Mes Poisons, p
5. Il note aussi des « prologues, épilogues brillants, d'un ton lyrique, d'un tour allégorique, où l'auteur se montre en prose plus poète que beaucoup d'autres en vers » (p. 67) ; « un grand art de composition, que n'effacent pas, dans le détail, quelques fautes de goût, quelque affectation » (p. 70) ; une « manière dégagée, spirituelle, souvent éloquente » (p-72).
6. Voyez aussi A. Vinet, Études sur la littérature française au XIX^ siècle, Paris, 1851, t. m, p. 40",i, et Wey, Remarques, t. II, p. 518.
MIGHELET 183
page amusante d'Anatole France, où de jeunes étudiants, à, la fin du xix«* siècle, sont censés critiquer l'œuvre historique de Michelet :
— Tiens ! tu lis du Michelet, toi !
— Oui, répondit gravement Boulmier, j'aime les romans.
Gélis prend alors la parole.
Dans sa dernière manière, Michelet est devenu plus Michelet que jamais. Cela n'a plus le sens commun ; c'est admirable ! Ni art ni science, ni critique, ni récit ; des colères, des pâmoisons, une crise d'épilepsie à propos de faits qu'il dédaigne d'exposer. Des cris de petit enfant, des envies de femme grosse ! et un style, mes amis ! pas une phrase faite ! C'est étonnant' !
Michelet est un tribun égaré dans l'histoire. Cet admirable écrivain — qui a porté à l'extrême les qualités et les défauts du romantisme le plus échevelé — reste isolé : l'histoire était, pour lui, un apostolat ; elle est pour nous une science. Les historiens postérieurs, fidèles à l'austérité traditionnelle du genre, ont renié aussi bien le style épique que le style lyrique ; les historiens de la littérature affectent d'écrire comme Sainte-Beuve, dont ils gardent même certains tics. Si la manière tourmentée et convulsive de Michelet se retrouve aujourd'hui, c'est dans le roman et surtout dans le journal.