‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 283 sur 385 · Ut. 9. diff. sujets, Genève, 1750, IV, 94S · texte numérisé non relu

Ut. 9. diff. sujets, Genève, 1750, IV, 94S

La politique française. — Les traités de Westphalie araienl ouvert l'Allemagne à notre action politique. D'abord elle demenrait morcelée en trois cent soixante Etats, dissociés plutôt cp 'associés. L'autorité commune qni les groupait, se trouvait sinon détruite, du moins singulièrement diminuée par les principes même qu'oB avait proclamés, et qui reconnaissaient à chaque prince le droit de lever des impôts, de battre monnaie, d'avoir une armée et même de traiter arec les puissances étrangères. En les faisant ainsi souverains chez eux, on organisait l'anarchie dans la collectivité et de cette confusion conservée par la Providence, suivant le joli mot d^Oxenstiern, des querelles et des intrigues sans fin devaient naître, auxquelles de toutes façons la France se fût trouvée mêlée. Mazarin, puis Louis XIV Fy enfoncèrent. Sans cesse préoccupé de gagner des promesses en vue de ses ambitions secrètes et des concours pour ses desseins immédiats, le Roi envoya dans toïdes les cours des agents, publics ou cachés, en nombre tel qu'on n'en avait jamais vu ^ Une administration d*une ponctualité admirable leur distribuait régulièrement des instructions concertées. L'argent n'était point épargné et servait à gagner non seulement princes, ministres, évéques, favorites, mais tous ceux dont l'interventioii pouvait un jour ou l'autre être utile *.

1. Sous Louis XIV, là où jamais on n'avait encore vu de Français^ dans la moindi^e petite cour »neinande, il j eut un ambassadeur françan» cfoi était tant A t un cKpJomate, tantèt un évèque^ ou même un ex-cdlemand à la dévotion de la co«r de France (F. Rûhs, 0. c, 175 et suiv.).

2. Les petits prince» ne cessent de tendre la main ; et les pkis grands, le chapeavL Ainsi Lionne réusait à former et à renouveler T Alliance du Bkin. Il fallut toute la morgue blessante de Louis XIV pour lui enlever cette clientèle à la fois si docile el si précieuse. Le diplomate achète les nrinisires, sédnii à prix d'or les mattrestes. ou les favoris, prodigue les cadeaujc aux personnages influents, aondoie les panifihlélaires. Il est vrai qu'il ne fait point de dupes: chacun sait qu'il est accrédité pour jouer le rôle « d'un espion honorable. » Chaque cour connatt Fart de décaehetei' le courrier de l!adversaire, de « perlustrer » ses dépêches; on arrive même avec un peu d'habileté à acheter le chiffre de sa correspondance secrète. La politique s'abaisse jusqu'à s'avilir ; la vieille Europe n'a point de scrupules et ne se pique point de ftrasses délicatesses (HUtoire Générahy sous la direction d*£m. Lm'isse el Alfr. Rambaud, t. VI, 79-80).

Les idées françaises ne servaient pas moins que les subsides à séduire les princes. Soit qu il ne pût renier les principes même au nom desquels i) gouvernait, et la forme de gouvernement dont la France donnait l'exemple, soit qu'il espérât par là s'attacher les maisons régnantes, le Roi leur reconnaissait sur leurs sujets, leurs biens, leur vie, leur honneur, un pouvoir absolu, comme celui qu'il exerçait lui-même. La « Staats-raison », qui n avait point eu jusque là de nom en allemand, s'introduisait dans des pays où nul ne l'avait jamais invoquée. Des hommes qui pensaient, de grands hommes même, comme Leibnitz, acceptèrent et propagèrent ces nouvelles maximes d'Etat. Gomment n'eussent-elles pas provoqué chez les princes et principicules un enthousiasme comparable à celui que les idées de liberté provoquèrent chez les peuples quand plus tard, elles vinrent de France à leur tour? On compte les chefs d'Etat qui eurent assez de courage et de conscience pour y résister. Tout cela explique et l'Alliance du Rhin, et les secours que la politique française trouva au milieu du xvn® siècle en Allemagne.

