‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 322 sur 385 · Entret, dAr. et d'Eug · texte numérisé non relu

Entret, dAr. et d'Eug

II est vrai qu'aussitôt émise, cette proposition était contestée . en» France même et par des hommes moins ignorants des autres nations ^ ^ et par des gens à l'esprit moins délié peut-être, mais dont la vertu janséniste était peu disposée à se laisser dominer par aucune forme de la vanité ^. Toutefois, si une opinion de ce genre, exposée sous, forme de théorie, rencontrait tout de suite une opposition très vive^ si le bon sens se révoltait à Tidée de prendre des peuples en masse et de leur « donner brutalement Texclusive », un grand nombre d'hommes et de femmes de cour n'en étaient pas moins assez enclins à se croire seuls capables de cette politesse dont ils avaient fait leur idéal et leur secret, et à laquelle un si petit nombre, parmi les Français eux-mêmes, étaient en mesure de parvenir.

Ainsi toutes sortes de raisons matérielles et morales, devaient causer des malentendus, du froissement, du dépit. Des événements graves, des empiétements, des guerres, la dévastation de divers États semèrent en outre la colère et la haine. Une politique de rigueur suivie contre les coreligionnaires dont, de près, on ne trouvait pas le dogme suffisamment orthodoxe, mais qui de loin, n*en apparaissaient pas moins comme des frères persécutés, acheva* d'exaspérer une portion de l'Allemagne . De sorte que toutes ces causes, sans être assez fortes pour empêcher l'extension dont nous, avons suivi les phases, amenèrent cependant, de bonne heure et maintinrent une opposition dont il est facile de retrouver les traces^ opposition assez semblable, en somme, à celle que l'italianisme avait provoquée en France au xvi® siècle.

On éprouvait pour la France et les choses de France à la fois del'attrait et de la répulsion. C'était de l'admiration mêlée d*un peu de mépris, du respect où entrait de la crainte, un vif désir de rivaliser, borné soudain par une totale incompréhension. 11 est piquant de voir l'Electeur Palatin Ch. Louis lui-même donner dans ces préjugés, ou agir comme s'il y donnait. Il fonde à Neubourg un Institut de

1. Voir Chevrseana^ éd. de 1697, p. 90-91 : « On ne doit juçer ni bien ni mal d'une Nation par un particulier, ni d*un particulier par sa Nation . H y a des Allemands comme des François qui n'ont point d'esprit. . . J'honore fort le P. B(ouhours} qui a du mérite : mais j*ose dire que la France n'a point de plus bel esprit que Madame la Duchesse de Hannavvre d'aujourd'hui, ni de personne plus solidement savante en Philosophie que Tétoit Madame la Princesse Elizabeth de Bohême, sa sœur; et je necroi pas que Ton refuse le même titre à beaucoup d'Académiciens d'Allemagne, dont les Ouvrages meriteroient bien d'être traduits. Il y a d'autres Princesses en Allemagne qui ont infiniment de l'esprit ; mais on s'est mis en tête qu'elles n'en ont point, parce qu'elles ne sont ni enjouées, ni coquettes, et qu*en France on juge souvent du bel esprit par la belle humeur. »

2. Voir Sent, de Cléanle^ 156. A l'étranger Ancillon fit justice des théories de Bouhours {Mém,t 1709, 264 et suiv.).

jeunes filles nobles. II le ferme aux Français qui sont « des ribauds, <ies goinfreSy des coquets^ des fçens légers, qui ne s'entretiennent -avec les femmes que de coquetterie, de goinfrerie ou de fadaises. * » La maison sera même close aussi aux Allemands, que Timitation •d'une race coupable a pervertis. Et après cette satisfaction donnée à la vertu, le prince se met à chercher un secrétaire français pour iremplacer Chevreau, qui désirait rentrer en France.

En 1655, Limné (1592-1663), note avec une amusante naïveté cette •défiance instinctive qu'éprouve une partie du public germanique à l'égard, non seulement des gens et des choses de France, mais ^ussi à regard des Allemands qui s'étaient frottés à eux. « Ainsi que Scioppius l'a écrit (p. 15 de son Alexipharmacon Regium), •dit-il, ce que Cicéron jugeait des esclaves, à savoir que les plus :savanls en grec étaient en même temps les pires, on peut le dire •avec vérité de beaucoup de nos compatriotes, qui ont d'autant moins de valeur morale et rendent d'autant moins de services à la patrie, qu'ils sont plus habiles en langue française. » Au reste, ajoute «agement Limné, qui avait séjourné lui-même en France, « cela n'entache pas la langue mais seulement la personne qui en abuse '. » Distinguo subtil, mais juste, qui nous permet de comprendre et <le concilier ces deux faits contradictoires et réels : d'une part, la baine et l'envie qu'inspirent la France et l'esprit français, d'autre part, le désir qu'on a malgré tout de posséder sa langue.

Les sociétés pour la culture de la langue allemande*^. — Le 24 août 16 17, se fonda àWeimarune« Société fructifiante* » (fruchtbringende Gesellschaft). Le créateur était le prince Louis d'Anhalt Côthen (1579-1650), et avec lui son neveu, Jean Casimir; Ernest, Frédéric et Guillaume de Saxe Weimaretlena ;deux gentilshommes, Christophe von Krosigk et Gaspar von Teutleben, le colonel Dietrich von dem Werder et le conseiller Fr. von Kospath. A la

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