‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 279 sur 330 · Tambour qu'on frappe pour rytlimer les danses · texte numérisé non relu

Tambour qu'on frappe pour rytlimer les danses

Quand mon contré laul' négresse, Mon pas gagné zié pour li, Mon pas souchié travail pièce, Tout' qui chose à moin mouri.

Mon maigre tant com'giion souche Jambe à moin tant comme roseau, Mangé na pas doux dans bouche, Tafia même c'est comme dyo.

Quand mon songé toué, Lisette, Dyo toujours dans jié moin.

Magner moin vini trop bête, A force chagrin maarné moin.

Liset' mon tandé nouvelle, To compté bientôt tourné ; ^ ini donc toujours fidelle.

Miré bon passé tandé, N'a pas tardé davantage, To fait moin assez chagrin.

Mon tant com'zozo dans cage Quand yo fair li mouri faim *

Mon œil de toute autre belle, N'apperçoit plus le souris ; Le travail en vain m'appelle, Mes sens sont anéantis.

Je péris comme la souche, Ma jambe n'est comme un roseau ; Nul mets ne plaît à ma bouche, La liqueur s'y change en eau.

Quand je songe à loi, Lisette, Mes yeux s'inondent de pleurs.

Ma raison lente et distraite, Cède en tout à mes douleurs.

Mais est-il bien vrai, ma belle.

Dans peu tu dois revenir ; Oh, reviens toujours fidèle.

Croire est moins doux que sentir, Ne tarde pas d'avantage, C'est pour moi trop de chagrin ; Viens retirer de sa cage L'oiseau consumé de faim.

J'ai tenu à donner telle quelle la version française. Les défauts de cette « belle infidèle » sautent aux yeux. Certains sont imputables à la maladresse du traducteur, trop peu novice. Le contraste fait ressortir ce que le texte original doit au parler créole lui-même, et cette intensité d'émotion dont rien à peu près n'a passé dans les fadeurs du français galant.

1. Inutile de dire que les diverses transcriptions présentent des variantes nom- Itreuses, dont quelques-unes importantes. Voir le Manuel de Dacœurjolv (t. II, p. 393).

\ oici une traduction littérale en français :

Lisette a quitté la plaine. J'ai perdu mon bonheur, Mes yeux ressemblent à des fontaines, Depuis que je ne l'ai pas vue.

Le jour quand je coupe la canne, Je songe à mon amour, La nuit quand je suis dans mon lit, Dans mon sommeil je te tiens.

Si tu vas à la ville, Tu trouveras de jeunes freluquets. Qui auront pour tromper les filles, Une bouche plus douce qvie le sirop.

Tu les croiras bien sincères. Alors que leur cœur est trop trompeur, C'est le serpent (jui contrefait Le cri des rats pour les tromper.

Depuis que j'ai perdu Lisette, Je ne me suis pas soucié du Calinda, J'ai quitté ma ceinture à sonnettes, N'ai pas battu la bamboula.

Quand je rencontre une autre négresse, Je n'ai pas d'yeux pour elle, Je ne me soucie aucunement du travail, Tout ce qui est en moi est mort.

Je suis maigre comme une souche. Ma jambe est comme un roseau, Le manger n'est pas doux, dans ma bouche. Le tafia même, c'est comme de l'eau.

Quand je songea toi, Lisette, L'eau toujours me vient aux yeux, Mes façons deviennent très botes, A force que le cliagrin m'a manié (changé).

Lisette, j'ai entendu la nouvelle. Que tu comptes bientôt revenir. Reviens donc toujours fidèle, Voir est meilleur qu'entendre, Ne tarde pas davantage, Tu m'as fait assez de chagrin, Je suis comme un oiseau dans sa cage. Quand on le fait mourir de faim.

A la fin du Manuel de Ducœurjoly', on trouve un Vocabulaire français-créole, qui est exclusivement fondé sur le créole de Saint- Domingue. C'est certainement un des plus anciens. Il est très complet; je ne suis pas en mesure d'en contrôler l'exactitude. Il est tout à fait intéressant pour nous qu'on l'ait fait suivre d'un manuel de conversation qui nous présente, sinon sous sa physionomie exacte-, du moins sous ses traits principaux, le parler de la partie française de l'ile. En voici un échantillon ' :

Le Maître. — Mo mandé-vou Le Maître. — Pardonnez- moi,

pardon, mai mo senti pas ben jordy, mais je ne me sens pas bien aujourmo mangé même necque pitit brin. d'hui, j'ai même très-peu mangé.

Le Capitaine. — \ ou-vlé prende Le Capitaine. — Voulez-vous

qui chov (coy) ") prendre quelque chose ?

Le m. — Lven à long-tem mon'a Le M. — Il y a longtemps que je

mangé biscouit blanc, mo va prend n ai mangé du biscuit blanc, j'en nion (nyô) morceau. prendrai un morceau.

Le C. — Hé! gros Jean, porté Le C. — Hé, gros Jean, apporte-

bay-nou nion coupe galetle biscoviit nous un couple de galettes de biscuit blanc. blanc.

Gros Jean. — Mouché, ni-n'y ena necque cilà vou-té fair moue gardé pour madame Dumas, mai mo va ba vou quien à z'équipage qui tre bel.

Le m. — D'abord vou gagné necque pitit brin en réserve, mo va mangé l'autre*, mo haimé ly tou plein.

Le c. — Tan mieu, mo crére vou va trouvé ly bon, mo fai ly fair à 1 lonlleur, et ben recommandé, parce ° ino haimé n'équipage à moue ben nourri.

Le m. — ^ ou gagné raison, acque bon traitement, yo taché z'oine davantage, et yo save exiger service yo convini.

Gros Jean. — Monsieur, il n'y a que celle-ci que vous m'avez fait réserver pour madame Dumas ; mais je vais vous en donner de celui d équipage, qui est très-beau.

Le M. — Puisque vous n'en avez que très-peuen réserve, je mangerai de l'autre, je 1 aime beaucoup.

Le c. — Tant mieux, je crois que vous le trouverez bon, je l'ai fait faire à Honlleur, et bien recommandé, parce que j'aime que mon équipage soit bien nourri.

Le m. — Vous avez raison, avec de bons traitements on s'attache mieux les hommes, et l'on a droit d'en exiger le service convenu.

Page 1