Théor. de l'éducation, t. III, p
4. W., t. m. p. 206. Voir art. sép., p. 211. o. Martens, t. III, p. 548.
6. On avait fait une réserve analogue en ce qui concernait l'emploi de l'espagnol à Utrecht en 1713 (Moser, II, ch. 5, § 66, p. 180-184).
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haut degré de puissance. Frédéric II fit autant pour nous que Louis XV.
Le français eut aussi la chance de trouver en d'autres pays des appuis très utiles. Les Provinces-Unies, dont l'importance, quoiqu'elle eût décru, restait grande, nous apportèrent en cela un puissant secours.
Peu à peu l'effet se produisit, inévitable. En 1781, Wenck, qui fait en latin son recueil de Traités, nous dit, dans sa Préface : J'ai ajouté « les versions françaises, chaque fois que j'en avais d'officielles, à cause de l'usage prépondérant de cette langue dans les négociations publiques, et pour la raison qu'elle est commune même à ceux qui sont peu au courant des langues étrangères ».
En théorie il y avait une grande différence entre la langue d'une nation, la langue d'un Etat et la langue d'une Cour. Dans l'Empire, la nation, au moins en majorité, parlait allemand, l'Etat parlait latin, la Cour français, ainsi que nous l'avons vu. La langue de la nation n'était point ici en cause, mais le moyen que la langue de l'Etat ne se confondit point avec celle de la Cour ? C'est ce qui arriva peu à peu dans la plupart des capitales au xviii* siècle.
Dès lors, comment l'envoyé étranger, ayant une communication à faire, quand il n'était pas obligé de la faire dans sa langue, se fût-il refusé à la faire dans une langue familière à ceux qui devaient l'écouter. Les ambassadeurs ou les ministres, Moser le note déjà^ en se servant du français, étaient partout en possession de se faire entendre ^ — il faudrait ajouter : et de plaire — , plaire au prince peutêtre, à son entourage certainement'.
Je voudrais insister sur le dernier mot, avant de finir. Dans les audiences, si solennelles qu'elles fussent, il y avait souvent deux parts, une qui était tout à fait officielle, l'autre qui l'était moins. Dans cette dernière, la famille de la Majesté jouait son rôle. Il était de bon ton de lui adresser des compliments obligés. Pour cela, il semblait convenable, habile même de se servir d'un langage que la Reine ou les princes avaient appris, comprenaient tout au moins, que souvent ils parlaient. Ce langage était le français.
Dès 1683, à la Cour de Pologne, l'ambassadeur de S. M. Impériale ajoutait à sa harangue latine adressée au Roi des compliments
i. II, ch. 3,^ U,p. 137.
2. Lamberty {Mém., t. XIV, p. 30) raconte une réception de l'envoyé des Provinces- Unies en Danemark en mars 170S : Durant la Harangue, qui se fit en François, de même que la Réponse, le Roi resta assis — Sa Majesté (la Reine) étoit pareillement assise, la Harangue se fit dans la même Langue, qu'auprès du Roi ; ce qui se fit aussi auprès de toutes les autres Personnes de la Famille Royale (Dans Moser, II, ch. '21 , § 13, p. 442).
en français pour les princes royaux'. Le Recueil de Sainctot, cité plus haut, l'a justement noté : « Quand le même (l'ambassadeur extraordinaire) est reçu pour la première fois par l'impératrice, l'impératrice répond au compliment de l'envoyé en François » ^. Il en était ailleurs comme à Vienne. A Saint-Pétersbourg-, en 174S, les ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande (Hindfort et Dieu) parlèrent d'abord dans leur langue à l'Impératrice, puis employèrent le français pour complimenter le Grand-Duc et la Grande-Duchesse ^ En 1744 M. de Holstein, ambassadeur de Danemark, s'était adressé à l'Impératrice en allemand, au Grand-Duc et à son épouse en fran-
çais .
Ces faits et une foule d'autres analogues expliquent le succès du français. Ce n'était pas le prestige de la France, si souvent battue, qui le recommandait. C'était encore moins une pression du Cabinet de Versailles qui l'imposait, elle l'eût plutôt compromise. On s'inclinait devant des goûts généralement répandus chez tous les Princes de l'Europe et autour d'eux. On peut dire, sans rien exagérer, que, dans ces circonstances, notre langue n'apparaissait pas comme celle de la monarchie française. Elle n'était plus à personne, étant à tous. Si elle était devenue générale dans l'usage des diplomates, elle le doit à son universalité dans les milieux cultivés de tous les pays '\
C'est peut-être parce qu'ils étaient en dehors du mouvement qui avait précipité l'Europe dans l'idolâtrie du français que les États- Unis, eux, dès leur naissance à la vie politique, fixèrent leur protocole comme ils le firent. Lès Ministres Étrangers étaient autorisés à parler dans leur langue devant le Congrès : « Tous les Discours et Communications pourront également être couchées dans la langue de leurs pays respectifs. Les Répliques ou Réponses seront conçues dans la langue des Etats-Unis » ^