‹ Histoire de la langue française (volume 2)Chapitre 69 sur 330 · Pp. 563 et suiv · texte numérisé non relu

Pp. 563 et suiv

« Qu'est-ce qui a fait la langue française la langue universelle de l'Europe ?

« Par où mérite-t-elle cette prérogative ?

« Peut-on présumer qu'elle la conserve ? » *

Les Mémoires pouvaient être en trois langues : latin, allemand, français. Chose remarquable, aucun de ceux qui nous sont parvenus n'est en latin.

Le choix du sujet. — Comment en vint-on à mettre au concours pareilles questions ? Il faut, à mon sens, remonter assez haut, au temps de la présidence de Maupertuis. Il était français et membre de l'Académie française.

La direction de la Compagnie berlinoise, avec le titre de président, lui fut donnée le 3 mai 1746, alors qu'il revenait du Nord, où il avait fait partie d'une expédition envoyée par l'Académie des Sciences de Paris, afin de déterminer la figure de la terre. Maupertuis garda sa charge treize ans durant ".

Dans les textes que reproduit avec soin l'édition du Discours de Rivarol procurée par Suran^ à savoir a) un article du Mercure de France de janvier 1731 et (i) une Dissertation sur les différents moyens dont les hommes se sont sériais pour exprimer leurs idées'', on voit quelle importance avait aux yeux du Président de l'Académie le choix d'une langue qui pût servir de moyen commun d'expression à tous les hommes, particulièrement aux savants, a L'utilité des Académies, dit Maupertuis, ne se renferme pas dans les limites de chaque nation. Une Académie possède de ces hommes destinés à éclairer le monde entier ; toutes les nations doivent avoir part à leurs découvertes; et il faut les leur communiquer dans la langue la plus universelle (a p. 50). Un beau projet seroit... de leur former une langue... plus régulière que toutes nos langues..., plus facile et qui pût être entendue de tous... un habile homme (Solbrig) entreprit l'ouvrage ; un plus habile Leibnitz le regarda comme possible et ne l'entreprit pas » (a. 49) \ Faute de pouvoir créer une langue, force était d'en choisir une déjà existante : la latine « est répandue partout, mais morte ; et partout

i. Voir le fac-similé du Programme dans Rivarol (édit. Suran, p. 87). 1. Ce n'est pas ici le lieu de raconter ses démêlés avec Voltaire, ni comment il trouva appui auprès de Frédéric (voir Denina, Me de Fréd., p. 94-93).

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