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avant de conclure. Pourtant, dès maintenant on peut considérer que les mariages mixtes n'étaient que des exceptions qui ne pouvaient pas influer sérieusement sur le rapprochement des races et la diffusion de la langue.
Unions illégitimes. — Il n'en était peut-être pas de même des unions irrégulières. Assurément les règles et les usages qui permettaient le mariage à un âge où les jeunes gens venaient seulemen d'être pubères les gardaient de certains écarts.
Toutefois nous sommes et nous resterons toujours mal renseignés sur des faits ou qui ont été cachés, ou qui se sont passés loin de tout témoin, dans les immenses solitudes de pays à peine connus.
Aux yeux de Kalm, « il est diflicile de juger de la vraie complexion des sauvages du Canada, tant leur sang s'est mélangé avec celui des Européens, soit par suite d'adopter des prisonniers des deux sexes, ou bien de leur fréquent commerce avec les Français, qui, en voyageant dans le pays, contribuent pour une bonne part à l'accroissement des familles des Indiens, dont les femmes ne sont pas très farouches » '.
Les femmes blanches manquaient". Quand il en arrivait d'Europe, quelles qu'elles fussent, on se les partageait avec avidité. La Hontan nous a raconté le débarquement, en mai 1684, d'un convoi de filles prostituées. En quelques jours elles eurent toutes trouvé preneur. La dernière qui restait, fort laide, « qui avait l'air d'un soldat aux gardes », faillit faire battre deux garçons. Il est vrai que ce récit a été traité de conte, et qu'en elTet il est peut-être sinon controuvé, du moins très suspect ^
Il semble bien qu'au Canada au moins on ait envoyé non pas des filles, mais de vraies jeunes filles, orphelines, choisies surtout dans les hospices. On trouve dans le livre de P. G. Roy* des détails circonstanciés sur l'œuvre matrimoniale de M™* Jean Bourdon. Elle fit plusieurs voyages en France, où elle choisissait dans des familles honnêtes des jeunes filles qu'elle engageait à la suivre. Un jour elle n'en amena pas moins de cent cinquante. Ces jeunes filles, hospitalisées à leur arrivée, « ne tardaient pas, en général, à rencontrer le parti qui leur convenait ».
Ce qui reste incontesté, c'est l'empressement avec lequel les
2. A la Tortue, dit le P. Le Pers, il y avait quatre ou cinq femmes, bien que le nombre des aventuriers fût de quatre mille ! (Dans Vaissière, Sainl-DomiiKjue, p. '22).