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HISTOIRE DE LA LANGCE FRANÇAISE

ordonnaient de placer auprès d'eux des espions, chargés de signaler ceux qui manquaient aux offices ou parlaient français ^ . La règ'le tenait toujours : « Sive interroget prœceptor quemvis scolasticum, sive quid jubœt, aut alloquatur, id faciat verbis Latinis. »

Médecine, Pharmacie et Droit. — La Faculté de Médecine demeurait fidèle à son latin ^. Il n*est pas un humaniste de profession qui en ait été plus entêté que Guy Patin. Il examine et juge en critique la latinité de ses contemporains. Dans les chaires^ aux examens, aucune concession aux idées nouvelles. On jargonne à qui mieux mieux : An ex tabaci usa fréquent i vitae Snmma brevior ^ ?

Les rhubarbaristes, comme disait un railleur du xvi* siècle, se donnent aussi parfois des airs latins. « Les apothicaires debvront médiocrement parler, ou pour le moins, entendre la langue latine », dit le Règlement de Cambrai de 1615 ^. Les médecins formulant en latin, la deuxième exigence était justifiée ^.

1. Jourdain, o. c, Piéc. jiist., p. 57, art. XLVII. Gobinet dans la Manière de bien étudier donne les raisons pour lesquelles on étudie en latin: Les hommes qui ont écrit de sciences ont écrit en çrec et en latin. Il faut les lire dans leur langue. La langue latine est celle de Téglise latine (II* part.,ch. 2).

2. Est-ce pour cela qu'au Parlement de Rouen, le 7 février 1664, quand le sieur Le Chandelier plaida contre les médecins de Rouen qui refusaient de le recevoir dans leur corps, « il plaida sa cause en latin, et que M. Gueudeville, médecin de ceste ville, plaida aussi en latin pour le collège des médecins? (Extr. d'un rec, d'arrêts du Pari, de Normandie^ publ. par G. de Beaurepaire, Ballet. Soc. Hist. de Aorm., 1875, 80, p. 357J.

3. Quacstlo medica cardinalitiis disputationibus mane discutienda in scholis medicorum... Fagon prœside. Proponebat Parisiis Cl. Berger... Baccalauréat, medicus A. A. S. H., 1699, 4» (Bib. ville d'Albi, dans Vissac, o. c, 50).

i. Bail, du Comité des Trav. hist., 1904, p. 238.

5. La 1'* édition du Codex medicamentarius^ seu Pharmaeopœ Parisiensis^ est de 1638. La 2*, qui n*est qu'une réimpression de la 1'*, est de 1645. Le Codex^ rédigé en latin, est l'œuvrô de la Faculté de médecine de Paris seule ; les apothicaires n'y ont pris aucune part.

Si le Codex est en latin, en revanche les traités didactiques de pharmacie sont généralement en français. On réimprime rEnc/itrtcfion ou manipuMes miropoles de Michel Dusseau (l^* édition, Lyon, 1561) à Genève en 1621 et 1656, à Lyon, en 1655, et la Pharmacopée de Baudcron (1" édition, 1588), de 1607 à 1681. On édite : les Œuvres pharmaceutiques de François Ranchin (Lyon, 1628) ; la Pharmacopée accomplie de Lazare Meyssonnier (Lyon, 1657); la Pharmncie théorique de N. Chesncau (Paris, 1660; 2* édition, 1670); la Pharmacopée royale de Moyse Charas (Paris, 1676; 2* éd., 1682; etc.); le Dictionnaire ph%rmaceulique de De Meuve (Paris, 1678; 2* éd., 1689); l'Apothicaire françois charitable de J. Constant de Rebecque (Lyon, 1683) ; la Pharmacopée raisonnée de Schroder, commentée par Michel ËttmuUcr (Lyon, I697-169K); etc. Enfin la Pharmacopée universelle de Nicolas Lemery parait pour la première fois à Paris en 1697. Dans tous ces traites, les formules des médicaments sont en latin.

Cependant Jean de Rcnou [Renodacus], médecin de Paris, a public, en 1608, un traité de pharmacie en latin intitulé : Inslitulionum pharmaceuUcarnm libri quinque (in-4"), qui eut plusieurs éditions [V éd., Paris, 1623, sous le titre: Dispensatorium medicam^. Ce traité fut traduit en français par Louis de Serres (r* édition, Lyon, 1624, in-»"»; 2* éd., Lyon, 1626, in-folio; 3" éd., Lyon, 1637, in-fol.) sous le titre : Les Œuvres pharmaceutiques de Jeandc Rcnou(NotecommuniquéeparM. leD' Dorvcaux).

On allait cependant un peu loin dans le pédantisme, car la réclamé elle-même prenait des airs savants : « Deo favente, M oses Charras theriacae compositionem aggressurus... Pharmaca èxponèt, et per dies XV, Non tantum pharmacie studiosis, sed et curiosis omnibus re et verbo satisfacére conabitur *. »

Les Facultés de Droit demeuraient tout aussi fermées. Quand Colbert imposa un enseignement du droit français, aucune prescription spéciale n'ordonna de le faire en français.

Cependant Fr. Delaunay, en i naugurant ses leçons le 28 décembre 1680, dans la Salle du Collège Royal, prononça un discours solennel où il expliqua pourquoi il usait de la langue maternelle. Et son plaidoyer rappelle les belles harangues qu avait entendues le XVI* siècle 2. Il dut faire un certain scandale, car le Collège Royal,

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