Les mariages. — De tous les événements politiques, aucun n'avait, pour le sujet qui nous occupe, l'importance d'un mariage princier. Dans la plus simple famille, c'est la femme qui enseigne aux enfants la langue « maternelle » ; dans une famille régnante, c'est la femme qui donne le ton à la cour. Assurément, sa présence ne suffit pas toujours à faire changer les costumes, les manières ou le langage. Il est bien certain qu'une Espagnole ou une Autrichienne pouvait épouser un roi de France sans apporter un trouble profond dans les mœurs ou les habitudes. Au reste, elle n'y prétendait pas nécessairement. Si les Italiennes du xvi® siècle ont révolutionné jusqu'au parler de Paris, ni Anne d'Autriche, ni la Dauphine n'y apportèrent la moindre modification. La dernière était à peine à Strasbourg (non encore annexé) qu elle se dénaturalisait. Comme le Magistrat lui adressait un compliment en allemand, elle répondit : « Parlez-moi français, je n'entends plus l'allemand. » Or pour faire cette déclaration, elle n'avait même pas attendu d'être en pays de langue française, à Saint-Dié, où on lui oJBTrit une représentation de Phèdre *. Elle ne voulait pas tarder un jour à se donner des airs français. Et ce qui achève de caractériser son geste, c'est

1. Gas. de France, 1680, 119, dans Ch. Pfister, Tsibl. de Saint-Dié aa XVII* s., Màrefies de l'Est, déc. 1913, n» 8, 147-148.

qu'il est avéré qu'elle savait fort peu de français, qu'elle ne l'apprit même jamais parfaitement K

Éléonore Desmier d'Olbreuse ET LA COUR DE Brunswick. — L'arrivée dans une petite cour d'Allemagne d'une dame de France qui n'avait même pas besoin d'être toujours une très grande dame, avait de tout autres conséquences. « Les têtes allemandes, a dit un ennemi, Rûhs, en étaient entièrement tournées. » Nous en avons un exemple éclatant dans ce qui se passa en Brunswick. La duchesse était une française d'assez petite noblesse, Éléonore Desmier d'Olbreuse, qui avait été attachée à Emilie de Hesse-Gassel, devenue princesse de Tarente 2. On sait comment l'amour l'éleva jusqu'au trône, et fît de la modeste gentilfemme de Poitou l'aïeule commune des rois qui régnent aujourd'hui en Prusse et en Angleterre.

Une fois duchesse régnante, elle s'entoura de compatriotes, la marquise d'Olbreuse, sa belle-sœur, première dame d'atours. M"** de la Motte-Fouqué, de Beauregard, la marquise de la Roche-Giffard, M"® Hélène de Lescours, sa demoiselle d'honneur. Près d'elle on trouve encore M"** de la Motte, de Gharriard, de Maxûel de la Portière et de Mel ville.

Le duc avait suivi l'entraînement. Dans ses troupes ducales et dans celles de Tévêque d'Osnabrûck, des Français avaient été pourvus de hauts commandements. On y trouve des Bragelogne, des de Villiers, des Malortie et des Melleville. G'est Jérémie Ghauvet qui remplaçait le plus souvent à la tête de ses troupes le prince absent. François de Beauregard était major général de' la milice. Le colonel de Launay commandait le régiment des gardes du corps. Le général de Boisdavid était grand écuyer, charge qu'avait occupée Henri Desmier de Beignon ; un Du Bocage était colonel des dragons de la

1. Quand elle voulut se confesser, à Giâlons, elle avoua qu'elle était incapable de le faire en français. On fut obligé d'avoir recours à un chanoine de Liège (M*^* de Montpensier, Mém., 489).

