‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 21 sur 330 · LES TRADUCTIONS FRANÇAISES · texte numérisé non relu

LES TRADUCTIONS FRANÇAISES

l'appétit d'être connu, la satisfaction d'amour-propre arrivaient à triompher du désir de rester soi-même. Et les morts ne protestaient point. Comment faire la fine bouche, après avoir constaté que Pamela et Clarisse, de Richardson, avait eu plus de succès dans les traductions de Prévost qu'en Angleterre, dans l'original anglais. Comment se regimber quand une œuvre anglaise passait de la traduction française, bonne ou mauvaise, dans une autre langue, comme ce fut le cas plusieurs fois, ainsi pour Robinson Crusoe, dont la version française (1720) fut à son tour traduite en allemand (1721)'?

On apercevra sans peine ce que cette accommodation au goût français de livres étrangers valait pour la diffusion de notre génie. Ce qui passait sous cette forme au dehors, c'était encore notre goût, ses pudeurs et ses mièvreries, son culte de la clarté et de la logique, tout ce qui de l'esprit de notre race et de notre société était entré dans sa langue.

1. Honegger, Krilischt Gesch., p. 125 ; cf. Reynaud, Infl. fr. en AIL. p. 409-410.

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