‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 370 sur 385 · CAUSES DE LA VICTOIRE DU FRANÇAIS · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA VICTOIRE DU FRANÇAIS

Restaient les États Scandinaves, Suède, Norwège, Danemark et la Pologne. Mais, d une part, depuis la paix de Westphalie, ils n'étaient plus si intimement mêlés aux alBfaires d'Occident ; d'autre part, la langue française avait fait chez eux des progrès énormes ^. « Elle est naturalisée dans le Nord^ écrit Le Laboureur en 1669, les princes et la noblesse la parlent plus souvent que la leur ^. » Charpentier raconte que, moins de dix ans après, en septembre 1677, l'envoyé de Pologne en Danemark parla latin dans une audience, et que le roi répondit en français ^.

En Pologne, les usages avaient bien changé aussi, depuis le temps de Le Tellier. Nous avons là -dessus une curieuse lettre adressée à ce même Charpentier que je viens de citer, par l'évêque de BeaUvais*, qui avait représenté le Roi à Varsovie ; en voici le passage essentiel : « Après l'élection du Roy de Pologne d'aujourd'huy, dit cette lettre, tous les ministres principaux qui se trouvèrent à sa cour, luy firent leurs compliments en françois, et dans toutes leurs audiances ils ne traitterent leurs affaires avec luy qu'en nostre langue. M. le cardinal Bonvisi, qui estoit pour lors nonce du Pape en ce pays-là, M. le comte de Schafgots qui estoit ambassadeur de l'empereur, M. le baron Auverbeq, ambassadeur de M. l'électeur de Brandebourg, les envoyés du Roy de Dannemark, de M. l'Electeur de Bavière, et M. Stratman, ambassadeur de M. le duc de Neubourg, ne se servoient point d'autre langue que de la noâtre dans leurs audiances publiques. M« Hyde, ambassadeur du roy d'Angleterre, pour tenir sur les fonts de baptesme au nom du roy son maître, un des enfants du Roy de Pologne, ne parla jamais que françois dans toutes ses audiances. Et M. Palavioini, qui est nonce du Pape en ce pays-là, ne se sert que de nostre langue. Sa Majesté polonoise, qui sçait la finesse de nostre langue, qui l'escrit et qui

]668, 8*il 80 servit du latin, c'est qu'il eût été fort embarrassé de se servir du français, qull igpaorait. Il eut déjA quelque peine à faire mettre en latin ce qu'il avait à dire : « Il fit escrire, dit Sainctot, par le translateur de l'ambassade au M*' de S^ Luc, lieutenant pour le Roy en Gascogne, une lettre latine qui contenoit en gênerai le sujet de son ambassade ** (ReUt. de Saincloty fonds fr., 14118, f* 41 v*). Ce « translateur » étoit un gentilhomme Courlandois, qui a toujours fait en France la fonction d'interprète, parce que celuy qui Testoit ne parloit que Moscovite et Allemand ; ce translateur estoit le seul de toute l'ambassade qui stiavoit la langue latine, de laquelle le sieur Catheux se servit pour se faire entendre lorsqu'il complimenta l'ambassadeur delà part du Roy» (/b., f* 43). En 1678, Potemkîn voulut qu'on lui traduisit en latin la lettre qu'il devait porter A son maître.

1. Noter cependant que Pomponne y parlait latin (1671). On a vu plus haut les difficultés faites par les Danois à Nimègue. L'alliance de Stockholm, 9 juillet 1698, est conclue en latin.

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