Lettre à Trébutien, l" janv. 1852 {Id., t. II, p
2. « Il était presque aussi noir qu'un morceau de pain de sarrazin » {Ensorcelée, p. 29), corrigé sur : « Il était de la nuance bise d'un morceau de pain de sarrazin. » — « Les prêtres défilaient un par un, chantant les hymnes traditionnels, un cierge dans une main, et dans
l'autre leur livre de plain chant » {Ensorcelée, p. 81), corrigé sur : « les virginales litanies
leur livre de musique sacrée ». Musique sacrée était inexact ; et, dans les circonstances précisées pour L'Ensorcelée, on ne chante pas les litanies de la Vierge. — « La vieille cabaretière apporta l'avoine dans une espèce d'auge en bois, montée sur trois pieds boiteux » (repris par : o mangeoire » ; Ensorcelée, p. 24) , corrigé sur : « huche » répété deux fois {Huche : « Grand coffre de bois dans lequel on pétrit le pain ou dans lequel on le serre », H. D. T.).
3. Je note que Barbey emploie aussi s'harmonier : « Le temps était du gris que j'aime, et s'harmoniail bien, ainsi que les fleurs du jardin, avec cette tète douce » {Memoranda, Œuvres, t. III, p. 65). — Harmoniser, fréquent au xvi^ siècle, a été repris au xix® siècle (Acad. 1878). Ni l'Acad. 1798, ni l'Acad. 1835 ne donnent harmonier (usité aussi par Balzac), non plus C[n' harmoniser. Acad. Comp. 1842 offre harmonier et harmoniser (néol.).
4. Une certaine bégueulerie est aussi à noter. Elle est assez inattendue chez un homme
Paix a la rhétorique et guerre a la syntaxe. — Barbey, sans pratiquer systématiquement l'incorrection, ne se laisse pas mener aux lisières par Notre-Dame la Grammaire. Les critiques de l'époque ne se sont pas privés de signaler chez lui ce qu'on appelait alors des constructions « louches» — que Paul Valéry nomme plus justement des « écarts » — et que MM. Le Bidois décorent du nom de constructions « paragrammaticales».
Ses audaces sont de tout ordre. Des locutions adverbiales sont
substantivées : « Le visage, aigu dans Yen bas , s'élargissait dans
Yen haut.^))
Des compléments se construisent de façon inattendue avec des adjectifs : (une femme passionnée est) « maladroite à la blessure comme à la caresse ! » {Diaboliques, p. 104). La figure d'un prêtre fou est « douce, un peu longue, presque blanche de pâleur sous sa calotte de velours noir, résignée, un peu égarée, mais pensive... pensive à quoi P^»
Des verbes intransitifs sont accompagnés d'un complément direct. Barbey nous présente : « des gens qui auraient roulé la guerre et les femmes.^» S'' excommunier, s'essuyer, au figuré, prennent un double complément, direct et indirect, de personne et de chose : (la famille de Ravelet) « s'excommunia elle-même de son nom. Elle s'essuya de V ignominie de le porter, et ainsi elle se tua et mourut avant d'être morte»*.
Un subjonctif peu régulier, après un nomi de nombre, exprime peutêtre une nuance déhcate : (Il y a trois choses qu'on n'oublie pas) « Eh ! bien, pour moi, cette fenêtre est la quatrième chose que je ne puisse pas oublier» {Diaboliques, p. 31). Ou s'agit-il d'un subjonctif d'élégance?
Enfin Barbey use avec liberté de la préposition en, que Sainte-Beuve avait remise en faveur, pour introduire un type de complément assez
qui écrivait à Trébutien : « Nous autres, catholiques jusqu'à l'axe de notre être , nous
n'avons pas de ces polissonnes et cochonnes pudeurs » (21 ou 22 nov. 1853 ; Œuvres, t. II, p. 279). Dans Le Nain Jaune, Barbey avait montré une vieille femme vidant la nuit son pot de chambre par la fenêtre ; l'un des conjurés aurait trouvé spirituel de lui casser son vase au ras de la main. Dans le volume (Chevalier des Touches, p. 144 et p. 149), la scène a perdu tout son sel et même sa vraisemblance, le pot de chambre ayant été remplacé par une cuvette. La vieille femme « en cornette et serre-tête » vide une cuvette « avec précaution et mystère », criant : « Gare l'eau ! Gare l'eau ! » d'une voix tremblotante, « qu'elle veloutait pour n'éveiller personne ». Cantilly : « Cela l'étonnerait un peu si, d'une balle, on lui cassait sa cuvette au ras de la main. »