‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 6 sur 17 · DE U POÉSIE ÉPIQUE DANS U SOCIÉTÉ FÉODALE · texte numérisé non relu

DE U POÉSIE ÉPIQUE DANS U SOCIÉTÉ FÉODALE

courenl, chacune pour sa part, à édifier la science positive, œuvre de Thumanité où toutes les diversités nationales viennent se confondre. Mais l'individualité de la patrie est inscrite au front des littératuîes, et, pour connaître pleinement les peuples, il faut connaître non-seulement ce qu'ils ont fait, mais aussi ce qu'ils ont écrit.

L'érudition fournit les matériaux à l'histoire, qui, sans ce travail préparatoire, mais essentiel, chancellerait de tous côtés. C'est ne pas la comprendre quede la dédaigner comme chose de pure curiosité, car elle est aussi nécessaire à la science sociale que les observations, les expériences, les dissections, le sont à la chimie, à la physique, à l'astronomie, à la biologie. Je pourrais, si c'était le lieu, montrer combien de points de vue elle a ouverts en ces derniers temps, et combien d'études elle a renouvelées. Ce qu'on doit lui demander, c est, faisant avec clairvoyance ce qu'elle n'a fait qu'à tâtons jusqu'à présent, de se diriger par la véritable théorie historique dont la fondation est récente. Grâce à Tobjet qu'ils s'étaient proposé, et qi:i esl Vhistoire littéraire de la France^ les bénédictins ne se sont pas écartés du droit chemin, et leur œuvre, poursuivie par l'Académie des inscriptions, est une source inépuisable de recherches, de documents, de renseignements.

LA POÉSIE UOHÉRIQUE

ET

SowAiBE. (Bévue des Deux Mandes, 1* juillet 18i7. ) — Cet essai est né d'une comparaison qui se présenta d'elle-même entre la poésie homérique et les chansons de geste. Ouvrir Homère, en lire une page a toujours été et et encore un ch.irme pour moi. Quant à la vieille langue française et aux chansons de geste, il n*y a guère qu'une vingtaine d'années que je les étudie, et cela grftce à feu Génin, qui m'entraîna vers ce champ et à qui je dois oinsi une source abondante de recherches et de pensées et une rénovation partielle de l'esprit. Dès que mes lectures furent as.*cz avancées, cerlaincs analogies d'idée cl de langage me frappèrent entre In poésie homérique cl la poésie féodale, et je me mis avec une (orlc de passion, et, si l'on pouvait le dire d'un travail qui au fond est un pa&tiche, avec une sorte de verve à la translation d'un chant d'Homère en langue du treizième siècle. Il a fallu, on le comprend, me créer à cet effet un petit art poétique^ i l'usage spécial d'une pareille œuvre. Aussi, dans neuf paragraphes qui forment /a pr^mt^r^ partie, j'examine si l'ancien franç<iis est un pntois barbare et indigne d'ôlre appliqué à la magnifique épopée d'Homère ; si la langue du treizième siècle n'offre pas des facilités particulières pour la traduction du poète grec ; quelle en est la grammaire, afin qu'on ne prenne pas pour des barbarismes les dissem* blancca avec la grammaire moderne; quelle en est l'orthographe, afin qu'on Bc prononce pas les mots comme ils sont écrits, co qui serait monstrueux, mais en se rapprochant de la prononciation moderne, qui, eo beaucoup de cas, est un fidèle écho de la prononciation ancienne; quelles furent les règles de la versitication, règles d'où* les nôtres dérivent, mais qui sont plus conformes que les nôtres aux demandes de l'oreiil»; comment nos aïeux usèrent de la lime ; quelle fut leur pralH <|ue au sujet de l'iiiatus; comment le couplet, qui compose les chansons

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de geste, ert eonstitoé; enfin quelles sont les propriété de l'irehaiiaie. La M^etmde pariie est tout entière remplie par le premier chant de VlUade traduit en langue d'oîl. Des notes nombréuses expliquent les mots et les tournures difficiles à comprendre pour eeax qui ne sont pas familiers avec l'ancienne langue. An reste, il faut bien savoir que^chacnn de nous l'est, même avant toute étude préalable, beaucoup plus qu'on ne le croit d'abord; car le fonds de l'ancienne langue, persistant dans la non- Telle, nous est connu d'avance, ea qualité de fonds maternel. Faire des ▼ers en langue d'oïl, est un travail comparable i faire des vers latins, et ne m'aurait pas attiré, s'il s'était agi de quelque effusion de poésie; maie vifs été l'attrait quand il me sembla que cette hngue archaïque scmnaii et pensait d'une lacon qui ne discordait pas avec la poésie primitive d'Homère. Là est la curiosité de ce petit travail.

PRBIIÈRB PARTIE

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