‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 259 sur 330 · CHAPITRE IV EFFETS DE LA VIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV EFFETS DE LA VIE

Mariages mixtes. — J'ai parlé jusqu'ici efforts ; il est temps de considérer les faits spontanés, je veux dire les contacts de toutes sortes entre Français et indig'ènes de tout langage.

Le fait social essentiel, aux yeux des linguistes, c'est le mariage — ou 1 union libre. Ceux qui vivent ensemble accommodent plus ou moins leurs parlers.

Colbert avait voulu des croisements légitimes'. Dumont oppose hardiment aux procédés des conquistadores espagnols la pénétration pacifique des Français ; il considère le croisement avec les filles des indigènes comme un des moyens dont il est légitime de se servir. «La politique, conclut-il très sagement, demanderoit... que quelques uns de nos François prissent en mariage des filles Sauvages ; les Colonies s'augmenteroient plus promptement, parce qu'il n'est pas possible d'envoyer dans ce pays un aussi grand nombre de femmes que d'hommes. Ces alliances feroient plaisir aux Naturels du pays; et les nouvelles mariées s'accoutumant aux manières et au langage de leurs époux, non seulement serviroient d'interprètes, mais pourroient même engager leurs parens à apprendre la langue Françoise, pour négocier plus facilement. Mais il faut que la bonne foi règne dans ces alliances : car, comme on a pu le voir par la suite de ces Mémoires, les Sauvages sont infiniment sensibles aux outrages, et fort promts à se venger»'. Colbert ne parlait pas mieux.

L'autorité ecclésiastique ne désapprouvait pas en principe. Elle se montrait au contraire large, comme l'attestent les «Raisons qui peuvent induire sa Saincteté a permettre aux François qui habitent

1. Toutefois il faut noter que par suite d'un accord entre la France et l'Angleterre, conclu en 1660, les Caraïbes, anciens habitants des Antilles, avaient été refoulés à la Dominique et à Saint-Vincent.

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