‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 240 sur 330 · CHAPITRE PREMIER LES IDÉES D'ASSIMILATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER LES IDÉES D'ASSIMILATION

Dans la « Société ». — Aujourd'hui les idées d'égalité entre les hommes de diverses races forment partie intégrante de la conscience humaine générale. Au xvii^ siècle, quoique le christianisme les eût fondées en doctrine, elles n'étaient entrées ni dans les mœurs, ni dans la pratique. C'est à la Révolution Française qu'est dû le progrès accompli, qui, aujourd'hui encore, est loin d'être complet.

Auparavant, la quasi-unanimité des Français de toutes classes — les Missionnaires exceptés — pour chrétiens qu'ils fussent, eussent rejeté comme une dégradation l'idée d'être comparés à des nègres ou à des Peaux-Rouges.

Toutefois Richelieu s'était montré on ne peut plus libéral pour les Indiens qui se convertissaient : ils étaient nationalisés de droit. Louis XIV reçut des Osages'. Colbert, lui, était partisan résolu de la fusion des races, malgré l'opposition des Jésuites. Dans une instruction donnée à de Bouterque, il préconisait ce mélanoe: « il faut, disait-il, agir doucement, attirer les sauvages parmi les Français, ce qui peut se faire par les mariages et par l'éducation de leurs enfants » '.

Echecs décourageants. — Il faut dire du reste que l'assimilation

\. INIalhorez, Elr. en Fr., t. I, p. 37i.

'2. Les sauvages qui seront amenés à la connoissance de la fov et en feront profession, seront censés et réputés naturels François, et comme tels pourront venir habiter en France, quand bon leur semblera et y acquérir, tester, succéder et accepter donations et legs, tout ainsv que les vrais regnicoles et originaires François sans estre tenus de prendre aucunes lettres de déclaration ni de naturaiité « (P. Clément Corr. de Coll., t. IIP, p. 404 n. ; cf., Mathor., o. c, t. I, p. 373).

ne se faisait pas toujours dans le sens qu'on eût voulu. Notre ascendant sur des primitifs était mince et l'attrait de la vie libre était orand. On vit des jeunes gens des deux sexes abandonner des postes pour rejoindre les cabanes des Indiens, et même refuser de retourner vers les villes ou les villages d'où ils avalent été enlevés, après avoir passé au milieu des Hurons ou des Iroquois quelques années, dans l'imprévu des aventures et les émotions de la chasse ou de la guerre.

On nous a raconté l'histoire d'Anne Baillargeon, enlevée à neuf ans par une tribu. Lorsque cette tribu dut rendre ses prisonniers, on eut quelque peine à reprendre la jeune fille, qui ne voulait pas revenir'. Ce n'est pas un fait unique. M""' de Genlis nous a rapporté l'étrange histoire du jeune deMézières^ Sa mère, mariée en secondes noces avec le marquis de La Haie, avait pris en haine les enfants nés de son premier mariage. Son fds fut expédié comme mauvais sujet en Amérique ; il n'avait que treize ans. a Arrivé dans l'Amérique Septentrionale, il se sauva et alla se réfugier en Canada parmi les sauvages. Il leur fit entendre qu'il était abandonné de ses parents et qu'il voulait vivre avec eux ; ils y consentirent à condition qu'il subirait l'opération du tatouage... qu'il supporta avec un courage qui charma les sauvages ».... Il apprit leur langue et, doué d'instruction, « il acquit parmi la tribu la plus haute considération. Avant l'cào-e de vingt ans, il devint chef par une proclamation unanime ». La ouerre éclate avec les Espagnols, il la conduit avec succès, est chargé de mener les négociations de paix, se sauve chez les Espagnols et devient gouverneur de la Louisiane. La narratrice, qui l'a vu en France, lors d'un voyage qu'il y fit, témoigne qu'il avait conservé un tendre souvenir des sauvages, et même de leur genre

de vie.

Au contraire, les Peaux-Rouges n'étaient guère séduits par nos mœurs et la vie, assez pauvre d'attraits, il faut le dire, qui était celle des colons, « Il n'a jamais été possible à un seul sauvage, écrit Charlevoix, de se faire à la manière de vivre des François ». « On prit de leurs enfants au maillot, on les éleva avec beaucoup de soin ; on n'omit rien pour leur ôter la connaissance de ce qui se passait chez leurs parents ; toutes ces précautions furent inutiles, la force du sangl'emporta sur l'éducation ; dès qu'ils se virent en liberté, ils mirent leurs habits en pièceset allèrent au travers des bois chercher leurs compatriotes, dont la vie leur paraissait plus agréable que celle

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