CHAPITRE XII ÉCRITS FRANÇAIS EN ALLEMAGNE
Fidélité des oratecrs a la langue nationale. — Le goût pourla langue française, quelque vif et général qu'il fût, n'amena pourtant à peu près aucun Allemand à écrire ses ouvrages en français. A Texception d'un prince qui osa donner des romans * — un prince peut tout oser — les écrivains eurent le bon sens de comprendi^qu'il est impossible de faire une œuvre en langue étrangère, et ceux même qui possédaient le mieux le français restèrent des écrivains allemands ^.
En revanche, le plus grand penseur de l'Allemagne d'alors, Leibnitz, dans l'intérêt de la science, voulut se servir de la langue qui venait de ravir au latin l'universalité. J'aurai plus loin l'occasioiK de montrer qu'il aimait sa langue allemande et voulait la cultiver.. Mais elle ne lui paraissait visiblement pas convenir à l'objet tropvaste qu'il se proposait. S'il n'a pas réalisé son désir d'entrer au service de Louis XIVj ses principaux ouvrages, les Nouveaux essaisr sur V entendement^ la Théodicée, la Monadologie^ sans parler de* beaucoup de ses opuscules, furent rédigés par lui en français^ dans une langue pure, solide et grave.
La correspondance en français. — Si en général les Allemands, ne risquèrent en français ni poésie, ni œuvres destinées au public» du moins un bon nombre d'entre eux eurent la demi-audace démontrer leur français, non imprimé, dans de petits cercles. Dès lecommencement du xvn* siècle, la manie d'écrire ses lettres en français commença à se répandre. On a vu là une mode créée parla lecture de nos romans. Ce n'est certes pas à l'imitation des bergers de d'Urfé qu'en 1620, le général en chef des armées alliées de Palatinat et de Bohême, le Prince Christian d'Anhalt l'aîné, adressait au Prince-Roi Frédéric un rapport en français sur la perte de la bataille de la Montagne Blanche 3.
1. Hs^agit d'Antoine Ulrich, fils d'Ernest-Augpuste de Hanovre, qui publia un volumineux roman à clé A ramène, auquel succéda le roman d'Oc^avte.