Voir Ant. Rov, Lelt. Can.. pp. 20 et suiv
6. A S* Joachim, Kalm a visité le Séminaire : Deux prêtres y résident, et « avec eux un certain nombre de jeunes gens à qui ils enseignent la lecture, l'écriture et le latin. La plupart de ces élèves sont destinés à la prêtrise » (o. c, p. 449).
7. Il était ancien avocat au Parlement de Paris ; on trouvera la liste — fort courte — de ses élèves dans P. G. Rov, Québec, t. II, p. 434.
ou notaires, — il n'y eut jamais d'avocats, — n'avaient que faire des Institutes.
J'inclinerais aussi à croire qu'en médecine la langue de Diafoirus avait peu de prestige. On ne cite du reste pas un médecin formé ou diplômé au Canada. La chirurgie seule avait des étudiants. Or on sait que jamais, même en France, elle n'avait été un art de latineurs.
Ajoutons que des jeunes gens venaient parfaire leur éducation en Europe'. Mais ils étaient en très petit nombre. On peut expliquer le fait de deux façons opposées : ou bien l'instruction donnée sur place était suffisante, ou bien on ne faisait que peu de cas de l'instruction.
Conclusion. — L'enseignement et la diffusion du français. — Si sommaires que soient les observations qui précèdent, on peut en conclure hardiment que ce n'est pas dans les écoles que les enfants canadiens dont la famille patoisait apprirent à se servir du français et à se déshabituer du patois. Le soutenir, alors que nous connaissons les résultats d'une organisation scolaire générale et systématique, imposée par la loi, serait une absurdité linguistique.
Médiocbité de la vie intellectuelle. — Suivant moi, la maîtresse d'école qui a agi efficacement, c'est, comme assez souvent, la vie. Je ne parle point de la vie littéraire, et pour cause. On nous dit que les Canadiens ont beaucoup lu. La vérité attestée — tenons-nous à celle-là — est qu'il y a eu quelques bibliothèques. Aegidius Fauteux a publié dans la Re\^ue Canadienne- des renseignements sur ces collections, et leur histoire de lo34 à 1763. Il résulte de ses recherches qu'après des commencements très modestes" se formèrent chez Lambert Closse (f 1662), au Collège des Jésuites, au Séminaire de Québec, des embryons de bibliothèques, qui arrivèrent jusqu'au chiffre de cinq cents volumes. Au xviii* siècle, Cl. Thomas Dupuyet Hocquart, Joseph Fournerie de Yezon (;- 1760), Verrier avaient réellement des bibliothèques dignes de ce nom, où la littérature française des xvii" et xviii" siècles était abondamment représentée. Voilà qui est bel et bon. Mais à qui s'ouvraient les
i. Ant. Rov, Lett. Can., pp. 35 et suiv.
"2. Aouvelle Série, voL XVII, 1916, pp. 97-114 et 193-217. Voir Ant. Roy, Lett. Can., pp. 64 et suiv.
3. Ant. Roy, Lett. Can., pp. 68-71. Le gouverneur de Vaudreuil avait quinze volumes, le procureur générai Collet, vingt-sept, Chéron, conseiller au Conseil Supérieur, trois !
armoires'? Dans quels cercles les livres étaient-ils lus? Enfin, même en leur donnant un pouvoir magique, des livres, dont on constate la présence en 17o0, ne peuvent pas avoir eu très grande part à la francisation, qui est certainement antérieure.
D'autre part, il a été écrit sur la disette des livres, après dix ans de régime anglsris, des pages qui émeuvent. L'externat des Ursulines des Trois-Rivières n'a plus qu'une unique grammaire, enchâssée dans un lutrin, devant laquelle chaque élève doit apprendre sa leçon, avec défense de toucher au livre vénéré". Qu'étaient donc devenus les livres de classe de la génération précédente ? Lacérés, brûlés, évanouis, juste quand on devait tenir à les garder? Il est plus vraisemblable de supposer que les exemplaires en avaient toujours été fort rares.
D'autre part, si le goût des livres eût été vraiment tant soit peu répandu, comment s'expliquerait-on qu'on n'en ait jamais imprimé un seul sous le régime français, au Canada ? Y a-t-il eu des presses, comme quelques-uns le soutiennent^? C'est là une question de curiosité qui s'est débattue entre érudits. En tous cas, s'il v en a eu, elles n'ont jamais donné essor ni à un ouvrage ni à un journal quelconque. Peut-être estimait-on dans certains milieux que le danger éventuel créé par la presse était plus grand que ne pouvait être le bénéfice, comme le mouvement des esprits en Europe le faisait voir^? Mystère. En tout cas le fait révèle une incontestable paresse intellectuelle chez les habitants qui acceptaient cette diète °.
Les lettres n'ont guère fleuri dans le pays. On nous a laissé des Mémoires, des Lettres, des Notes, c'est à peu près tout '% sauf un poème héroïque, sur des démêlés locaux, dû à l'abbé Et. Marchand '. 11 n'y a guère de proprement littéraire que des chansons ^ Plus significatif encore est le fait que jamais le théâtre ne put s'établir au Canada. On avait joué à Québec autour de I60O Le Cid et Héra-