‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 255 sur 330 · Ib., id., liv. V, ch. vi, ib · texte numérisé non relu

Ib., id., liv. V, ch. vi, ib

imagine le récit qu'ils pouvaient faire du spectacle de l'Europe'. Il ne faudrait pas croire pour cela, je l'ai dit plus haut, que le moyen fût souverain pour les franciser ou même se les attacher définitivement'. En outre, il est évident que ces transportations d'indigènes, jeunes ou vieux, ne pouvaient être, pour toutes sortes de raisons, qu'exceptionnelles. C'est sur place qu'on pouvait agir; mais il eût fallu pour cela toutes sortes de conditions. La première eût été que les indigènes se prêtassent à cette formation.

Indiffébence et répug!SA?jces des Sauvages. — Or ce n'était guère le cas, Omer le Gresley, qui suit ici Rochemonteix, serait enclin à croire que, dès le temps de Lescarbot, le zèle des Peaux-Rouges aidant, leur maître improvisé serait arrivé à exciter un véritable empressement ^

Quand les premiers jésuites arrivèrent en 16H, dit Rochemonteix, les sauvages parlant français se vantèrent « d'être presque normands » ^. Il y avait des hommes qui demandaient d'apprendre le français avec eux, et ne ménageaient pas leurs efforts pour bien prononcer. Mais ils n'y réussissaient guère. Un jeune Indien, raconte Sagart, s'efforça « deux ou trois cens fois pour pouvoir prononcer la lettre P et ne put jamais dire que T, car, voulant dire Père Gabriel il disoit T. Aniel » \ Moins facile pour les adultes, le français est tel a que les enfans, qui ont la langue assez bien pendue, prendroientbien tost notre prononciation, si on les instruisoit » ''.

La tribu recevait le haut exemple de son chef, le grand Mambertou, le Clovis des Souriquois, qui, pour apprendre le français, ne ménageait ni les « efforts et ahans de langue » et disait aux jésuites : « Apprends vistement notre laugue, car aussitôt que tu la sauras et m'auras bien enseigné, je veux être prêcheur comme toi » '.

1. Lescarbot, o. c, llv. III, cli. x, ib. : « L'un des Sauvages que nous avions amené, commença à l'aire sa harangue, de la bonne réception que leur avoit fait le Roy, et le bon traitement qu'ils avoient reçeu en France... enleur contant aussi les beaux châteaux, palais, maisons et peuples qu'ils avoient veu, et notre façon de vivre. Il fut entendu avec un silence si grand, qu'il ne se peut dire de plus «. Scène semblable liv. l\, ch. XIV : Messamoet, qui était venu en France et y « avoit demeuré en la maison du Sr de Grandmont, gouverneur de Bayonne «, harangua pendant une heure.

2. Les Jésuites nous parlent de Joseph Ronlagarha, qui avait fait le vo^age de France et qui, touché de l'exemple et des paroles du « capitaine des Agniers », se prend de zèle et s'érige en maître d' « école du village «. Leur apprend-il quatre mots de français ? Les sait-il ? Gela n'inquiète pas les Pères, qui n'en disent rien (Miss. Can., t. II, p. 178-179).

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