‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 354 sur 385 · LE TRAITÉ DE NIMÊGUE · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE NIMÊGUE

toutes difficultés étaient levées ^ Mais de ce minuscule incident, nous pouvons tirer deux conclusions. D'abord la France ne prétendait en rien à un avantage nouveau pour sa langue. Elle entendait seulement ne pas déroger à Tusage. Le Roi le dit en propres termes dans une dépêche : « Vous auez très bien faict de tenir ferme pour ne rien changer a Tusage estably... L'usage et la coustume sont Tunique règle et la décision de ces sortes de difficulté -. En outre, cette longue et âpre discussion sur un préliminaire doit nous servir d'avertissement. Tout le monde nous a parlé de ce petit débat •'^; le chevalier Temple, Limojon de S. -Didier '', d'Estrades ^, etc. Comment ces mêmes témoins n'eussent-ils pas dit un mot de la substitution du français au latin, comme langue des négociations, si cette substitution s'était produite ? Comment n'en trouverait-on .pas trace dans les relations et les dépêches ? Elle eût fait cependant une bien autre affaire.

Les négociations. — Au reste, on peut consulter sur la suite des négociations les documents eux-mêmes, on n'y trouve aucune confirmation de la légende. Commençons par le texte des « Propositions de Paix » présentées au début du Congrès de Nimègue, le 3 mars 1677 (Aff. Ètr., HolL, Corr. poL, vol. 103). Il est, pour la France, en français (f** 38-39 ; imprimés, f<» 37) ; pour l'Empire, en latin (f® 41) ; pour l'Espagne, en espagnol (f®* 42-3) ; pour les Provinces-Unies, en français (f®* 44-48) ; pour la Suède, en latin (f«» 46-38 ; cf. vol. 102, f» 164) ; pour le Danemark, en latin (P* 59). La « Réponse collective des puissances aux propositions de la France » est en latin (10 avril 1677, f** 68-70) ; la « Réponse de l'Electeur de Brandebourg aux propositions des médiateurs » est aussi en latin (30 mars 1677, f" 82), etc.

1. Les plénipotentiaires au Roi (5 mars 1677) : «« Toutes les difficultés soulevées sur les pouvoirs sont terminées « par racquiescemcnl de ceux qui les avoient faittes a ce que l'usage a eslably >» (AIT. ^tr., Holl., Corr. pol.^ 104, f® 119 v"). En définitive, les pouvoirs des Français étaient en français, ceux des Suédois en latin, ceux de l'empereur en latin ' Id. , Ib., vol. 103, f"»' 29-30), ceux du Brandebourg en latin (Id., /Jb., vol. 103, f" 31-32), ceux des Espagnols en espagnol (Id., //)., vol. 104, f» 111). Malgré l'apparence, le différend était plus grave entre Suédois et Espagnols, parce qu'il n'y avait pas de précédents et que « la question ne pouvoit eslrc décidée par les exemples » (AfT. Étr., Holl., Mem. et Doc, 40, f» 37 v).

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