‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 304 sur 330 · LA FUSION · texte numérisé non relu

LA FUSION

f.es circonstances faisaient naître des préventions. S'ils étaient huguenots, ces immigrés n'étaient-ils pas français? Et la haine pour les Français était générale.

Au reste étaient-ils bien vraiment huguenots ? Les intrigues des Jésuites éveillaient des défiances. On accusait les congrégations du Canada non seulement de sourdes menées', mais de connivence avec les Indiens. Des razzias, des empoisonnements leur étaient imputés, dont les instigateurs étaient dans la Nouvelle France.

Ces trouble-paix ne trouvaient-ils pas des complices parmi les Français? Les dommages qu'ils subissaient n'étaient point des garants suffisants qu'il n'y eût point chez eux des traîtres, papistes déguisés. Si absurdes que fussent ces soupçons, ils étaient répandus- et ils ne devaient s'éteindre que le jour où les Réfugiés se seraient assimilés à la masse.

Soumissions et conversions. — Aussi les Huguenots devinrent-ils promptement des Anglais loyaux, quelquefois passionnés. C'est un fait d'histoire qui n'est pas et ne peut pas être contesté. On a cité des preuves de toutes sortes. Il y en a dont la force démonstrative est irrésistible. C'est Kirk, né à Dieppe, qui commande en 1628 la flotte anglaise et, aidé de ses deux frères et d'autres calvinistes, s'empare de Port-Royal, remonte le Saint-Laurent et force Québec à capituler (20 juin 1629). Bien plus tard, ce sera Michel Houdin, né en France en 1705, devenu protestant, qui servira de guide aux troupes du général Wolfe, marchant sur Québec. Il entraîne les soldats au départ par un prêche. Or, à son retour, loin d'être désavoué par les siens, devenu pasteur de New Rochelle, il voit ses ouailles ouvrir une souscription pour lui bâtir une maison.

Gabriel Bernon est un des grands hommes d'affaires que les Français ont fournis à l'Amérique naissante ; il a habité successivement plusieurs provinces. Sa profession de foi ne laisse aucun doute sur son loyalisme anglais : « Je suis né gentilhomme laïque de France, écrivait-il, naturalisé Anglois, que je prends à grand

t. Les Relations des Jésuites prouvent que les soupçons n'étaient pas sans fondement. Ils avouent que les Pères allaient en cachette négocier et intriguer en IVouvelle Angleterre :

il [le P. Jean Pierron] « a eu quelques conférences avec les ministres de Boston

Quoiqu'il fût travesti, on se doutait pourtant bien qu'il était Jésuite... et c'est pour cela qu'il a été cité au Parlement ; mais il n'y a point comparu. Il a trouvé dans la Marilande deux de nos Pères et un Frère anglais: les Pères habillés en gentilshommes, et

le Frère en métayer Ils travaillent avec succès pour la réduction des hérétiques du

pays » (Lettre du P. Dablon, 24 octobre 1674, Missions Can., t. II, p. 9).

■2. Voir des noms et des faits dans Baird, o. c, p. 89 et ailleurs. Cf. Ghinard, o. c, pp. 90-92, 157-138, etc.

honneur plus que toutes les richesses de France; parce que les laïques d'Angleterre ne sont pas, comme les laïques de France, esclaves du clergé et des haquenées du Pape; pour quoi, plutôt que de le souffrir, jay abandonné ma patrie, mon bien et mes amis pour me venir ranger et soumettre sous le gouvernement anglois, où je suis sollennellement engagé par serment devant Dieu » *.

i. Voir Baird, o. c, p. 349, n. 1, qui cite les Papiers Bernon.

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