Noie
l'être alors, du développement du français au dedans du royaume et au dehors '.
Le plan, en apparence si rigide, n'a pas été suivi si exactement qu'il n'y ait des redites, par exemple sur l'idolâtrie latine à laquelle l'auteur revient plusieurs fois. Ce qui est plus grave, c'est que Schwab n'est pas parvenu à séparer nettement la première et la deuxième question posée, ou du moins il n'a fait qu'apercevoir la matière qu'aurait pu lui fournir la seconde. 11 marque les points plutôt qu'il ne les traite, et il en résulte non seulement une disproportion, mais de graves lacunes.
Il y a aussi, parmi tant de vues justes, des idées discutables. Toutefois, ces dernières même sont souvent intéressantes et révèlent un homme qui sait et qui pense ".
La conclusion sur l'avenir, qui manque presque partout, montre la valeur de l'homme, capable sinon de calculer et de prévoir, du moins d'apercevoir dans le présent et grâce au présent le germe des immenses développements, politiques et linguistiques, dont le xix*^ siècle devait être témoin, soit en Europe, soit en Amérique. Le sentiment que laisse la lecture de cet écrit est celui d'un profond respect.
Deux manières et deux esprits. — On s'explique sans peine qu'entre les mérites si différents de Rivarol et de Schwab, l'Académie de Berlin n'ait pu ni voulu se prononcer. On a comparé le Discours du premier à un phosphore ^, nous dirions en langue moderne à une fusée éclairante. Soit ! Le Mémoire du second, c'est la lampe honnête et sûre, à la lumière fixe, au mouvement bien réglé, dont la clarté permet d'examiner sur toutes les faces et dans tous les recoins l'objet qu'on considère.
Raynouard a dit : « 11 semble que M. de Rivarol ait écrit pour sa gloire, et que M. Schwab n'ait écrit que pour la gloire du français ». Il y a dans cette antithèse, comme dans toutes les autres, quelque chose de forcé, mais le fond de la pensée est juste.
Je suis souvent revenu à ces deux ouvrages. Le premier, chefd'œuvre d'un illusionniste, qui emplit les yeux, sans rien ou presque rien montrer de solide et qui reste dans l'esprit, mais si brillant de couleur, si heureux de forme que l'esprit critique a besoin de se
i. Note 35.
2. Je citerai, à titre d'exemple, ce qui est dit de l'influence de la Cour au xvii<> siècle : ce Cette liberté, en se courbant devant le trône du monarque, perdit tout ce qu'elle avoit de dur et de grossier; elle v prenoit ce caractère de souplesse si avantageux au raffinement des mœurs « (p. -108).