Voir H. L., l. V, p
Histoire de la langue française. VIII, 2. 63
niser. Cette politique se rapportait à leurs vues d'assimilation et de peuplement. Personne de ceux qui ont gouverné ne s'intéressait aux progrès que le français pouvait faire chez les nations étrangères. Et, si certains faits, grands ou petits, semblent contredire cette opinion, il faut prendre garde qu'ils sont explicables autrement'.
On pourrait même soutenir, la thèse n'aurait que l'apparence d'un paradoxe, que les Rois de France n'ont servi les intérêts du français que sans le savoir et pour ainsi dire malgré eux. Le conflit avec la Hollande avait poussé cette puissance à se défendre par la presse et les appels incessants à l'opinion. A cet effet elle se servait du français, plus répandu dans le monde. Louis XIV, lui, menaçait les auteurs, et faisait poursuivre par sa police gazettes et pamphlets. De sorte que c'était les adversaires du Roi qui étaient les propagandistes de notre langue, et le Roi qui la desservait. Un autre fait. L'exode des Huguenots, si important, eut lieu contre le gré de Louis XIV. On les arrêtait à toutes les frontières. Ce n'est pas en missionnaires que partirent ces malheureux, mais en évadés. Singuliers résultats des calculs humains ! Le Roi de France propageait la langue de la France, la sienne, par ses fautes, à l'impourvue, et malgré lui, par l'effet de mesures qui tournaient contre sa volonté, ses plans et ses désirs.
Je sais bien qu'on ne pourrait pas retrouver semblable antinomie partout. Les étrangers ont beaucoup parlé des ambassadeurs que le Roi entretenait en abondance et de façon permanente, chose nouvelle alors. Il est certain que leur présence était utile à l'expansion du français. Mais ils n'avaient pas été envoyés pour cela, cela va sans dire.
En plein xviii" siècle, les agents diplomatiques avaient bien l'air de ne pas se rendre compte de ce qu'on voulait dire quand on parlait de l'empire de la langue française. J'ai rapporté plus haut, d'après Hatin, l'étonnement que causa à notre ambassade d'Angleterre une lettre où on s'était servi de cette expression ^.
Toutefois si, au lieU de parler de la politique du roi Louis le
1. Voici un exemple. On nous rapporte que Louis XYI fit donner à Malte un exemplaire de chacun des livres imprimés à l'Imprimerie Royale : « On trouve à Malthe des Auteurs dans presque toutes les Langues de l'Europe, à la Bibliothèque de l'Ordre, qui est publique. La plupart des livres qui la composent, sont ceux que les hospitaliers laissent en mourant. En outre le Grand Maître actuel avoit obtenu de Louis XVI que cette Bibliothèque recevroit un exemplaire de chaque ouvrage qui sortiroit de l'Imprimerie Royale » (Lett. de Malthe, "26 janvier 1697, dans P. .\. Anot et Malfdàtre, Les deux voyageurs, t. II, p. 69).
Gela signifie-t-il que le Roi Louis XVI désirait qu'on apprît ou qu'on cultivât le français ? Non, il cherchait à plaire à un Ordre puissant et à lui donner une marque de sa bienveillance. Cadeau princier, rien de plus.