Mém., t. II, p
la Nouvelle France despouser des filles sauvages quoy que non baptisées ny mesmes encores beaucoup instruictcs à la foy chrestienne » (vers 1640)^ Il y avait en effet longtemps qu'on se contentait ainsi d'unions avec des infidèles. Clotilde, qui était chrétienne, n'avait-elle pas épousé Clovis, païen ? Et l'Eglise de Gaule ne s'en était point si mal trouvée. La seule condition était que le ménage ne résiderait pas dans les bois avec les Sauvages, mais vivrait et élèverait ses enfants à la manière chrétienne et française.
Dans la réalité, malheureusement, nous sommes hors d'état de dénombrer, même approximativement, ces mariages mixtes, pour l'ensemble de nos colonies.
Le Canada fait exception. Des calculs rigoureux, fondés sur les actes des églises, ont été publiés. Sur douze cent mille actes de mariage, de baptême et de décès, quatre-vingt-quatorze seulement concernent des unions entre Français et Peaux-Rouges '. Trois de 1608 à 1667, voilà le bilan pour la petite bourgade de Québec^. Cependant le gouverneur des Trois-Rivières avait donné l'exemple dès 16i9 en faisant d'une sauvagesse M'"^ Boucher de Grosbois*.
D'autre part, s'il est vrai, comme le rapporte Kalm% qu'« un grand nombre » des jeunes gens qui faisaient le métier de coureurs des bois s'établissaient parmi les sauvages, loin du Canada, s'y mariaient avec des Indiennes et ne revenaient jamais au pays, c'est autant d'individus qui n'ont jamais compté dans aucune statistique, ni ancienne ni moderne.
L'intendant de Meulles, en 1692, dans un rapport, avait déjà constaté les répugnances de la population sédentaire. Le fait peut donc être considéré comme acquis à l'histoire''.
Il faut ajouter que les autorités, après s'être inspirées des projets de Colbert, rebroussèrent chemin. Lamothe-Gadillac avait espéré peupler plus vite la ville de Détroit, qu'il venait de fonder, en favorisant les mariages mixtes.
Vaudreuil et Rabot, instruits par l'expérience, se décidèrent à les prohiber. Et au roi, qui s'étonnait d'une pareille défense, ils répondaient : « Nous avons défendu les mariages entre Français et Sauvages à Détroit, parce que ces Français et les enfants issus de
i. Nova Francia, IV, fasc. 3, p. 143.