité de Maupas, chef des grammairiens, grammaticorum ducem ^.
Cet homme, alors célèbre, mourut en 1625, mais son fils et un nommé Marchais continuèrent quelque temps sa tradition. Ce der^ nier, qui avait été professeur de mathématiques de Gaston d'Orléans, fut aussi le maître de nombreux gentilshommes allemands"^. C'est ainsi qu'un simple chirurgien, Ch. Maupas, s*il n'a pas fondé une dynastie, comme celle des Estienne, a fait du moins une école, une