Plus tard, le 31 octobre 1687, son confesseur, le P. Freys, mourut â ses pieds en la confessant. Dangeau dit à ce propos : « Elle ne peut se confesser qu'en allemand. Aussi je crois qu'elle prendra son compagnon le P. Adelmann » {Journ,, II, 50).

2. Elle parlait sans doute le français avec élégance, ayant vécu dans une société très cultivée, mais voici un spécimen de son orthographe : « De la manière dont jay ouy parler de NP'* de la Laigne elle me parois for propre â consoller un homme aflige et a faire oublier tous les chagrain du monde il faut ce rejouir avec vous mon frère du chois que vous en aves fait et du bonheur que vousalay avoir de la poseder vous ne pouvies mieus faire ny mieus choisir car son mérite mes connu et je say depuis lontant comme elle a résiste au avantage qui luy ont este ofer par M*"* de Mintenon moyenan quelle quitas sa religion... » (Haag, France Prol.,*2* éd., art. Desmier, p. 851).

IM HMTOiaB DE LA LÂKGUB FRANÇAlflE

garde ; M. Schot, médecin du duc et de ses troupes; M. de Lestoc^

ehirurgien en chef des troupes du duc de Zell ^.

On y trouve un M. de Boisclair, maître des Eaux et Forêts, un M. de la Portière, grand fauconnier. Parmi les gentilshommes de la ehambre, on compte encore le marquis de Suzannet de la Forest^ le baron de Caumont-Montbreton, et Henri de Pouguet de Faillac; M. C. Caulier est premier valet de chambre. Le grand maréchal et premier gentilhomme de la chambre de la duchesse est Armand de Lescours. Comme chevaliers d'honneur et chevaliers de la Cour, 3 y a MM. de Malortie de Villars, écuyer de la duchesse, du Vergier de Monroy, de Vaux, et du Vergier de Paisay 2.

Dans le conseil privé, sur cinq membres, siègent deux Français, le général Jérémie Qiauvet et M. de Rosemont de Boucœur 3. Le colonel de Villiers, Messieurs du Docage, le baron de Beauregard Montamaud, capitaine de cavalerie, sont au service de la naison de Brunswick- Lunebourg ; M. de la Vallée y est écuyer expert; M. Prodhomme, M. HarLeuse secrétaire de Son Altesse pourVltalie, Paul Joachim de Bylon conseiller privé*.

On pense quelles étaient les mœurs d'une société où tant de Français avaient apporté leurs goûts. Bals, concerts, ballets alternaient avec les représentations théâtrales que donnait une troupe française de vingt-quatre acteurs, entretenue à frais communs par les trois frères, Georges-Guillaume de Zell, Jean-Frédéric de Hanovre -' et Ernest-Auguste, évêque d'Osnabruck, qui la gardaient chacun quatre mois.

En 1669, quand Chappuzeau arriva à Pyrmont, résidence des princes de Waldeck Pyrmont, où le duc et la duchesse de Brunswick-Lunebourg étaient attendus, on lui commanda en toute hâte une comédie, qu'il composa en treize jours : Les Eaux de PirmonL La duchesse, qui était comme lui du Poitou, le récompensa géné-

1. Gfcafrpucean immu a déjà donné une partie de ces dëUUs (JL'iifem., 359-360). • Leur cour élait remplie, dit Gourville (Mém., éd. Mich. et Fouj., 547 ), particulier fement celle de M« de Zell, de François, à qui iU donnoienl une enibsistance proporlionnée aux emplaifl qu'ila avoient dans iear maison. ■> Cf. H. de Beaucaire, ÊUonore Desmier d'Olbrea%e, duchesse de Zdl^ Paris, 1664^ 9", paiticnlièremeot p. 55-56, 79, 81-86, 10t,et Sander, E. Desmier d'ùlhreuse, Berlin, 1883, op. <le 12 po9€s.Cf. ExintU du livre des Pr^ntoeole» des Actes feite en VÊgUsm Réfermée reeueiUie à Zell (Ma. 377, Bib. Sec UtsL prot. fr., Piaris).

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