P. G. Roy, Québ., t. I, p
3. Voir, sur cette Huronne qui s'était mise en état non seulement de servir d'interprète, mais d'enseigner aux missionnaires sa langue natale, P. G. Roy, Québ., t. I,
Histoire de la langue française. VIII, 2. 70
garderai donc de juger ces efforts, mais je dois dire que je ne connais aucun texte qui établisse que l'enseignement ait changé de direction à la fin du xvii'' siècle et pendant le xviii*, ni qu'un plus grand nombre de Sauvages aient été appelés à en recevoir les bienfaits.
La doctrine des Jésuites était dès lors arrêtée: elle est exposée tout au long par eux-mêmes', a Un autre empêchement à la civilisation des Sauvages, le plus grand et le plus insurmontable, y estil dit, se trouvait précisément dans leur communication avec les Français. Au lieu d'apprendre à leur école à devenir des hommes, ils n'y apprenaient tout au contraire qu'à devenir des furieux ou des brutes.
« La Mission de Sauvages Algonquins, établie par les Jésuites à Sillery, en avait fait la triste expérience. Les communications fréquentes que ces indigènes, devenus chrétiens, avaient avec les colons, ruinèrent entièrement cette chrétienté naissante. Les mauvais exemples des Français, et surtout les liqueurs fortes qu'ils livraient aux Sauvages, les démoralisèrent et les abrutirent tout à fait. Le plus grand nombre de ces malheureux périrent par suite d'excès dans l'usage de l'eau-de-vie ; les autres se sauvèrent dans les bois, où ils reprirent leur vie errante et sauvage. Les Jésuites français du Canada, comme leurs confrères espagnols du Paraguay, agissaient donc avec sagesse, lorsque, instruits par l'expérience, ils tâchaient de rendre difficiles les rapports de leurs néophytes avec les Européens » .
Les gouverneurs avaient été peu à peu convertis à cette doctrine, si éloignée des instructions de Paris. Le texte que je viens de citer continue : Un des successeurs de M. de Frontenac dans le gouvernement du Canada, M. de Dénonville, donnait en peu de mots une réfutation complète des reproches faits à ce sujet aux Jésuites. Il écrivait au ministre de la Marine en l68o: a On a cru longtemps qu'il falloit approcher les Sauvages de nous pour les franciser ; on a tout lieu de reconnaître qu'on se trompoit. Ceux qui se sont approchés de nous ne se sont pas rendus françois, et les François qui les ont hantés sont devenus Sauvages ».
On ne s'empressait donc pas d'initier des enfants à des contacts si dangereux pour les hommes-. Assurément il y a des traces
t. Voir Miss. Can., t. II, append., p. 3o7-3o8.
2. Tout n'était pas pourtant éléments de perversion dans ces contacts. On lit dans la Mission de Notre-Dame de F"oye: L'exemple des écoliers français, qui, tous les soirs, en sortant de classe, vont chanter au salut dans la chapelle de Notre-Dame de Foye, a opéré ce bien que les petits sauvages, pour les imiter, ont appris à chanter en leur langue de beaux cantiques. (Miss. Can., t. l, p. 163).