T. II, p. Ii
On a dit à Léguât que « le Pasteur de leur Eglise (il s'agit de Pierre Simond) s'occupoit à une nouvelle Traduction des Pseaumes en vers, ou du moins à corriger de son mieux la Version de Marot et de Beze » '. Léguât, en homme de son temps, montre combien il est en effet urgent de substituer « une Traduction propre à édifier au jargon ancien, devenu ridicule, barbare et scandaleux ». Mais peu importe, la langue française, ou vieille ou moderne, demeurait ^.
Cette paix fut bientôt troublée. La colonie avait un pasteur dont il vient d'être question, Pierre Simond, et un visiteur de malades — maître d'école — Paul Roux, d'Orange. Elle estima qu'elle devait avoir aussi un consistoire à elle, et elle le demanda au Conseil. La réponse fut sèche. Le commandeur pria les délégués de relire le serment de fidélité qu'ils avaient prêté, et de ne pas demander de privilèges particuliers. Le Conseil des Dix-Sept fut moins intransigeant ; mais en ce qui nous concerne prit une décision qui marquait net ses intentions. Loin d'admettre l'institution d'une école française, il annonça l'envoi au Cap de maîtres parlant à la fois français et hollandais et qui, disait-on, « installés à Stellenbosch et à Drakenstein, devraient instruire en commun les enfants français et hollandais et faire leurs efforts pour enseigner aux enfants nés de parents français à lire et à comprendre spécialement le hollandais, pour qu'ils se fondent plus aisément dans notre nation » ^
L'ÂGE DES CONTRAINTES. — La Compagnie hollandaise sud-africaine entendait visiblement faire un bloc de tous les habitants blancs de la colonie, et la persistance d'une langue étrangère contrariait cette politique. Il m'a paru nécessaire d'y insister, non pas que l'histoire du français chez une poignée de colons ait grande importance, mais parce que nous avons là un exemple d'autoritarisme vraiment rare et que presque aucun gouvernement étranger n'a suivi. Les commerçants se montraient plus durs que les hommes d'Etat.
En pratique, le maître français, Paul Roux, fit jusqu'en 1700 sa classe en français, et on afficha encore les placards officiels en deux langues. Mais en novembre 1700 le ministre Pierre Simond, qui n'avait jamais pensé finir sa vie au Cap, demanda une autorisation de départ. Refusée d'abord, elle fut accordée en 1702, et le chef de la
1. Léguât, O.C., t. II, p. 4 49-150. D'après notre voyageur, ils enseignaient la religion aux esclaves nègres et leur montraient à lire et à écrire — en français naturellement.
2. Cette traduction devait paraître à Amsterdam, après le retour de Simond en 4703, sous le titre de Les Veillées africaines ou les Psaumes de David mis en vers français ,