Ib., p. 22, note
A. Reuss, o. c, II, 187-8, n. 5. En 1696, les moines du couvent de Marmoutier ne parlaient entre eux que l'Allemand (Ruinart, dans Rec. de Docum. s. Vhisi. de Lorr., VU^ 86).
LE FRANÇAIS APRÈS l'aNNEXION 133
France se trouvait retirée à un étudiant alsacien de religion protestante, qui voulait pratiquer son culte. C'était la fin des voyages et des échanges d'enfants.
Après l annexion de Strasbourg. — Dans Tensemble, il n'est pas douteux qu'après 1681, le progrès, sans se précipiter, s'accéléra. C était le contre-coup des événements de Strasbourg. Or on pense bien que là les effets de l'annexion durent se faire sentir. Les rapports des maîtres des sept écoles paroissiales sont significatifs . De 1680 à 1683, des écoles clandestines, de caractère calviniste, disent-ils, ont fait diminuer de moitié, en trois ans, le nombre de leurs élèves. Or, cette désertion ne peut pas s'expliquer par des motifs religieux. Si les parents luthériens mettaient leurs enfants chez des calvinistes, c'est que ceux-ci enseignaient le français K De simples artisans envoyaient leurs enfants en France^. Bref, le désir de savoir le français paraît s'être étendu peu à peu en dehors de la classe où il avait pris naissance.
Dans Tune des poésies jointes à l'oraison funèbre de Jean Henri Mogg, stettmeistre de Colmar, en 1668, on lit ces vers :
Was Frankreich gutes weisel,
Das von der sondern Weis in Sitten wird gepreiset, Mit was die Stadt Paris fur andern Staedten prangt, Und hoch erhaben ist, das hat Ihn auch verlangt Zu wissen, sampt der Sprach '
Ce que la France sait de bon, ce qui d'une façon spéciale est estimé en fait de mœurs, ce qui fait l'éclat de Paris par dessus les autres villes, ce qui est d'une haute élévation, il a désiré le savoir, et aussi la langue. Il y a eu dès lors un bon nombre d'Henri Mogg.
Conclusion. — Ce serait assurément un absurde paradoxe que de nier l'influence de Tannexion. Sans doute aucun texte ne fait voir un changement soudain, justement parce qu'aucune contrainte ne s'exerça, et qu'on n'eut à enregistrer aucune de ces lois tyranniques, telles qu'en promulguent les gouvernements contemporains, instruments odieux d'oppression, et causes de tant de révoltes dans *es consciences violentées. Mais il est certain que les quelques mesures administratives, dont j'ai parlé plus haut, même restées
l Reuss, o. c, II, 192.
3 Î^->*^mIM95.
. * ^^**» G^fichls nmf Troslspiegel Gottes, Strasb., Tiedemaiin, 1669, 4», p. 47 ; ^*°* *ieu»s, o. c, II, 316-317.
à l'état de menaces et de projets, ne farent pas sans conséquence. La présence d'une administration française faisait aussi de la connaissance du français tout au moins une commodité, cela va sans dire. Un contemporain, l'intendant La Grang^e, écrivait, en 1698 : « La langue conunune de la province est Tallemand ; cependant il ne s y trouve guère de personnes un peu distinguées qui ne parlent assez le français pour se faire entendre, et tout le monde s'applique à le faire apprendre à ses enfants, en sorte que cette langue sera bientôt commune dans la province ' . » La prédiction ne se réalisa pas ; ce n'est pas une raison pour que le témoignage soit faux. Il est fourni par un homme pondéré et informé, qui espérait trop en l'avenir, mais connaissait le présent, et ne semble pas avoir voulu lembellir. Sa phrase doit nous donner une idée à peu près exacte du point où on en était parvenu en cinquante ans. 11 n'y aurait du reste pas eu de raison pour que les progrès allassent plus lentement en Alsace que dans certains pays d'Allemagne; il y en a même quelques-unes pour qu'ils soient allés un peu plus vite ^.