‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 22 sur 330 · CHAPITRE III REVUES ET JOURNAUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE III REVUES ET JOURNAUX

Les grands de la terre, Frédéric de Prusse, Catherine de Russie,. Joseph II, Christian VII de Danemark, Stanislas-Auguste de Pologne, Frédéric de Hesse-Cassel, Louis de Wurtemberg, la duchesse de Saxe-Gotha, Caroline de Hesse, le grand-duc de Toscane, etc.,^ avaient leurs feuilles d'information particulière, c'étaient les lettres de Voltaire ou de Grimm', auxquels ils étaient pour ainsi dire abonnés, et dont maintes fois bien entendu ils faisaient part à leur entourage.

Mais il n'est nul besoin d'étendre la signification des mots, et nous voudrions nous en tenir aux imprimés que l'on comprend alors sous le nom global de journaux, bien que plusieurs d'entre eux soient plutôt ce que nous appellerions des revues.

Il ne peut être question de faire ici un tableau d'ensemble de la presse française. Ce tableau a été dressé et par un maitre^ Il n'y aurait à y ajouter que les publications parues en français dans les divers pays, qui ne faisaient point partie essentielle de son sujet comme du mien. Le nombre de ces feuilles est considérable. Ilatin a du reste fait mention de plusieurs.

Les instruments de communication d'un pays à l'autre deviennent DES instruments DE COMMUNICATION GÉNÉRALE. — 11 Serait périlleux de tirer des conséquences de l'abondance des journaux publiés en France. Je ne dis point qu'ils n'avaient aucune importance pour l'extension de notre langue à l'étranger, ni surtout qu'ils ne l'attestent pas ; beaucoup passaient la frontière, mais nous ne savons ni en quelle quantité, ni dans quelle direction. Nous ne pou-

1. Grimra a adopté la langue française. Une preuve entre cent. Quand il parle 'du comte du Nord, ce Bavarois dit : « Sa conversation, et tous les mots qu'on en a retenus annoncent... un sentiment exquis de nos usages et de toutes les délicatesses de notre langue ». Voir Réau (Expans, de l'art fr., p. 231), qui n'a pas manqué de signaler ces possessifs sous la plume d'un homme né à Ratisbonne.

2. Voir Hatin, Hist. politique et littéraire de la Presse en France ; et du même. Bibliographie historique et critique de la Presse périodique française...

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vons nous attacher qu'à certains de ces périodiques, qui avaient pour but avoué d'établir une relation entre la France et un ou plu sieurs pays du dehors, ce qu'on pourrait appeler les feuilles d'exportation.

L idée qui les fit naître se découvre facilement et l'évolution de cette idée se suit sans trop de peine. On commença visiblement par chercher à faire connaître à la France tel ou tel pays particulier. Ainsi l'abbé Prévost avait fondé à cette intention Le Pour et le Contre'^. Il prétendait donner chaque fois « quelque particularité intéressante touchant le génie des Anglois, les curiosités de Londres et des autres parties de la Grande-Bretagne, les progrès qu'on y fait tous les jours dans les sciences et les arts ». Il promettait « d'y traduire les plus belles scènes de leurs pièces de théâtre » et de résumer les News Papers de Londres.

Palissot, qui ne savait pas l'anglais, se proposait un but analogue dans ses Papiers anglais (1759)^.

Le Journal étranger s'inspirait des mêmes idées. On peut dire qu'il était né de la conviction agissante de l'abbé Prévost. Les commencements furent difficiles. Il vécut pourtant quelques années (17o4-1762). Les entrepreneurs en offrirent la direction à Grimm, qui accepta. Il eût voulu répartir la matière entre six philosophes qui feraient séparément le tour de l'Europe ^ Grimm l'abandonna ensuite à Toussaint. J.-.I. Rousseau, l'abbé Prévost, Suard y écrivirent. C'est lui qui répandit Ossian, Young, etc. ; son influence fut grande.

Arnaud et Suard entreprirent, après l'échec, de remettre l'idée en honneur et lancèrent le programme d'une Gazette littéraire de l'Europe.

Velléités gouver>'ementales. — Il est remarquable qu'on ait compris, dans les cercles gouvernementaux, la portée et l'intérêt d'une semblable entreprise pour la direction de l'opinion au dedans et au dehors. La Gazette fut placée sous les auspices du ministère des Affaires Etrangères, et recommandée aux agents de la France. Ilatin nous a rapporté cette curieuse histoire *. Dans une dépêche adressée au chevalier d'Eon notre représentant en Angleterre, et datée de Versailles, 17 mai 1763, le duc de Praslin disait : « Le roi,

1. Hatin, Hist. Presse, t. III, p. '23. Voir sur sa personne et son rôle R. H. L., 1922, p. 369. L'article analyse l'ouvrage de George R. Havens : The Abbé Prévost.

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