‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 303 sur 330 · LA FUSION · texte numérisé non relu

LA FUSION

Condition difficile du frança^is. — Après avoir doiiné les quelques renseignements généraux qui étaient indispensables, venons-en à ce qui concerne proprement cette histoire. Il n'y a aucun doute que la majorité de ces émigrés auraient désiré former des sortes de colonies isolées et relativement indépendantes. Ils apportaient le goût héréditaire de l'individualisme, si marqué chez les Français. On comprend facilement pourquoi ils ne parvinrent pas à leurs fins. D'abord, ils n'étaient qu'une faible minorité. Si, au début de la vie de New Amsterdam, Français et Wallons étaient à peu près à égalité avec les Hollandais, cette situation ne dura pas. Trente familles partirent en 1623; mais c'est un fait qu'au début l'élément français domina. Le pasteur Michaëlius donnait à son troupeau la communion en français et écrivait pour eux des sermons en leur langue, qu'il savait, sans la parler. Samuel Dries pouvait, lui, prêcher en français. Cependant cette petite colonie était sans consistance'.

Matériellement, les Français étaient hors d'état de se suffire, se trouvant pour la plupart dépourvus non seulement d'argent, mais de terres, d'outils, de vêtements. Il leur fallut en demander et en obtenir, à quoi ils ne pouvaient réussir que sous certaines conditions dictées par l'esprit américain naissant, qui leur imposait nécessairement une dépendance.

L'autorité pouvait leur accorder des libertés. Il n'était pas possible qu'elle abdiquât. Et je fais moins ici allusion à l'autorité civile et politique qu'à l'autorité religieuse. Sans opposer aux velléités d'indépendance la volonté unitaire du catholicisme, les diverses églises protestantes — l'église anglicane en particulier — n'en cherchaient pas moins à absorber les nouveaux venus, et on comprend combien ceux-ci, si désireux qu'ils fussent de conserver leur église propre, étaient obligés ou d'agréer des avances ou de détruire des oppositions.

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