‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 263 sur 330 · EFFETS DE LA VIE · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA VIE

épouseurs se précipitaient '. Et, d'autre part, si la Colonie du Canada avait le privilège de voir débarquer des personnes, laides peut-être, mais honnêtes et choisies, convoyées par des femmes respectables", voire des « filles de la cassette », munies d'une certaine dot, il n'en était pas de même ailleurs ; or nous sommes ici obligés de considérer non pas une de nos possessions, mais toutes.

A Saint-Domingue le choix des transportées avait été peu sévère. C'étaient souvent des femmes perdues. Le témoignage de Wimpffen est tout à fait formel : « On envoya, dit-il, aux premiers habitans de S' Domingue des catins de la Salpêtrière, des salopes ramassées dans la boue, des gaupes effrontées dont il est étonnant que les mœurs, aussi dissolues que le langage, ne se soient pas plus perpétuées qu'elles n'ont fait chez leur postérité » ^.

Mettons qu'il y ait dans cette phrase — la sévérité même des mots employés nous induit à le croire — une certaine exagération. Le fait n'en est pas moins réel et il explique bien des choses sur lesquelles nous reviendrons.

En outre, que savons-nous des mœurs des coureurs des bois, qui, par leur genre de vie même, se trouvaient en contact fréquent avec les indigènes des diverses tribus ? Or, d'après Salone, ils formaient, h la fin du xviii* siècle, un quart de la population du Canada.

Des Américains ont dit à Volney que, pour les Canadiens (nom général donné aux gens de langue française dans l'Amérique du Nord), mêler leur sang à celui des femmes indigènes est a une friandise de libertinage » *, et que «tout l'argent des Français d'Ouabache s'en allait en achats de babioles, et en amourettes de sauvagesses, espèce de filles aussi coquettes et bien plus gaspilleuses que les blanches » '.

D'autres témoignages confirment celui-là. Dumontnous a parlé de « quelques filles et femmes Sauvages qui aimoient les Français, et dont quelques-unes leurs servoient même de maîtresses ».

« Les filles se louent volontiers aux François en qualité d'Esclaves et de Maîtresses tout ensemble », dit-il ailleurs, et, « pour une aune de limbourg... elles demeurent avec eux en ces deux qualités pendant l'espace d'une Lune. Comme chez ces Nations il n'y a ni religion ni loix qui défendent ce libertinage, elles s'y abandon-

i. Dumont, Mém., t. II, p. SO-IVl.

2. Sur la débauche au Canada, quelques notes laissent percer un peu de vérité. Voir la lettre de M. de Denonville du 43 novembre 4686 : « Les Canadiens sont légers et portés aux débauches « (P. G. Rov, Québec, t. I, p. 425). On punit une « maquerelle «. C'est donc que son honteux commerce s'exerçait (Id., ib., p. 460), etc.

3. l'ov. à S'-Domingue, 1797, t. I, p. iO'S, dans Vaissière, o. c, p. 22, note t.

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