LES SAUVAGES ET LA LANGUE FRANÇAISE
d'écoles mixtes, où les enfants des deux couleurs se rencontraient. La Roncière nous conte qu'au petit Séminaire des Missions étrangères, à Québec, le fils de Ch. Le Moyne avait étudié avec des Hurons et des Iroquois'. « M. de Frontenac, notre gouverneur, estil dit par les Missionnaires, nourrit depuis quelque temps de petites Sauvagesses » '.
Pénicaut, hivernant en 1706 chez les Colapissas, enseignait aux filles à danser et leur donnait quelques leçons de français. « Elles me faisaient pasmer de rire, dit-il, avec leur prononciation sauvage qui ne vient que du gosier » ^
Ce sont là des cas exceptionnels et sporadiques.
Les trocs d'enfants. — Un autre moyen a été employé, c'est l'échange. On le pratiqua assez souvent. De môme que des jeunes gens blancs étaient confiés à quelque chef indigène pour qu'ils apprissent l'idiome du pays * ; de même des indigènes, enfants ou même adultes, étaient installés au milieu des blancs. On en amenait même en France.
Il n'est que de lire la relation de Lescarbot pour voir que ce système a été utilisé très anciennement. Le roi avait-il réellement donné des ordres ? ' Ou bien les explorateurs prenaient-ils sur eux de les transporter, soit en Europe, soit dans un pays où ils avaient chance de trouver des Français déjà établis ? Tant y a que ces gens, une fois revenus de leur séjour, étaient à même de servir d'interprètes ou d'intermédiaires.
Champlain approuvait. 11 se fâcha lorsque Iroquet, venu avec ses sauvages, hésita à emmener en s'en retournant un jeune garçon pour apprendre le langag* des « algumequins », craignant qu'il ne lui arrivât malheur, et on s'accorda sur un échange : chacune des deux troupes emmènerait un garçon qu'on traiterait comme un enfant''. De fait, l'été suivant, le Français laissé aux Sauvages avait fort bien appris la langue, et Savignon, le Sauvage confié à Champlain, revint de Paris, sachant le français '. On pense l'émerveillement de ceux qui avaient fait un voyage si extraordinaire et on
\ . Épop. can., p. 26.
2. Miss. Notre-Dame de Foye, 1673-1674, Miss. Can., t. I, p. 302.