‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 77 sur 385 · ilec.d'Ab · texte numérisé non relu

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il'2 HISTOIRE D£ LA LANGUE FRANÇAISE

afin qu'elle y devienne aussy familière que Vallemande et que par la suite du temps elle puisse mesme, sinon abroger l'usage de cette dernière, du moins avoir la préférence dans l'opinion des habitans du pays ^ » Le 2 juillet 1681, dans une lettre à M. de Breteuil, intendant d'Amiens, il revient au même sujet, à propos des Jésuites anglais de Saint-Omer : « Il seroit bon que vous les visitiez tousjours toutes les fois que vous passerez en cette ville là et que vous les excitiez à faire apprendre le François à leurs jeunes escoliers -. )> Les textes que je viens de citer sont trop peu nombreux, je le reconnais, pour autoriser des conclusions bien fermes. 11 me semble pourtant qu'ils se rapportent tous à des vues identiques.

Après la mort de Colbert. — Ces vues étaient-elles propres à Colbert ? En tous cas Louvois, lui aussi, ù la même époque, y conforme ses actes. Le 6 août 1681, il écrivait à Trobat, intendant de Koussillon : « S. M. approuve que vous continuez a tenir la main a ce que les habitans du Roussillon s'habillent a la françoise, et suivant ce que vous proposez, j'escris a M. le cardinal de Bonzy pour le prier de vous faciliter le moyen d'avoir des maistres d'escolle françois à Perpignan et dans les autres villes de Roussillon ^ » Le même jour, il écrivait au cardinal de Bonzy : <i Le Roy estant bien ayse de faire establir des maistres d'escolle françois dans les villes du Roussillon pour aprendre la langue aux enfans et introduire les mœurs et coutumes de France, S. M. aura bien agréable que V. E. facilite a M. Trobat, président au Conseil souverain de Roussillon, qui fait la fonction d'intendant audit pays, les moyens d'en faire venir du Languedoc le nombre dont il pourra avoir besoin.. '* ^>

1. Clément, Let. Jnslrucl.yV , 271. Une letlrc antérieure ;25 juillet 1609) disait : M Donnez 200 liv. de gratification au curé de Giroinagny ; mais il faut luy persuader de demeurer dans ce village, estant bien nécessaire de multiplier les prostrés françois cjui sont en ce pays-là, au lieu de les retrancher... Enfin, c'est a vous à pourvoir, ]mr loua les moyens possibles, à ce que les personnes qui ont des âmes à gouverner. dansTestendue de vostreemploy, soyent bien disposés à travailler incossammenl parla confession, excitation et prédication, à renouveler les cœurs de ces peuples, et à les faire devenir bons François. Vous sçavez assez combien ce pays est important, pour que vous vous y appliquiez tout de bon » (Toutefois il ne s'a^îissait pas à GircmajinN de répandre le français, qui étail la langue courante. Id., //)., I, 352;.

2. Ms. Amiens, n" 508, t. II, pièce 276. En 1714, un voyageur qui pa^^e à Saiiil- Omer note : les Jésuites ont deux collèges, l'un pour les Français, l'autre pour l«'s Ecossais, « à qui on apprend le françois et les autres langues ». Relation en forme de lettre d'un voyage fuit en Flandre, en 1714, par le sieur Nomis, publiée par A. Eeckman, dans les Annales du Comité flamand de France, t. XXII, 1895, p. 337 à 570, sous le titre : Un voyage en Flandre, Artois el Picardie en 1714, p. 489.

3. Arch. de la guerre, 657, f- 126 (minute). En 1672, on mentionne déjà une lettre de Le Tcllier, Secrétaire d'Étal, aux consuls de Perpignan, sur l'établissement de pelilc^ cscolles, en ladite ville, pour la langue françoise. Malheureusement le texte manque. (Arch. des AIT. étr., Fr., 935, f 10).

i. Arch. de la guerre, 657, f» 129 (minute).

iLe 23 octobre, nouvelle lettre au même pour le félierter des mesures prises : « Le Roy a veu avec plaisir les mesures que V. E . a prises pour envoyer à Perpignan des maistres d'escoUe françois, et vous sçait gré de ce que vous contribuez a la discipline de ce dioceze privé d'evesque depuis si longtemps * » .

Indifférence des intendants. — Il ne faudrait pas croire, du reste, que le désir de répandre la langue dans les nouvelles provinces se soit manifesté par de nombreuses interventions, par des créations d'enseignements, ni même par des ordres ou des appels aux autorités locales. Reuss raconte qu'en 1681, quelques semaines après la capitulation de Strasbourg, les autorités universitaires désignaient le magister David Wildpour enseigner le français au Gymnase (une îieure par jour) ; mais Wild fut appelé bientôt à d'autres fonctions, et n'eut pas de successeur officiel avant... Pâques 1751 ^l L'intendant ne s'est occupé en aucune façon de cette question. Ce n'était pas un Machiavel. Il ne voyait dans la prospérité de l'Université qu'un moyen d'attirer des étrangers, et par suite de l'argent dans la ville. Il considérait comme bon, sous ce rapport, qu on y pût apprendre le français, mais il ne voyait point, du fnoinsil ne signalait point que cette étude offrit un autre intérêt 3.

On veut moins franciser que catholiciser. — Sans doute, il serait possible de citer encore quelques faits. Mais ils sont rares, et il en faut démêler le véritable caractère. Or, c'est à peu près uniquement quand il s'agit de prosélytisme religieux que le pouvoir intervient.

En Alsace, on voit dans les dernières années du xvii® siècle, sur les terres de Tévêché de Strasbourg, des instituteurs installés, qui s'appellent Féry Noël, Christophe Pierson. Ce sont, d'après leur nom, des immigrés. Reuss se demande s'il faut voir là l'influence <tes Furstemberg, liés à la cause royale. Et il soupçonne avec raison qu'il s'agissait moins de franciser que de catholiciser. On a

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