CHAPITRE PREMIER LE CONCOURS DE BERLIN
Dans ce qui précède nous avons montré comment on peut établir que « l'universalité » de la langue française a été un fait reconnu. 11 n'est donc pas étonnant qu'un peu partout on ait réfléchi à ce fait, et qu'on en ait cherché l'explication. Celle de Voltaire a été bien souvent reproduite'; celle de D'Alembert est curieuse : il finit — chose étonnante chez un raisonneur — par rapporter le succès au destin, il n'a pas osé dire au hasard \ On devait chercher plus loin.
L'Académie de Berlin. Le Concours. — Nous avons vu plus haut^ comment Frédéric II reconstitua l'Académie de Berlin. Il y fonda un prix annuel qui consistait en une médaille d'or de cinquante ducats. C'était, au prix du ducat (11 francs 83), une récompense de o92 francs oO. Chaque année l'Académie donnait un sujet et le prix était décerné le 31 mai, date de l'avènement du Roi. Le sujet du prix — unique — était choisi par les quatre classes. En 1782 il fut prescrit le 6 juin. Les questions posées étaient les suivantes :
4. Dicl. philos., aux mots : Langues, scct. III; France, lang. franc., et Siècle de Louis XIV, ch. 3'2, fin.
2. et On demandera sans doute, dit-il, comment une langue sujette à ce défaut importun, timide d'ailleurs, sourde et peu abondante, a fait dans l'Europe une si prodigieuse fortune ; plusieurs raisons v ont contribué : la grandeur où la France est parvenue sous le règne de Louis XIV ; la supériorité de nos bons écrivains en matière de goût sur ceux des autres nations; et peut-être aussi cette destinée quelquefois bizarre, qui décide apparemment de la fortune des langues comme de celle des hommes » (^Réflex. sur l'élocut. oratoire, dans OEuvres, t. IV, p. 282).