Rambles, p. 30, dans Dehérain, Cap de B.-Esp., p
communauté partit en avril'. Avec cet homme d'un caractère difficile, mais qui avait travaillé à maintenir l'idiome et à perfectionner en la rajeunissant la langue liturg'ique, le français perdait son principal appui. Il fut remplacé par un Hollandais, qui savait le français, et qui était autorisé à s'en servir avec les gens âgés, mais dont le rôle était, les directeurs l'avouaient, de « tuer » avec le temps le français et de « le chasser de la colonie ».
Les Français protestèrent et luttèrent quelque temps encore. En 1703 ils pétitionnèrent. Les Dix-Sept ne cédèrent pas. Même leur demande d'un prêche bimensuel en leur langue ne leur fut pas accordée, et il arriva ce qui devait arriver en présence d'un plan d'assimilation si résolument maintenu. Le nombre des vieux colons ne sachant que le français diminua rapidement; en 1723 il n'en restait plus que vingt-cinq ou vingt-six. La nouvelle génération savait les deux langues ; la suivante n'en sut en général plus qu'une : le néerlandais -.
Disparition du français. — Ainsi, en moins d'un siècle, le résultat cherché était obtenu. Il ne resta comme témoins de la vie temporaire de notre langue en Afrique que quelques noms de lieux : Her-
1. Dchérain, o. c, p. 237. A son récit on comparera les détails fournis par Rabie.
Pour les premières années après l'arrivée des Réfugiés, il n'y eut aucune prohibition quant à l'usage de leur langue. L'année après la distribution d'argent, van der Stel écrit à la Chambre des Dix Sept qu'il avait établi les émigrés à Drakenstein et à Stellenbosch, parmi les habitants hollandais, afin qu'ils apprennent la langue et les habitudes hollandaises. 11 dit : « Nous trouvons qu'ils sont comme les Israélites qui, quoiqu'ils se soient nourris de la man (ou manne) de Dieu dans le désert, ils avaient un grand désir pour les mets d'oignon de l'Egypte ».
Excepté dans le cas où les Réfugiés étaient instruits par leur clergé, des instructions furent expédiées que seulement des maîtres d'école sachant les langues française et hollandaise seraient nommés. Les fonctionnaires au Cap avaient peur que, s'ils permettaient aux Français de s'élablir ensemble l'un près de l'autre, ils resteraient Français, c'est pourqiioi les Réfugiés furent distribués parmi les colons hollandais. En 1701, une surprise attendit la congrégation à l'église de Drakenstein, quand une restriction directe fut mise à l'usage public de leur langue dans l'église. Le 20 septembre du même an les directeurs de la Chambre d'Amsterdam défendirent aux pasteurs de prêcher en langue française et écrivirent au Gouverneur afin que dans le cours du temps la langue française s'éteignit ; les écoles donneront à l'avenir seulement autant d'instruction qu'il sera nécessaire pour aider la jeunesse à apprendre et écrire notre langue. La réponse fut : « Nous prendrons garde d'employer la langue hollandaise dans l'église et l'école, de façon à ce qu'on cesse de faire usage de la langue française parmi les habitants de la communauté ; et dans le cours du temps, le français s'éteindra, et ceci se passera plus promptement parce qu'il n'y a pas d'écoles françaises » (^L'arrivée des Réfugiés au CaiJ de Bonne-Espérance, dans Bullelin de la Soc. d'Hist. Prot.fr.. avriljuin 1931, p. 227-228).
2. NL Landrieux, dans l'article qu'il a consacré à ces souvenirs, dit : j'ai connu un vieillard qui comprenait encore un peu le français et qui se rappelait avec un vif plaisir avoir entendu beaucoup parler notre langue chez lui dans son enfance ; on en trouverait certainement d'autres dans le même cas (Foncin, La l. fr. dans le monde, p. 182).
mitage, La GraliUide, le Repos \ et des noms de diverses familles : Villiers, Ailiers, du Plessis, etc., dont les membres portent les prénoms français de Jean, Pierre, François et ainsi de suite.
Le néerlandais qui se parle dans le pays, quoiqu'il ait un caractère marqué de patois, n'a même pas été sensiblement influencé par le séjour de nos nationaux ', m'a-t-on dit.
1. « M. Garnot, chirurgien de la corvette La Coquille, qui a fait si heureusement le tour du monde sous les ordres de M. Duperrcy, a visité, dans un voyage au cap de Bonne-Espérance, un quartier de cette colonie, aujourd'hui anglaise, qu'on appelle le Coin des Français, et qui fut peuplé d'abord par des réfugiés de La Rochelle « (^Journal des Voyages de janvier 1826. Cf. mai IS^i, dans AUou, Univ. l. fr., p. 132).
2. Les techniciens n'y ont noté que deux particularités d'origine étrangère, savoir la double négation et la prononciation de n. La double négative consiste dans l'emploi du mot ni avant le verbe, et de ni après le verbe, comme dans cette plirase : Hij kanni sing ni (he can't sing : il ne peut chanter). En hollandais de Hollande nous aurions : Hij kan niel zingen. Dans certains mots, on donne à la lettre u un son assez voisin du son de u en français. Le mot ons (qui signifie nous") se prononce dans l'Afrique du Sud à peu près comme le mot français Once ; le mol Mensch, se prononce avec le même son nasal (le eh du mot n'est prononcé ni dans l'Afrique du Sud ni en Hollande) ; et de même pour d'autres mots. Je dois les renseignements qui précèdent à une communication de M. Mulligan.