‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 301 sur 330 · Voir Baird, o. c, pp. 537 et suiv · texte numérisé non relu

Voir Baird, o. c, pp. 537 et suiv

3. Ici, à Boston, écrit un Réfugié en 1687, il n'y a pas plus de vingt familles françaises et leur nombre diminue chaque jour, à cause de ceux qui partent pour la campagne acheter ou louer de la terre' et essayer de s'y établir (Report of a French Protestant Refugee in Boston, 1687, dans Le Bret., The Fr. in Bost., p. 5).

çaise tut constituée, qui attirait même des Anglais. Elle devait avoir son temple à elle en 1704, et être inaugurée par André Lemercier, natif de Caen, et venu de Londres. C'était bien tard. Ceux qui ne savaient que le français achevaient de disparaître. Lemercierlui-même écrivaiten anglais, autant et plus qu'en français '.

On dit qu'en 1608, dans une île de la baie où devait être New^ York, un enfant poussa ses premiers vagissements. Il était né d'une Française et porta le nom de Jean Vigne ou Vigne. C est le premier natif de l'immense cité.

Le pays resta plus de cinquante ans encore sous la domination hollandaise, puis il tomba au pouvoir des Anglais en 1663 et, malgré un retour offensif des Hollandais, devint définitivement anglais en 1664. Des « Labadistes », qui visitèrent la ville en 1679, nous ont donné divers détails sur la colonie des calvinistes français, parmi lesquels était ce Jean Vigne, dont nous avons parlé plus haut. Ils ne paraissent pas avoir été très édifiés, mais leurs réserves fondées, semble-t-il, sur des questions religieuses, ne nous concernent point.

11 ne semble pas qu'il y ait eu alors une église française, il y avait du moins une réunion, moitié école, moitié temple, tenue par un nommé Abraham Lanoy. Les visiteurs y trouvèrent aussi un arpenteur, demi-savant, (( bon cartésien ».

Après New York, les deux Labadistes firent le tour des petites colonies et des plantations des environs, où Hollandais et Français voisinaient, La joie y fut au comble quand on entendit les deux étrangers parler français.

Pierre Peiret, arrivé en 1687, réussit enfin à avoir une église française. Il fut difficile d'accorder ces gens, que divers témoignages nous représentent comme turbulents et chicaneurs. C'est sous l'administration de Rou, qui mourut en 1730, que l'église française connut son maximum de prospérité.

New Rochelle. — Un certain nombre de Réfugiés de New York, désireux de former un centre où ils pourraient vivre entre eux, essayèrent, dès 1688, de créer non loin de la ville un établissement. Ils lui donnèrent, en souvenir de la vieille place de sûreté, le nom de New Rochelle. Sans ressources pour entretenir un pasteur, ils allaient le dimanche, malgré les quarante milles qui les séparaient de New York, entendre le sermon. Seules les femmes et les infirmes

i. Voir Le Breton, The Fr. in Bosl., pp. \o et suiv. Dès 1730 on peut considérer la colonie huguenote comme absorbée. Déjà en 1748, A. Lemercier avait l'idée de vendre son église, qui était désertée (Id., ib., p. 17).

étaient en voiture, le reste, claquant sur le chemin de lourds sabots, s'en allait chantant, pour oublier la fatigue, les psaumes de Marot. Puis, peu à peu, ils se divisèrent. Les uns se rallièrent à l'F^glise anglicane, les autres tinrent bon et, s'autorisant d'une permission accordée en 1710, bâtirent leur église de leurs mains, les femmes, deux fois plus nombreuses que les hommes, portant les pierres et le mortier dans leurs tabliers. Et pourtant le service français devait y cesser bientôt'.

Des difficultés nouvelles s'élevèrent au temps du pasteur Carie, et après lui l'Eglise ferma ses portes, en 1776, pour plus de vingt ans. C'est en 1804 que le sermon et le culte français furent restaurés dans The French Church du Saint-Esprit.

New Pfaltz. — Malgré son nom germanique, cette ville était aussi une colonie française. Au cours de l'année 1660, des Réfugiés établis aux environs de Mannheim avaient résolu de passer dans le Nouveau Monde et de gagner la Nouvelle-Amsterdam. Ils partirent à l'instigation du gouverneur qui leur offrit des terres sur la rivière d'Hudson, dans le territoire d'^Esopus, cédé par les Indiens. Mais en 1663 les Indiens razziaient l'établissement. Une expédition parvint pourtant à faire rendre les captifs, et les colons achetèrent aux Peaux-Rouges un vaste territoire auquel ils donnèrent son nom de New Pfaltz (Nouveau Palatinat). Pendant cinquante ans la petite communauté, grossie par un apport de Suisses romands, garda son individualité et sa langue. En 1691, pas un homme n'avait encore épousé une femme étrangère. Dépourvus de ministre et d'église, ils se réunissaient pour faire le culte en commun dans une loge faite de troncs d'arbre. Mais ils avaient une école, et jusqu'à la Révolution américaine, quoique entamée, New Pfaltz resta avec son caractère propre, que, il faut le dire, les Hollandais du voisinage menaçaient moins que n'eussent fait les Anglais.

Autres points. — Nous ne nous arrêterons pas h la Pennsylvanie, qui était la terre de refuge par excellence ; mais justement en raison de cet attrait, on y vit arriver des colons de tous pays, au milieu desquels nos Huguenots furent noyés, quoique plusieurs d'entre eux aient pris une place éminente dans la « Cité de l'amour fraternel ».

En Virginie, des Français ou Wallons avaient sollicité, dès 1620, l'autorisation de s'établir; ils ne l'obtinrent pas". Mais en 1671, la naturalisation fut promise. Guillaume III y dirigea des

i. Chili., 0. c. pp. 171. 167.

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