‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 61 sur 330 · Moser, I, .^ 23, p · texte numérisé non relu

Moser, I, .^ 23, p

3. Je rapporterai ici un incident, quoique l'intéressé paraisse avoir agi plutôt sous l'empire de la jalousie que sous l'inspiration de la politique du roi. Le 21 octobre ■1697, le Grand Vizir accorde une audience à M. de Ferriol. De Castagnères est fort blessé que ce personnage ait cru devoir parler latin. Ce n'est pas sa politique et il en réfère au Département :

M. de Ferriol n'a parlé que latin dans cette audience. Je crois qu'il n'a eu d'autre vue en cela que de complaire à Mavro Cordato en se servant de lui à l'exclusion du S"^ Brue, mais outre qu'il a fait tort à un drogman de Votre Majesté qui est aussi capable pour le turc que celui de la Porte, il a introduit parla un usage auquel je me suis toujours opposé, non seulement parce que j'ai écrit que je ne devaisparler que la langue de Votre Majesté, mais encore parce que je n'ai pas voulu rendre Mavro Cordato maître de mes négociations (D'Andrinople, Arch. Aff. Étr., Corr. poL, Constantinople, t. XXXI, f» 81).

Il me paraît y avoir là une querelle personnelle.

avait le droit d'imiter cet exemple et de négocier dans sa langue '. La France use de sa langue avec l'Angleterre, l'Espagne, les Princes d'Italie, les Pays-Bas, la Suisse, la Suède, la Russie, etc., voire avec la Porte, quoique de temps en temps une dérogation survienne, qui empêche l'usage de se présenter comme une règle absolue -.

Etait-ce là une concession délibérément accordée, ou une façon habile d'attendre les événements qui ne pouvaient que tourner en faveur du français ? La chose est difficile à démêler. En tous cas cette attitude écartait les questions d'amour-propre, et la suite montra qu'elle était d'une adresse souveraine.

Elle ne désarma pas les oppositions, elle ne rassura pas les défiances. Le Saint-Empire Romain Germanique considérait le latin comme une des formes qui lui donnait son caractère. Il y tenait comme à une de ses forces. Aussi, quand les Français prétendirent plus ou moins ouvertement s'affranchir d'une règle posée par la Bulle d'Or et jusque-là respectée, leurs prétentions révoltèrent les membres de la Diète, et ce furent des débats acharnés ^ Débat intérieur plutôt que diplomatique.

« In Gallia caput extulit vernacula lingua suamque elegantiam in negotiis gentium non tantum ostentavit, sed etiam contra alias linguas, quas observantia introduxerat, cristas erexit » , disait Treuer^

Sous Charles VII, les représentants de l'Empereur parlent toujours en latin au Roi de France, mais, en 1744, leur maître, qui, battu, n'avait à espérer de secours que de Louis XV, lui écrit à propos d'une affaire à la fois publique et privée : Monsieur mon frère et cousin. Le mauvais traitement, etc.". Voltaire a déjà noté l'attitude — commandée sans doute — du Maréchal de Belle-Isle à Francfort, en 1741 : « Ses pleins pouvoirs, dit-il, furent remis en langue francoise ; la chancellerie allemande, jusque là, avoit toujours exigé que de telles pièces fussent présentées en latin, comme étant la langue d'un gouvernement qui prend le titre d'Empire Romain » \ Toutefois, dès 1714, les Français avaient refusé de présenter à la Diète leurs lettres de confirmation dans une autre langue que la

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